Jacques Atlan

 

L’Evangile provençal.

 

 

Récit sur les premiers temps

 de

 l’Ere chrétienne.

 

 

 

Présentation de l'Evangile provençal sur Youtube

 

 

 

 

 

                                                    Présentation.

 

 

     Une longue tradition provençale affirmait que Lazare, Marthe, Marie-Madeleine, Maximin, et quelques autres personnes ayant été très proches du Christ sont venues dans le sud de la Gaule quelques années après la Passion. Beaucoup considéraient ces traditions comme de simples contes et des légendes. Mais à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème, une petite bergère allemande ne sachant pratiquement pas lire et nommée Anne-Catherine Emmerick reçut pendant des années, sous formes de « Visions » extrêmement précises, une sorte de « compte-rendu » jour par jour des faits et gestes du Christ et des personnes de Son entourage. L’écrivain et poète allemand Clemens Brentano, membre du Cercle de Goethe, entendit parler d’Anne-Catherine Emmerick ; il décida de venir une quinzaine de jours pour lui consacrer une sorte de reportage. Il resta six ans et se fit le Secrétaire et le consignateur des « Visions » de l’ancienne petite bergère devenue religieuse. En prenant au sérieux ces « Visions », des archéologues, à la fin du 19ème siècle, découvrirent les ruines de la maison bâtie jadis par Jean l’Evangéliste, dans les environs d’Ephèse, pour celle que le Christ lui avait confiée sur la Croix en lui disant : « Voici ta mère ».

 

      Et parmi tous les renseignements précis reçus par Anne-Catherine Emmerich et fidèlement notés par Clemens Brentano, il y a la confirmation qu’effectivement, Lazare, ses sœurs, leurs deux servantes, Maximin et aussi l’aveugle-né ( nommé Chélidonius ou  Saint Cédon ou, en Provence, Sidoine ) que Jésus avait guéri, sont venus à Marseille ( Massilia ) puis ont commencé à Evangéliser la Provence, chacun à leur façon et en des lieux divers : Marseille, Aix-en-Provence, Tarascon, le massif de la Sainte-Baume, la petite ville appelée aujourd’hui Saint-Maximim la Sainte Baume, etc... De là l’idée de cet « Evangile provençal » qui suit, d’abord en Galilée, en Judée et dans toute la région, autour de Jésus, les personnes qui, plus tard, après la Crucifixion, la Pentecôte et des persécutions antichrétiennes arrivèrent en Gaule du sud. Les faits et gestes des divers personnages qui ont approché le Christ puis sont venus participer à l’Evangélisation des Gaules sont notés jour par jour, en fonction des indications précises qui figurent dans les éditions du 19ème siècle des ouvrages publiés par Clemens Brentano.

      Rappelons que cet écrivain a joué un rôle important dans l’histoire de la musique européenne ; en effet avec Josef von Arnheim, son futur beau-frère, il recueillera les chansons et les poèmes populaires allemands, un peu comme les frères Grimm avaient recueilli des Contes, avec le succès que l’on sait ( beaucoup d’entre nous ont lu « Les Contes de    Grimm » ). Le recueil de chansons populaires et poèmes allemands de Clemens Brentano et Von Arnheim a pour titre « Le Cor enchanté de l’enfant » et des musiciens aussi importants que Carl Maria von Weber, Félix Mendelssohn Bartholdy, Robert Schumann, Brahms, Gustav Mahler, Arnold Schönberg en ont successivement mis en musique un certain nombre d’extraits. Les parties chantées de la deuxième symphonie de Gustav Mahler, « Résurrection », et des parties chantées de la troisième et de la quatrième symphonie de ce même compositeur mettent également en musique d’autres parties de ce recueil de chants populaires qui a décidément beaucoup inspiré les musiciens.

 

                                                                                                 Jacques Atlan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour se procurer l’original de cette photographie, écrire à :

 

MEDIATRIX-VERLAG / ZISCHKIN G. M. B. H.

A-3423 St. Andrä-Wördern, Gloriette 5

Numéro de commande FK 99

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On discute beaucoup à propos de plusieurs images du Christ :

-         Le Mandylion, peinture réalisée du vivant de Jésus, à la demande du Roi d’Edesse (aujourd’hui, une ville de Turquie), Abgar V Oukkama. Ce Roi a régné de l’an 13 à l’an 50 de notre Ere dans une partie de ce qui s’appelait alors la Mésopotamie. La présence de cette peinture à Edesse est attestée dans l’Antiquité : en 544, lors du siège de la ville par les Perses, le Mandylion y a été retrouvé. Cette Icône est arrivée plus tard à Constantinople. Elle a été perdue, ou détruite, en 1204, lors du sac de la ville par les Croisés, des barons français qui partaient pour la Croisade et qui avaient été transportés par les Vénitiens sur leurs navires à condition qu’ils « paient » ce transport en conquérant une ville pour les Vénitiens.

Quelques mois, ou un ou deux ans, avant ce saccage de Constantinople par d’autres chrétiens ( !!!), un Prince ou une ville du nord de la France avait fait envoyer à Constantinople un peintre pour effectuer une copie de cette Icône très célèbre. La copie a été effectuée avant la prise de Constantinople et elle est aujourd’hui, encadrée, dans la Cathédrale de Laon, dans le nord de la France.

Dans « L’Evangile provençal », je raconterai, d’après Anne-Catherine Emmerick, comment cette image a été obtenue et la date assez précise (en l’an 27 de notre Ere) qui peut se déduire des indications figurant dans les récits d’Anne-Catherine Emmerick recueillis au 19ème siècle par l’écrivain Clément Brentano, membre du cercle de Goethe. Sur « Le Mandylion », vous pouvez obtenir quelques renseignements et des images dérivées en cherchant sur « Google ». 

-         Le voile de Véronique (dont le premier nom était, dit Anne-Catherine Emmerick, Séraphia). C’est elle qui, faisant déjà partie des « Saintes Femmes » qui aidaient matériellement le Christ pendant sa vie publique, a essuyé son visage lors de la montée au Calvaire. L’image de ce visage s’est imprimée sur le voile. D’où, semble-t-il le changement de nom de Séraphia en «Véronique », de « vera » (vraie, en latin)  et « icon » (image, d’après le grec) : Séraphia a été renommée « Véronique », la femme de « la vraie image » du visage du Christ. Ce voile est actuellement à Rome, au Vatican, et il ne faut pas le confondre avec le suaire de Turin. Certains historiens soutiennent que « Véronique » est un personnage imaginaire « inventé » au 5ème siècle pour légitimer certaines images du Christ. Là encore, dans « L’Evangile provençal », je tenterai de montrer que Séraphia (le vrai nom de Véronique) a bien existé et que l’impression sur son voile a été connue le jour même de la crucifixion par un certain nombre de proches. L’existence du voile de Véronique et du suaire où l’image du corps du Christ s’était imprimée est même, disait Anne-Catherine Emmerick (morte en 1824), remontée jusqu’à l’Empereur Tibère. Et lors de son retour à Rome (depuis Capri) pour déjouer le complot de Séjan, son Favori, son « Premier Ministre » dirions-nous, qui le trahissait, il fit venir à Rome Véronique, Nicodème et Epaphras (un disciple parent de Jeanne Chusa). Véronique et Nicodème emmenèrent avec eux à Rome le voile et le suaire, qui furent montrés à Tibère et firent sur lui une forte impression. C’est en l’an 31 de notre Ere, donc, d’après Anne-Catherine Emmerick, deux ans après la crucifixion, que la découverte du complot de Séjan contre Tibère eut lieu (Dictionnaire encyclopédique de Michel Mourre, Editions Bordas). Pour contribuer à modifier d’une autre façon certaines idées reçues sur Tibère, voyez le très beau livre du médecin suédois Axel Munthe « Le livre de San Michele », publié chez Albin Michel (avec une Présentation de Pierre Benoit).

-         Le suaire de Turin. Il aurait enveloppé le corps entier du Christ (et non pas simplement son visage, comme le voile de Véronique) après la crucifixion, et, là aussi, l’image se serait imprimée sur le linceul. Au vingtième siècle, un photographe et chimiste de la NASA a effectué un travail de reconstitution à partir d’un négatif de la photographie du suaire de Turin. Il a essayé de retrouver le visage vivant qui pouvait correspondre à ce qui était imprimé sur le négatif de la photo du suaire. Il a effectué ses manipulations chimiques et photographiques et, au sortir de tout cela, il a obtenu un Visage, celui qui figure sur cette image. L’image était tellement vivante, tellement saisissante, que ce photographe de la NASA, qui était jusque-là athée, s’est converti.

Une confirmation spirituelle de la valeur de cette image peut être trouvée dans le livre « Ma rencontre avec le Christ », oublié chez F. – X. de Guibert. L’auteur de ce livre, Nahed Mahmoud Metwalli, une femme égyptienne, n’avait aucune culture chrétienne lorsque s’est produit pour elle, une nuit, au cours d’une sorte de Vision très forte, la Rencontre qui fait le sujet du livre. Elle ne savait pas qui elle avait vu. Une femme chrétienne lui a montré plusieurs images de saints et, parmi elles, une reproduction de la photographie réalisée par le photographe-chimiste de la NASA. Elle a indiqué sans hésiter cette reproduction (dont elle ignorait jusqu’ici l’existence), en disant :     « C’est Lui ! Mais Il est beaucoup plus beau ! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Territoire des Tribus d’Israël

 

après la conquête de la Terre Promise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                       Béthanie, en l’An 26 de notre Ere,

                                                                                       au jour équivalent à notre mardi 5 juin.

 

     

     Dans sa maison de Béthanie, Lazare devise paisiblement avec le Sauveur. Ce n’est cependant pas le nom qu’il Lui donne. Il Le nomme par Son prénom en langue hébraïque, Joschuah, ce qui signifie d’ailleurs « Jahvé sauve », ou « Le Seigneur sauve ». Et si Lazare s’entretient si paisiblement, chez lui, avec Joschuah, c’est à dire Celui que nous nommons « Jésus », c’est que les séjours de Jésus à Béthanie sont une chose ordinaire, les visites habituelles d’un ami très proche à un ami très cher.

     Jésus est dans sa trentième année. Lazare est un peu plus âgé que lui, peut-être a-t-il 38 ou plutôt 40 ans, mais il paraît beaucoup plus âgé que Jésus. Les deux familles sont très liées, et tout un passé d’amitié est là, entre elles. Des promenades dans la campagne environnante.  Les visites ensemble, fréquemment, jusqu’au Temple de Jérusalem, à quelques heures de marche. D’ailleurs, si l’on voulait faire comprendre la proximité entre ces deux hommes et entre leurs deux familles, il faudrait remonter à une époque où ni l’un ni l’autre encore n’était né. Une époque où la mère de Joschuah, Marie de Nazareth, était elle-même une petite fille. En effet, lorsque cette petite fille eut trois ans, c’est à dire en l’an 18 avant notre Ere, elle fut présentée par ses parents, Anne et Joachim, pour être admise au service du Temple à Jérusalem ; elle fut acceptée et l’une des femmes qui, au Temple, était comme l’instructrice et « la maîtresse » en prescriptions et devoirs religieux de Marie se nommait Noémi. Or la sœur de Noémi, elle, se maria, et donna naissance à plusieurs enfants qui furent … Lazare, Marthe, Marie la Silencieuse et Marie de Magdala. La tante de Lazare avait donc été, pendant plus de dix ans, l’instructrice au Temple de la petite Marie, la future mère de Jésus. Ainsi, Noémi, qui vivait au Temple et sa sœur mariée, qui venait régulièrement au Temple, eurent-elles occasion bien des fois de parler de plusieurs êtres qui leur étaient très chers : pour Noémi, c’était la petite Marie, qui grandissait dans le Temple et pour sa sœur, c’était Lazare, né aux environs de l’an 14 avant notre Ere, donc lorsque la petite Marie, fille d’Anne et de Joachim, avait, elle, environ sept ans. La sœur de Noémi parlait aussi, très souvent, de la façon dont grandissaient ses trois filles, nées après Lazare, la petite Marthe, Marie et Magdeleine. Il faut donc remonter à l’affection de deux sœurs l’une pour l’autre, bien avant la naissance de Lazare et de Jésus, puis à la tendresse de ces deux sœurs pour les enfants dont elles avaient respectivement la charge, l’une, au Temple, l’autre vis à vis de son fils et de ses filles, pour tenter de restituer l’amitié profonde qui reliait ces deux familles et ces deux hommes, Lazare et Joschuah.          

    A cela, il faut encore ajouter que, pendant des années, la bienveillance de Lazare s’était manifestée matériellement pour Joseph et pour Marie ; grâce à ce que Lazare leur donnait généreusement, Joseph et Marie avaient toujours eu suffisamment pour faire face, eux aussi, à leur devoir d’aumônes. Et ainsi l’argent circulait de celui qui en avait le plus, Lazare, vers Joseph et Marie, qui en avaient moins, et vers ceux qui en avaient encore moins qu’eux, et auxquels ils faisaient eux-mêmes des dons.

    Au 24ème jour du mois précédent, le mois de Nisân ( c’est à dire, pour nous, le premier mai de l’an 26 de notre Ere ), Joseph avait quitté ce monde. Il avait eu ou il allait avoir 66 ans, et il s’était affaibli de jour en jour, les derniers temps ; alors Marie, tout comme Jésus Lui-Même, étaient restés bien plus souvent auprès de lui. En ces circonstances aussi, Lazare avait manifesté sa présence discrète et amicale, et Jésus lui en était très reconnaissant. Lazare revoyait, lui, les moments de très grande tendresse où Marie, alors âgée presque de 47 ans, assise au pied du lit, faisait tout son possible pour adoucir les derniers moments de la vie de Joseph que ses forces abandonnaient peu à peu. Marie, pour veiller le malade, s’asseyait à même la terre au pied du lit où reposait Joseph, ou bien elle utilisait comme siège une sorte de trépied qui, les autres fois, leur servait de petite table. Lorsque venait l’heure d’alimenter au moins un peu celui qui dépérissait ainsi devant eux, Jésus, ou bien aussi Marie, tendait à Joseph de petits morceaux de pain blanc de forme allongée, larges comme deux doigts, et disposés sur un petit plat de terre cuite. L’un ou l’autre faisait boire le malade à l’aide d’une sorte de cruche et le repas se terminait par un ou deux fruits.

      Au moment où, finalement, Joseph rendit l’âme, Marie était à son chevet et tenait dans ses bras cet homme qui, durant un peu plus de 32 ans, avait été pour elle un compagnon fidèle et respectueux, un ami de tous les jours, celui qui venait à bout des difficultés matérielles lorsqu’il en survenait, celui qui, par son travail de charpentier qu’il aimait, et où il excellait, avait le plus souvent gagné de quoi les nourrir, les vêtir et les loger tous les trois. La différence d’âge entre eux, dix-neuf ans, et bien sûr les circonstances exceptionnelles, avaient fait de Joseph pour Marie, surtout au début, une sorte de seconde figure paternelle, et puis aussi, par la suite, un compagnon de toute la vie et comme un grand frère qui protégeait. Au moment de l’agonie de Joseph, Jésus était, Lui, à côté de Sa mère, vers le milieu du lit. Toute la Tendresse de l’Eternel devenu homme émanait de Lui pour faciliter les derniers cheminements sur terre de celui auprès duquel Il avait appris le métier d’homme, le savoir-faire des hommes de l’époque vis à vis des choses matérielles, et mille et une choses qui convenaient pour s’adapter à la vie sociale des humains de ce temps.

       Lorsque la mort de ce Juste qu’avait été Joseph survint, ceux qui pouvaient percevoir virent alors la petite chambre illuminée comme de clartés douces et mystérieuses venues du Ciel. Un homme qui avait fait son devoir retournait vers son Créateur. Il fallait que Joseph s’en aille avant que Jésus ne soit mis à mort ; c’était pour lui comme une Grâce qui lui était accordée, car le vieil homme, à cause de son état de faiblesse et de son amour pour Jésus, n’aurait pas supporté la vue de tout ce que le Sauveur avait à endurer dans les derniers jours de Sa vie sur la terre.

     Quelque temps après le décès, au moment convenable, on croisa les bras du mort sur sa poitrine, on l’enveloppa dans un suaire et on le plaça dans un cercueil assez étroit. On le transporta ensuite dans un beau sépulcre qui leur avait été donné, comme dit Anne-Catherine Emmerick, par « un homme de bien ». Peu de gens assistèrent aux funérailles, mais là encore, pour ceux qui pouvaient voir, « l’assistance » venue d’En Haut était par contre nombreuse et recueillie. Ainsi tous ces évènements relativement récents coloraient-ils encore l’atmosphère lors de cette journée amicale où Jésus s’entretenait avec Lazare à Béthanie.

 

    A un moment, Lazare repensa à la mère de Jésus, veuve à présent. Bien sûr, en cas de besoin matériel, si Jésus devait s’absenter ou voyager comme Il le faisait parfois, il serait là, lui, pour aider la mère de son ami. Il faut d’ailleurs revenir à tout le parcours de Marie, notamment à ce qu’elle avait vécu lorsqu’elle était petite fille, pour saisir toute la force de l’amitié qui relie Lazare et Jésus. Tout d’abord, le lecteur ne doit pas s’étonner de la coutume que l’on rencontrait chez certaines familles juives très pieuses de cette époque, comme était la famille d’Anne et de Joachim : de l’âge de trois ans jusqu’à ce que la fillette atteigne l’âge où l’on pouvait envisager de la marier, c’est à dire, à l’époque et en ces pays, déjà à 13, 14 ou 15 ans, l’enfant vivait au Temple, comme dans une sorte d’« internat religieux » très exigeant. Noémi était, dans le Temple, l’une de ces « maîtresses d’internat religieux ». Les petites filles, en fonction de leurs possibilités et au fur et à mesure qu’elles grandissaient, assumaient plusieurs tâches et participaient à divers travaux : elles tricotaient, tissaient, filaient pour le service du Temple. Elles reprisaient et réparaient certains vêtements. Elles lavaient le linge et nettoyaient les vases qui avaient servi lors des sacrifices d’animaux. Elles participaient aux prières et aux méditations. Et il y avait une salle attenant au Temple où elles descendaient pour recevoir leurs tâches ou bien au contraire livrer ce qu’elles avaient terminé.

     Noémi, comme les autres femmes attachées au service du Temple à cette époque, appartenait à la société des Esséniens. Cette société remontait aux prêtres qui, au temps de Moïse et Aaron, avaient la charge redoutable de porter l’Arche d’Alliance. On sait que ceux qui osaient toucher cette Arche sans en être intérieurement dignes périssaient sur le champ. Même un proche de David, Uzza, le fils d’Abinadab, périt simplement pour avoir touché l’Arche sainte en voulant empêcher que, peut-être, elle ne tombe :

« 4. Uzza marchait à côté de l’Arche de Dieu et Ahyo ( son frère ) marchait devant elle.

5. David et toute la maison d’Israël dansaient devant Yahvé de toutes leurs forces, en 

   chantant au son des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales.

6. Comme on arrivait à l’aire de Nakôn, Uzza étendit la main vers l’Arche de Dieu et la

   retint, car les bœufs la faisaient verser.

7. Alors la colère de Yahvé s’enflamma contre Uzza : sur place, Dieu le frappa pour son

   infraction, et il mourut, là, à côté de l’Arche de Dieu.

8. David fut fâché de ce que Yahvé eut ainsi « fait brèche » sur Uzza et on donna à ce lieu

   le nom de Péréç-Uzza, la Brèche d’Uzza, qu’il a gardé jusqu’à maintenant.

9. Ce jour-là David eut peur de Yahvé et dit : « Comment l’Arche de Yahvé entrerait-elle

   chez moi ? ».

10. Ainsi David ne voulut pas conserver l’Arche de Yahvé chez lui, dans la cité de David, et

     il la conduisit chez Obed-Edom de Gat ».

                                                                                 Second Livre de Samuel, VI, Versets 4 à 8.

 

    Avant d’être nommés « les Esséniens », ce groupe très particulier au sein des Hébreux s’était appelé « les Escaréniens » ou, mieux, « les Ascaréniens », du mot « Askara », désignant la part réservée à Dieu dans les sacrifices non sanglants. Comme exemple d’ « Askara » lors d’un sacrifice non sanglant, on peut citer la fleur de farine de froment mêlée avec de l’huile. Ainsi les « Ascaréniens », nommés plus tard « les Esséniens », étaient-ils, dans le peuple d’Israël, « la part réservée à Dieu », ils étaient, au sein du peuple, comme cette « fleur de farine » délicate et pure et mêlée d’huile sainte que l’on réservait à Dieu. Et c’est parmi eux qu’étaient désignés les prêtres qui avaient le droit, le devoir, et le privilège redouté, de porter l’Arche d’Alliance lors de certaines cérémonies ou dans les déplacements.

    Ces prêtres formaient une sorte d’Ordre religieux à la règle intérieure extrêmement stricte ; car des manquements aux exigences de la Pureté la plus rigoureuse parmi eux se traduisaient en danger de mort immédiate pour ceux qui avaient droit et devoir de transporter, en certaines circonstances, l’Arche de Dieu. De là cette sorte d’obsession de la Pureté que, des siècles plus tard, les très célèbres « Manuscrits de la Mer Morte » sont venus révéler à propos des Esséniens. Leur Ordre religieux avait un Chef aux pouvoirs prophétiques, « Le Maître de Justice » dont parlent les Manuscrits trouvés à Qoumrân, ou Qumrân. Mais il y avait aussi des Esséniens  « dans le monde », des Esséniens qui avaient le droit, ou plutôt le devoir, de se marier. Ces Esséniens demandaient conseil, pour ces mariages, aux Esséniens de l’Ordre religieux, ainsi qu’au Maître de Justice, au Prophète qui, à une époque, dirigeait l’Ordre depuis le Mont Horeb, dans la grotte où Elie avait séjourné. Noémi, qui était dans le Temple, et sa sœur qui s’était mariée, symbolisaient à leur façon, en quelque sorte, les deux côtés des Esséniens, ceux qui restaient à part, près du Sacré redoutable, et ceux qui se mariaient en respectant eux aussi, de leur côté, des règles de Pureté très strictes.

    Car il ne s’agissait de rien de moins que de la Promesse faite à Israël : le Messie, le Sauveur, devait naître un jour au sein du peuple. Pour que cette espérance puisse se réaliser, il fallait que la Pureté imprègne le comportement de ceux qui allaient se marier, parmi cette partie du peuple comme « mise à part » et « réservée à Dieu », les Esséniens. Et encore plus,     parmi les Esséniennes. Car l’une d’elles, un jour, devait être la mère de Celui qui viendrait répondre aux attentes d’Israël. De là cette coutume très anciennement instituée qui consistait à faire entrer comme « dans les ordres » de petites filles esséniennes dès l’âge de trois ans et de les instruire religieusement jusqu’à leur puberté et jusqu’au moment où l’on pouvait commencer à chercher pour elles un époux approprié. Cela avait eu lieu pour Marie de Nazareth et d’autres fillettes de familles esséniennes qui faisaient bien sûr partie de ceux qui avait droit et devoir de se marier. Et l’on voit ici un autre ensemble de raisons puissantes pour expliquer la proximité entre Lazare et son ami Joschuah : la mère de Noémi et de sa sœur, comme les parents de Marie, Anne et Joachim, appartenaient les uns et les autres à cette communauté « réservée à Dieu » dans le peuple juif. Anne, Noémi et sa sœur ( la mère de Lazare ), tout comme leur mère à toutes les deux, étaient des Esséniennes ; et de même Joachim et ses ancêtres sur plusieurs générations appartenaient à cette partie des Esséniens qui avaient droit et devoir de se marier. Et « la Chance » inouïe qui était à courir lors de ces mariages « surveillés » par l’Ordre religieux essénien, c’était qu’un jour une jeune fille ainsi « mise à part » et élevée dans le Temple avec la plus grande Pureté devienne Celle que le Très Haut acceptera pour être la Mère du Messie promis.

 

     Le prophète Isaïe avait à un moment rassemblé les Esséniens et s’était occupé de leur donner une organisation plus régulière. Ainsi, d’un côté Isaïe annonçait la réalisation de la Promesse, par exemple en son Chapitre VII :

« 14. …Le Seigneur Lui-Même vous donnera un Signe.

            Voilà que la vierge concevra et enfantera un Fils,

            et Son Nom sera appelé « Emmanuel », Dieu avec nous »,

et d’un autre côté, en même temps, il travaillait lui-même à la réalisation de cette Promesse en veillant à l’organisation de la partie du peuple « réservée à Dieu », les Esséniens.

      De même, par la suite, le Prophète Jérémie a-t-il également contribué à donner une règle de vie aux Esséniens qui ne devaient pas se marier et à ceux qui pouvaient et devaient se marier pour qu’un jour les conditions de la réalisation de la Promesse soient enfin réunies. Ainsi, d’un côté, Jérémie annonce la réalisation de la Promesse faite aux Hébreux :

« 5. Voici venir des jours - Oracle de Jahvé –

       où Je susciterai à David un germe juste ;

       un Roi règnera et sera intelligent,

       exerçant dans le pays Droit et Justice

6. En ses jours, Juda sera sauvé

    et Israël habitera en sécurité.

   Voici le Nom dont on L’appellera :

   « Yahvé-notre-Justice ».

                                     Jérémie, Chapitre XXIII, versets 5 et 6.

Et d’un autre côté, Jérémie travaille lui aussi, au niveau des règles de vie de la Communauté « mise à part » et « réservée à Dieu », à la réalisation concrète, un jour, de la Promesse de Dieu à Son peuple.

  

     Lazare, s’il est très paisible dans l’entretien avec son ami si proche par tant de côtés, est cependant douloureusement préoccupé par deux de ses sœurs. Il y a Marie, celle que l’on nomme « la Silencieuse ». Elle vit à part, dans une maison un peu retirée au sein du vaste domaine de son frère et de sa sœur Marthe, domaine situé un peu au nord et à l’est de l’ancienne ville de Béthanie, un peu au nord et plus à l’ouest de l’actuelle agglomération de Béthanie. Dans le domaine, les serviteurs employés sont nombreux, et les jardins sont beaux. Les gens du domaine et des environs prennent souvent Marie la Silencieuse pour « l’arriérée » de la riche demeure, « la retardée », ou encore une sorte de douce simplette. Effectivement, elle ne parle que très peu. On la comprend mal, comme si ses préoccupations étaient tout à fait ailleurs, loin du cours des affaires ordinaires de la famille et du voisinage.

    Et puis Lazare pense aussi à Magdeleine, c’est à dire à son autre soeur Marie, celle qui vit plus haut dans le nord, à Magdala, non loin du Lac de Tibériade. La famille possède un domaine là-bas aussi, et Marie de Magdala, celle que nous nommons désormais Marie-Magdeleine ( ou Marie-Madeleine ), s’y est installée. Elle y vit comme une jeune femme riche, qui fait sentir son rang, qui aime le luxe et les beaux objets, qui organise des fêtes et s’abandonne à tous les plaisirs. Bref, elle ne vit pas du tout comme l’Eternel voudrait que vivent les hommes et les femmes de Son peuple. Et Lazare, cet homme très pieux, qui se rend souvent au Temple de Jérusalem, qui possède d’ailleurs, près de la criée aux poissons, une demeure où il peut loger lors des Fêtes religieuses, Lazare, donc, est à la fois très déçu et très inquiet lorsqu’il pense à la façon dont se comporte sa sœur à Magdala. Avec Joschuah, il arrive souvent, comme aujourd’hui, qu’il parle de cette douleur qu’il a, à cause de sa sœur Magdeleine, et de cette autre douleur, très différente, que lui cause Marie la Silencieuse.

 

     Pour Lazare, nous ne sommes pas aujourd’hui « le 5 juin », mais le 29ème jour du mois hébraïque d’Iyyar, et, il y a peu, le 25ème jour de ce mois d’Iyyar, Lazare, avec tout le peuple d’Israël, a respecté un jour de deuil pour commémorer la mort de Samuel racontée par la Torah au Verset 1 du Chapitre 25 dans le premier Livre de Samuel :

« Samuel mourut.

  Tout Israël s’assembla et fit son deuil ; on l’ensevelit chez lui à Rama ».

 

     Lazare se demande aussi si, ce soir, la nouvelle lune sera visible dans le ciel, et donc s’il y aura passage au mois suivant, le mois de Sivân, ou si le mois d’Iyyar sera prolongé d’un jour.  Car le passage au mois nouveau n’est décidé que le 29ème jour au soir, s’il y a « néoménie », c’est à dire si, ce soir-là, la nouvelle lune apparaît dans le ciel. Si elle n’apparaît pas, la fin du mois est reportée d’un jour, et ainsi le mois comportera, cette fois-là, 30 jours au lieu de 29.

 

     Marthe, l’autre sœur de Lazare, a aussi sa demeure dans la grande propriété, mais, à son propos, Lazare ne se fait pas de souci, car elle gère convenablement ses affaires et sa vie ne ressemble en rien à l’existence déréglée de Marie de Magdala. Lazare et Marthe , le frère et la sœur, sont comme les deux piliers de la famille et aussi de l’administration du domaine.

 

      Jésus prévient Lazare ; Il Se rend aujourd’hui au Temple. De Béthanie à Jérusalem, il n’y a que le temps d’une marche de quelques heures, en passant par le Mont des Oliviers. Lazare Lui rappelle que, bien sûr, Il peut loger ce soir dans la maison qui est proche du Temple, dans le quartier du marché aux poissons.  En ce qui concerne le lendemain, Jésus lui indique qu’Il Se rendra à Hébron. Ils prennent congé.

 

      Au soir venu, voici que la nouvelle lune est bien visible. Sur les collines des environs, les feux sont allumés afin de prévenir le peuple d’Israël : le mois d’Iyyar se termine bien ce soir ; la fête pour célébrer le mois nouveau, celui de Sivân, va pouvoir débuter. Et Lazare sait que, partout, sur les terrasses des synagogues et celles des édifices publics, les étendards à nœuds vont être hissés ; les réjouissances pour la célébration de « la néoménie » commencent.

    

    

  

 

 

 

 

                                                                                  Sur la route qui longe le Lac de Tibériade,

                                                                                                                en l’an 26 de notre Ere,

                                                                             au jour équivalent à notre mercredi 11 juillet.

 

     Dans les semaines précédentes, il y avait eu des tensions à Nazareth. Jésus y avait été reçu avec beaucoup de froideur par certains habitants qui ne voulaient voir en lui que « le fils du charpentier Joseph », quelqu’un dont on n’avait pas de « Leçons » à recevoir et dont on se demandait ce qui avait bien  pu « lui tourner la tête » ou lui « monter à la tête » à présent. Il avait voulu enseigner dans la synagogue, mais on lui en avait refusé l’entrée. Alors, c’est sur la place du marché qu’il avait dit devant une foule assez nombreuse que le Libérateur promis à Israël devait être bien différent de ce que les hommes pensaient ; et il avait aussi parlé de Jean ( le Baptiste, celui dont la voix criait dans le désert ), en recommandant à tous de faire pénitence et d’aller auprès de lui recevoir le baptême.

    Quelques jours plus tard, Jésus, Sa mère, Marie de Cléophas ( c’est à dire la fille de la soeur aînée de Marie ), les parents de Parménas ( celui qui sera l’un des Sept choisis par l’Assemblée des premiers chrétiens, après la Pentecôte, pour aider les Apôtres dans certaines tâches ), en tout une vingtaine de personnes quittaient Nazareth pour aller s’installer à Capharnaüm ou dans les environs. Les bagages étaient chargés sur quelques ânes qui cheminaient à côté d’eux.

    Quelques jours après l’installation dans les nouveaux logis, Jésus reprit la route. Ce 11 juillet de l’an 26, c’est à dire, pour les Hébreux, le 6ème jour du mois de Tammuz, Il marchait sur la voie pavée qui remonte vers le nord en longeant le Lac de Tibériade. Il voulait aller assez loin, jusqu’à Sarepta, au Liban, au nord de Tyr et un peu au sud d’Ornithopolis et de Sidon. Comme s’Il avait à repasser mystérieusement sur les chemins qu’avaient suivis jadis le prophète Elie et dans les lieux où il s’était arrêté. Voici comment la Torah, au premier Livre des Rois ( Chapitre XVII, versets 8 à 16 ), raconte la rencontre entre le prophète Elie et la veuve de Sarepta qui va lui donner l’hospitalité :

 

« 8. Alors la Parole de Yahvé lui fut adressée en ces termes :

9. – Lève-toi et va à Sarepta, qui appartient à Sidon, et tu y demeureras.

      Voici que J’ordonne là-bas à une veuve de te donner à manger ».

10. Il se leva et alla à Sarepta. Comme il arrivait à l’entrée de la ville, il y avait là une veuve

      qui ramassait du bois. Il l’interpella et lui dit :

-         Apporte-moi donc un peu d’eau dans la cruche, que je boive ! »

     Comme elle allait la chercher, il lui cria :

-         Apporte-moi donc un morceau de pain dans ta main ! »

12. Elle répondit : « Par Yahvé vivant, ton Dieu ! je n’ai pas de pain cuit ; je n’ai qu’une

      poignée de farine dans une jarre et un peu d’huile dans une cruche, je suis à ramasser

     deux bouts de bois, je vais préparer cela pour moi et mon fils, nous mangerons et nous

     mourrons ».

13. Elie lui dit : « Ne crains rien, va faire comme tu dis ; seulement, prépare-m’en d’abord

      une petite galette, que tu m’apporteras : tu en feras ensuite pour toi et ton fils.

14. Car ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël :

             « La jarre de farine ne s’épuisera pas,

                La cruche d’huile ne se videra pas

               Jusqu’au jour où Yahvé enverra la pluie

               Sur la face de la terre ».

15. Elle alla et fit comme avait dit Elie, et ils mangèrent, elle, lui et son fils.

16. La jarre de farine ne s’épuisa pas et la cruche d’huile ne se vida pas,

      selon la Parole que Yahvé avait prononcée par Elie ».

     Il faut rappeler ici que pour protester avec la plus grande vigueur contre l’abandon du culte de Yahvé par le roi Achab, le prophète Elie avait appelé peu auparavant à la cessation de la pluie et de la rosée en Israël. Et c’est après avoir « accordé » cette sécheresse au prophète que l’Eternel l’avait ainsi envoyé à Sarepta, aux bons soins de cette veuve libanaise. Et voici que Jésus, venu pour « accomplir » l’Ecriture, et reprenant en actes ce qui, dans l’Ancien Testament, était comme une préfiguration de Lui-Même, Pascal dira un « Figuratif », Jésus, donc, marche à son tour vers Sarepta.

    Chemin faisant, et alors qu’Il était non loin de Magdala, la belle demeure où Marie Magdeleine, la sœur de Lazare, désespérait son frère et ses sœurs Marthe et Marie la Silencieuse par son comportement et ses débordements, Jésus rencontra sur sa route six hommes qui revenaient du baptême de Jean, six hommes qui avaient été baptisés par Jean. Il y avait là Lévi, c’est à dire celui qui sera plus tard l’Evangéliste Matthieu, deux des fils des trois veuves de Nazareth et trois autres hommes.

     Jésus connaissait bien ces trois veuves qui, à Nazareth, avaient lié grande amitié avec Marie, Sa mère. Claïa ou Kélaya, qui était là, était le fils de la veuve nommée Seba, et de même Eustochios était, lui, le fils de la veuve nommée Léa. La troisième veuve avait connu il y a peu un deuil très cruel car elle avait perdu son plus jeune fils, qui s’appelait Simon. Ces trois femmes, dont deux étaient des sœurs, étaient toutes les trois des nièces de la mère d’Elisabeth ( l’épouse de Zacharie ). Elles avaient aussi un lien de parenté avec la première femme d’Alphée, celui qui était à présent l’époux de Marie de Cléophas. Kélaïa et Eustochios venaient de recevoir le baptême donné par Jean et c’était donc un cousin un peu éloigné, dont ils avaient perdu la trace, qui le leur avait administré. Ils racontèrent comment Jean, après avoir baptisé quelques soldats, en récusa d’autres en disant qu’en ce qui les concernait, il ferait mieux de ramasser des pierres dans le Jourdain et de leur donner le baptême ! Ils dirent aussi que Jean avait annoncé fortement la venue prochaine du Messie.

   Comme, tout en marchant, on voyait un peu plus loin la riche demeure de Magdala, ceux qui revenaient du baptême se mirent à parler à Jésus de Lazare, de Marthe, de Marie la Silencieuse, et de celle qui vivait là, à Magdala, avec son amant. Les uns et les autres étaient persuadés que, pour se comporter comme elle le faisait, Marie-Magdeleine était possédée d’un démon. Ils marchèrent quelque temps avec Jésus, admirant Sa Sagesse et certains d’entre eux se demandaient un peu confusément si ce n’était pas Lui, Celui dont Jean avait annoncé la venue.

 

    Nous laisserons le Seigneur continuer le chemin qui Le menait de la Galilée vers la Syro-Phénicie en rappelant seulement qu’arrivé à Sarepta, où l’on honorait le souvenir d’Elie et de l’hospitalité que cette veuve lui avait accordée, Jésus logea chez un vieillard qui occupait, dans les remparts, la maison qui avait été celle de « la veuve ». Ainsi le Seigneur logea-t-il exactement dans le même lieu que celui où le Prophète Elie avait été hébergé. Il faut noter qu’en ce lieu, Elie avait ressuscité le fils de la veuve . Ce dernier était tombé malade quelque temps après l’arrivée d’Elie :

 

« 17. Après ces évènements, il arriva que le fils de la femme qui avait accordé l’hospitalité

         à Elie devint malade ; et la maladie fut si forte qu’il expira.

18. Et elle dit à Elie :  « Qu’y a-t-il entre moi et toi, homme de Dieu ?  Es-tu venu chez moi

      pour renouveler la mémoire de mes fautes et faire mourir mon fils ? »

19. Et il lui dit : « Donne-moi ton fils ».

      Et il le prit des bras de cette femme et le porta dans une chambre haute, où il demeurait.

      Ensuite il le coucha sur son lit.

20. Puis il cria à l’Eternel et dit :

      « Eternel, mon Dieu, as-tu aussi l’intention d’affliger cette veuve chez laquelle je

       demeure, pour que Tu lui aies fait mourir son fils ? »

21. Il s’étendit trois fois sur le corps de l’enfant et il invoqua Jahvé :

      « Jahvé, mon Dieu, je t’en prie, fais revenir en lui l’âme de cet enfant ! »

22. Alors l’Eternel exauça la voix d’Elie ; et l’âme de l’enfant rentra en lui, et il recouvra

      la vie.

23. Elie prit l’enfant, le fit descendre de la chambre haute dans la maison, et il dit :

     « Regarde, ton fils vit ».

24. Alors la femme dit à Elie :  « Je sais maintenant que tu es un homme de Dieu,

      et que la Parole de l’Eternel Qui Est dans ta bouche Est Véritable ».

 

   Ainsi, ami lecteur, si tu as l’occasion de te rendre prochainement au Liban, va au nord de Soûr, l’ancienne ville de Tyr et prends la direction de Saïda, qui se nommait jadis Sidon. En chemin, il te faudra identifier l’ancienne ville de Sarepta. Là, peut-être retrouveras-tu la trace et l’écho de la venue, autrefois, dans la même demeure, à l’intérieur des anciens remparts de la vieille ville, d’Elie d’abord, il y a bien longtemps, et de Jésus ensuite, quelques centaines d’années plus tard.

 

 

 

 

Nazareth, en l’an 26 de notre Ere,

                                                                                         au 9ème jour du mois hébraïque d’Ellul

                                                                                  ( soit l’équivalent de notre 11 septembre ).

 

      Malgré l’accueil très froid qui Lui avait été fait, une hostilité ambiante et le « déménagement » d’une vingtaine de personnes vers Capharnaüm qui s’en était suivi, Jésus était revenu à Nazareth, avec cinq de ses disciples. Les uns et les autres étaient hébergés depuis la veille par des Esséniens de Nazareth, des amis de la Sainte Famille. Ces Esséniens s’étaient notamment occupés de tenir en ordre la maison de Marie après le départ pour Capharnaüm. Ces amis de la Sainte Famille occupaient des chambres voûtées d’anciennes fortifications en partie détruites ; ils cultivaient aux alentours de petits jardins.

    Jésus reçut l’hospitalité d’un vieillard nommé Eliud ; ce dernier était veuf et vivait avec sa fille. Le père d’Eliud était le frère de Zacharie ; ainsi ce vieillard essénien, au visage orné d’une longue barbe, était en fait, et malgré la très grande différence d’âge, le cousin de Jean le Baptiste, le Précurseur : l’un des deux frères avait eu son fils ( Eliud ) alors qu’il était encore assez jeune, et l’autre frère, Zacharie, avait eu son fils, Jean le Baptiste, alors qu’il était déjà très âgé, comme nous le savons par le récit évangélique.

    Au matin de ce 11 septembre, les cinq disciples qui accompagnaient Jésus sortirent des anciennes fortifications où ils étaient logés et allèrent visiter leurs parents et amis de Nazareth ; puis ils se rendirent à la synagogue.

 

     Jésus, Lui, resta avec Eliud et s’entretint longuement avec lui. Eliud, en effet, pouvait comprendre beaucoup de choses concernant les Mystères d’Israël et il interrogea affectueusement Jésus sur la Mission qui était la Sienne. Jésus lui rappela qu’il y a peu, après le déménagement de plusieurs de ses proches, dont Sa mère, de Nazareth à Capharnaüm,       Il était allé à Sarepta, sur les chemins du prophète Elie et Il dit à Eliud qu’Il avait logé là-bas, comme ici, chez un sage vieillard, un homme qui demeurait dans la maison où, jadis, Elie était venu bénéficier de l’hospitalité de la veuve libanaise. Il rappela le miracle de la farine et de l’huile qui ne s’épuisaient point ; ainsi la vieille femme pouvait-elle continuer à nourrir l’homme que Dieu avait envoyé vers elle pour qu’il bénéficie de son hospitalité. Il rappela la résurrection du fils de la veuve par Elie. Puis, Il attira l’attention d’Eliud sur le sens « préfiguratif », le sens annonciateur de ce qui se réalisait en ce moment même, à propos d’un autre passage de l’Ecriture concernant Elie : la très longue sécheresse que le prophète avait « demandée » à Dieu en châtiment de l’idolâtrie du roi Achab durait encore. Après la mise à mort des quatre cents prêtres de Baal qui avaient, durant de longues années, gouverné l’esprit du roi et du peuple dans un sens de fausseté et de culte des idoles, Elie parla au roi Achab :

 

Elie dit à Achab : « Monte, mange et bois, car j’entends le grondement de la pluie » ».

Pendant qu’Achab montait pour manger et boire, Elie monta vers le sommet du Carmel, il se courba vers la terre et mis son visage entre ses genoux. Il dit à son serviteur : « Monte donc, et regarde du côté de la mer ».

Il monta, regarda et dit : « Il n’y a rien du tout ». Elie reprit : « Retourne sept fois ».

A la septième fois, le serviteur dit : « Voici un nuage, petit comme une main d’homme,    qui monte de la mer ». Alors Elie dit : « Monte dire à Achab : Attelle et descends, pour que la pluie ne t’arrête pas ».

Sur le coup, le ciel s’obscurcit de nuages et de tempête et il y eut une grosse pluie.

Achab monta sur son char et partit pour Yizréel.

La main de Yahvé fut sur Elie, il ceignit ses reins et courut devant Achab jusqu’à l’arrivée à Yizréel.

                                                       Premier Livre des Rois, XVIII, 41 à 46.

    Et Jésus demanda à Eliud comment il comprenait ce nuage « petit comme une main d’homme » et qui annonce la pluie après la si longue sécheresse de l’idolâtrie. Comme le vieil homme ne voyait pas, Jésus lui dit que la grande sécheresse, cette Soif de la terre envers ce que le Ciel peut donner, était aussi comme une « Figure » de cette longue Soif chez les vrais croyants en Israël, la Soif de la réalisation de la Promesse. Alors Eliud comprit que Jésus parlait de l’attente du Messie, attente qui avait été le souci constant de toute sa vie à lui, Eliud, comme le souci de la vie de tous les Esséniens, ces « mis à part » pour Dieu, ces « Askaras ». Et Eliud comprit aussi que la farine et l’huile sainte mentionnées à propos du séjour d’Elie chez la veuve de Sarepta étaient aussi comme une Figuration de leur rôle à eux, les Esséniens, petite partie réservée et préservée pour que la venue du Messie sur terre puisse avoir lieu un jour, un jour pas trop lointain. De là cette recherche de la Pureté la plus stricte chez ceux qui ne se mariaient pas, de là ce souci de Pureté aussi chez ceux des Esséniens qui, comme lui Eliud, s’étaient mariés. Eliud hocha la tête : un jour peut-être, enfin, un mariage dans une famille d’Esséniens serait suffisamment pur pour que le Seigneur puisse venir sur la terre au sein de cette Famille.

    Jésus, Qui lisait dans les pensées d’Eliud comme on lirait un livre ouvert, lui dit alors que depuis l’origine du monde, il ne s’était pas trouvé sur terre deux époux aussi purs et aussi vertueux qu’Anne et Joachim.

    Les souvenirs se pressaient dans l’esprit d’Eliud. Il avait connu Anne et Joachim, tous les deux décédés aujourd’hui. Il repensa à Marie d’Héli, la première fille des deux époux, il revit la longue période de stérilité d’Anne qui avait suivi cette naissance ; il revit l’offense qui avait été faite au Temple à Joachim à cause de la stérilité de sa femme ; il se souvint de la période de séparation de ces deux époux qui s’aimaient tendrement, puis de leur rencontre au Temple sous la Porte Dorée, comme s’ils se mariaient de nouveau devant Dieu. Et la petite Marie qui était née ensuite de leur union. Il revoyait cette enfant pendant la période où elle était au Temple, tandis que Noémi, la tante de Lazare, veillait sur elle. Il repensa au désir de Marie à la fin de son séjour : se consacrer à Dieu et rester dans le Temple pour Le servir. Mais il lui avait fallu prendre l’époux que les plus sages parmi les Esséniens avaient désigné pour elle, Joseph, de la descendance de David, par Salomon.

     Et comme sa pensée en venait à l’enfant né du mariage de Marie et de Joseph, Jésus lui montra Sa main droite : « Cette main a été une main d’enfant, petite comme une main d’enfant qui deviendra la main d’un homme. C’est cette main que le serviteur d’Elie a vue dans le nuage qui montait de la mer et annonçait la pluie désirée, c’est cette main que le prophète Elie a vue lorsqu’il a regardé le ciel à son tour et vu ce nuage « petit comme une main d’homme ». Comme la terre a soif de la pluie, ainsi les humains les plus purs avaient-ils soif, en Israël, de la venue du Messie. Et leur soif a été apaisée. Est-ce que tu comprends, Eliud ? ».

     La Lumière s’était faite dans l’esprit du vieil homme. Une grande Lumière. Une sorte d’Effroi accompagnait cela, et le vieillard, se cachant la face avec respect, s’agenouilla devant le Seigneur. Jésus mit Ses deux mains sur la tête d’Eliud, la main droite d’abord, et, derrière elle, la main gauche, et Il lui donna Sa Bénédiction. Un Calme bienfaisant descendit dans l’âme du vieillard. Tout s’apaisa en lui.

     Lorsque l’entretien put reprendre, Eliud demanda au Seigneur pourquoi Il n’était pas venu plus tôt dans le monde. Jésus lui dit qu’il avait fallu attendre que naisse une Femme dont la conception soit ce que toute conception aurait été s’il n’y avait pas eu, de la part des humains, leur éloignement de Dieu, la faute du péché originel. Et le Seigneur évoqua, devant Eliud, quels avaient été les obstacles qui, jusque-là, avaient rendu impossible l’accomplissement de la Promesse faite à Israël. Il parla à nouveau de la rencontre sainte d’Anne et de Joachim sous la Porte Dorée du Temple ; c’était le Désir de rendre possible la réalisation de la Promesse qui avait ramené les deux époux l’un vers l’autre. De toute leur âme, ils avaient voulu faire leur devoir d’Esséniens mariés et respectant la Pureté, et ainsi, un peu plus tard, la conception de Marie avait-elle pu être absolument sans tache, dirigée d’En Haut, « immaculée ». Tout le Mystère de l’Arche d’Alliance et de sa puissance avait pu, ainsi, être déposé dans le cœur d’Anne et de Joachim avant de passer dans l’âme de Marie. Il dit à Eliud que, pour racheter les hommes, il faudrait qu’il en soit de Lui comme jadis du serpent d’airain élevé dans le désert. Lui aussi, Jésus, il allait falloir qu’Il soit « élevé » pour guérir les hommes, après bien des douleurs et beaucoup d’ingratitudes, sur la colline « du Crâne », le Golgotha, ainsi nommé parce que le crâne et les restes du corps d’Adam, en effet, reposaient là.

    Eliud raconta au Seigneur beaucoup de choses relatives à Marie et à Anne, comme si Jésus ignorait cela ; mais Il écouta avec bonté le vieillard parler de ce qu’il savait de la vie de Sa propre mère et de Sa grand mère. Eliud lui dit que, tout à fait à la fin, Anne semblait encore pleine de force et d’énergie, et que l’on n’aurait pas songé qu’elle était juste sur le point de mourir. Avant de quitter la terre, elle avait béni les quatre jeunes filles qui lui étaient nées, et auxquelles elle avait donné le même prénom, Marie ; mais nul parmi les proches ne confondait jamais l’une avec l’autre.

 

 

                                        L’équivalent de notre 13 septembre,

en l’an 26 de notre Ere.

Dans les faubourgs d’En-Dor.

 

      Au matin, accompagné d’Eliud, Jésus quitta Nazareth par la route du sud. Le Seigneur et son compagnon âgé se dirigeaient vers Endor (aujourd’hui En-Dor). Cette bourgade est située, après Kislot-Thabor et Qedesh, au sud-est de Nazareth, à une distance disons, pour prendre une mesure aisément repérable, un peu supérieure à celle qui sépare, en Judée, Hébron de Yutta. A Endor, la veille de la mort du Roi Saül, et donc, très peu de temps avant que David soit couronné Roi de Juda ( mais pas encore Roi d’Israël), le Premier Livre de Samuel, au chapitre XXVIII, 3 à 25, raconte une scène qui fait partie de la mémoire de ce lieu : la fantôme du Prophète Samuel, évoqué à la demande du Roi Saül (en contradiction avec son ordre d’expulsion des nécromants et des devins), confirme au Roi l’Election divine  de David à sa place et annonce à Saül que le lendemain il viendra le rejoindre au Pays des Morts ; ce qui advint en effet lors de la bataille de Gelboé (1er Livre de Samuel, chapitre XXXI).

Arrivé, avec Eliud, dans les faubourgs d’En-Dor, Jésus trouva ceux qui prenaient habituellement les décisions parmi les habitants et leur dit qu’Il voulait parler dans la synagogue, située dans ces faubourgs (il n’y en avait pas dans Endor elle-même). On Lui répondit qu’on n’avait pas habitude d’accorder cette faveur à des étrangers. Mais Il leur précisa qu’Il avait Sa Mission et, après un peu d’hésitation, les portes Lui furent ouvertes. Il parla de Jean et du baptême qu’il donnait, de l’Envoyé du Seigneur ;  Il dit que le Royaume de cet Envoyé Qui devait venir n’était pas de ce monde et que le Messie ne paraîtrait pas avec tout cet éclat extérieur et toute cette pompe que les croyants s’étaient représentée. Il se fit donner les rouleaux des Ecritures, et expliqua plusieurs passages des Prophètes.

     Après la cérémonie, et encore le lendemain et le surlendemain, Jésus eut d’autres entretiens avec Eliud, notamment à propos de Son baptême prochain. Il dit au vieillard qu’Il n’irait pas avec lui jusqu’au lieu du baptême parce qu’Il voulait passer par Béthanie et y parler avec Lazare. Ce dernier, avec ses sœurs, possédait une très grande fortune. Et Jésus, S’apprêtant à entrer dans Sa Mission publique, voyait et disait qu’Il trouverait auprès de cette famille une bonne partie du soutien matériel dont Il allait avoir besoin. Le père de Lazare était le fils d’un prince syrien ; il avait fait la guerre et s’était enrichi. Il avait épousé à Jérusalem une jeune fille juive de la tribu d’Aaron. Ils possédaient trois grandes propriétés, l’une à Béthanie, l’autre à Hérodium ou Alexandrium et la troisième à Magdala, près du Lac de Tibériade, à peu de distance de la ville de Tibériade et de Gabara. C’est dans cette troisième propriété que vivait Marie-Magdeleine, celle qui faisait scandale et dont Jésus annonça pourtant à Eliud qu’elle s’élèverait un jour plus haut que sa sœur Marthe, qui Lui était cependant très dévouée.

 

                                                                                        Nuit du 20 au 21 septembre de l’An 26.

 

   Au cours de la nuit du 19 du mois hébraïque d’Elul, c’est à dire, dans notre calendrier, la nuit du 20 au 21 septembre de ce que nous nommons l’An 26 de notre Ere, Eliud et le Seigneur marchaient tantôt l’un à côté de l’autre, tantôt à quelque distance. Lorsque la lune éclairait leur marche, le vieillard était frappé de la beauté et des proportions du corps de Celui qu’il nommait Joschuah. Jésus lui répondit :

« Eliud, si tu revoyais ce corps dans quelques années, tu n’y trouverais plus la moindre trace de beauté, car il viendra un temps où les hommes Me maltraiteront beaucoup et Me feront subir un grand nombre d’outrages ».

     Le vieillard ne comprit pas ce que ces Paroles signifiaient vraiment. D’ailleurs, lorsque Jésus évoquait devant lui ce que serait « Son Royaume sur la terre », la durée de ce Règne semblait toujours assez brève ; Eliud s’étonnait ; comme il se figurait une sorte de grande Monarchie à l’image de ce qu’avait été le Règne de Salomon, il pensait qu’il faudrait bien encore une dizaine ou une vingtaine d’années pour qu’une telle splendeur publique puisse être atteinte dans le pays actuellement occupé par la puissante armée romaine.

      Marchant derrière Jésus, Eliud était plongé dans de profondes réflexions sur tous ces sujets. Jésus lui dit alors que s’il voulait approcher un peu, Il lui montrerait Qui Il Etait,        de quelle nature était Son corps, et quel devait être Son Royaume. Alors, le vieil Essénien vint se placer à quelques pas du Sauveur ; Jésus dirigea Son Regard vers le Ciel et Se mit en Prière. Un Nuage épais, ce que l’on nomme aussi une sorte de Nuée, descendit alors des Hauteurs et les enveloppa tous les deux, les séparant de tout ce qui les entourait. Le Ciel s’entrouvrit au-dessus de leur tête, comme s’il s’abaissait jusqu’à eux. Une Ville merveilleuse aux murailles resplendissantes de Clarté devint visible pour Eliud. De toutes parts, il vit les reflets et le Rayonnement d’un Arc-en-Ciel comme il n’en avait jamais observé. Il comprit alors qu’il lui était permis de voir un peu de la Beauté souveraine de la Jérusalem céleste. Dans le Rayonnement de cet Arc-en-Ciel qui se déployait au-dessus de la Ville merveilleuse, le vieillard vit alors comme un symbole mystérieux qui prenait forme. Il vit aussi, près de lui, que le corps de Joschuah devenait  transparent et resplendissait comme le soleil. Le Sauveur en prière lui semblait s’entretenir avec cette Présence Qui se manifestait dans l’Arc-en-Ciel au-dessus de la Ville céleste. Comme ravi en une sorte d’extase, Eliud n’osait pas comprendre la grandeur immense de ce qui avait lieu; pourtant il savait , par les prêtres et les prophètes d’Israël, que l’Eternel parfois paraissait dans Sa Gloire ( ou plus mystérieusement),   à un humain, ou à quelques humains favorisés. Il comprit que Joschuah, là, en prière, S’entretenait avec le Créateur, avec l’Eternel Son Dieu.

     Eliud se prosterna alors, la face contre la terre, effrayé de ce qu’il lui avait été permis d’entrevoir. Et il resta ainsi, humble, respectueux, craignant Dieu, jusqu’à ce que la Jérusalem céleste et l’Arc-en-Ciel au-dessus d’elle ne soient plus visibles.

      Jésus alors Se remit en marche dans la nuit et Eliud Le suivit, méditant en son cœur le Prodige dont il venait d’être le témoin.  

                                                                    

                                                                              Le 21 septembre de l’An 26, chez les bergers.

Puis en chemin vers Gur, près de Yibleam.

 

        Comme le jour commençait à se lever, les deux voyageurs arrivèrent jusqu’à des pâturages. Jésus connaissait ces bergers qui, matinaux, avaient déjà quitté leurs cabanes et menaient leurs troupeaux vers les herbages. Ils vinrent au-devant du Sauveur qu’ils respectaient énormément. Ils se prosternèrent devant Lui, puis conduisirent les voyageurs vers une modeste cabane où, selon le rite de l’hospitalité antique, ils leur lavèrent les pieds, leur préparant ensuite une couche pour qu’ils puissent se reposer au moins quelque temps de leur marche nocturne. Des tourterelles qui avaient leurs nids sous le toit voltigeaient en grand nombre aux alentours ; les bergers en firent rôtir deux ou trois pour le repas de ceux qu’ils recevaient ; ils leur présentèrent aussi du pain et de petites coupes avec des fruits.

       Après un temps de repos, Jésus, Qui S’apprêtait à reprendre Sa marche, dit au revoir à Eliud. Ce dernier reçut, à genoux, la Bénédiction du Sauveur en présence des bergers.      Jésus dit au vieillard qu’il passerait en paix les derniers jours de sa vie.

La Voie dans laquelle Il allait marcher, Lui, était trop difficile à supporter pour un homme déjà très âgé. Eliud avait suffisamment travaillé au cours de sa vie dans la Vigne du Père et il obtiendrait sa récompense dans Son Royaume. Pour mieux lui faire comprendre ce qu’Il voulait lui dire, Jésus raconta alors à Eliud et aux bergers la Parabole des ouvriers envoyés à la vigne :

« Car le Royaume des Cieux est semblable à un père de famille qui sortit dès la pointe du jour afin de louer des ouvriers pour travailler à sa vigne. Et s’étant mis d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour, il les envoya à sa vigne.

Il sortit encore environ à la troisième heure du jour, et il en vit d’autres qui étaient sur la place, sans rien faire. Il leur dit : « Allez vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable ». Et ils y allèrent.

Il sortit encore environ la sixième et la neuvième heure, et il fit la même chose.

Et vers la onzième heure, il sortit et en trouva d’autres, qui étaient là, à ne rien faire. Il leur dit : « Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire ? ». Et ils répondirent : « C’est parce que personne ne nous a employés ». Alors il leur dit : « Allez vous aussi à ma vigne, et vous recevrez ce qui sera raisonnable ».

Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à celui qui avait soin de ses affaires :    « Appelle les ouvriers, et tu leur verseras leur salaire, en commençant par les derniers,    jusqu’aux premiers ». Et ceux qui avaient été employés à la onzième heure étant venus,     ils reçurent chacun un denier.

Or, quand les premiers furent venus, ils s’attendaient à recevoir davantage ; mais ils reçurent chacun un denier. Et l’ayant reçu, ils murmuraient contre le père de famille,  disant : « Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les as égalés à nous qui avons supporté la fatigue de tout le jour et la chaleur ».

Mais il répondit à l’un d’eux : « Mon ami, je ne te fais point de tort ; ne t’es-tu pas mis d’accord avec moi pour un denier par jour ? Prends ce qui est à toi, et te retire. Mais Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne M’est-il pas permis de faire ce que Je veux de ce qui est à Moi ? Ou bien vois-tu d’un mauvais œil que Moi, Je Sois Bon ? »

 Ainsi les premiers seront les derniers,  et les premiers seront les derniers ».  

                                                                                                         Matthieu XX, versets 1 à 16.

 

     Depuis la scène à laquelle il avait assisté au cours de la nuit où le corps de Joschuah était devenu transparent et resplendissant, Eliud était grave et recueilli. La Parabole ajouta encore à son émotion. Il accompagna le Sauveur sur le chemin, un peu au-delà du petit hameau des bergers ; Jésus l’embrassa, puis Il poursuivit Sa marche, Seul, pendant qu’Eliud, ce cousin plus âgé de Jean le Baptiste, revenait pour quelque temps dans la cabane des bergers.

 

 

En l’an 26 de notre Ere,

le 17ème jour du mois hébraïque d’Elul,

l’équivalent de notre mercredi 19 septembre.

A Capharnaüm.

 

Les disciples de Jésus étaient arrivés à Capharnaüm et ils étaient allés de suite rendre visite à Marie de Nazareth qui, en tant que veuve (la mort de Joseph datait du 1er mai 26) et mère d’un Fils Qui devait s’absenter fréquemment, avait besoin de bienveillance et d’un peu d’aide pour installer, même très modestement, sa nouvelle demeure. Les disciples savaient, bien sûr, qu’en procédant ainsi, avec beaucoup d’égards, ils remplissaient une partie du rôle que Joschuah ne pouvait pas tenir constamment auprès de Sa mère, seule désormais, et dont, selon la coutume de la religion juive, le fils, matériellement, socialement, avait la charge à présent. Ce souci et cette bienveillance matérielle accordés à Marie par les disciples, ils le savaient aussi, étaient considérés comme une sorte de minimum tout naturel  dans ce qui était exigé d’eux par le Maître Qui les avait choisis. Cependant, ils avaient également, cette fois, un message relativement urgent à transmettre à Marie de Nazareth de la part de son fils : ils avertirent Marie que Jésus avait décidé d’aller recevoir sur le Jourdain le Baptême auquel Jean appelait, qu’Il serait d’abord, dans ce but, un temps à Béthanie, chez Lazare, à partir du 24ème jour du mois d’Ellul, tard dans la soirée. Il souhaitait que pendant le temps de ce Baptême et pour la période assez longue qui s’en suivrait, et où Il devrait s’absenter, Sa mère et les femmes qui désormais l’accompagnaient souvent soient elles aussi à Béthanie, à bénéficier de la très grande hospitalité de Lazare. En prenant leurs dispositions, elles pouvaient arriver assez aisément à Béthanie pour le 25ème jour de ce mois. Ainsi Jésus pourrait-Il là-bas S’entretenir avec Sa mère ; Il avait en effet plusieurs choses importantes à lui dire. Marie, bien sûr, s’organisa aussitôt pour pouvoir répondre à cette demande de son fils et avoir avec Lui l’entretien qu’Il proposait. Mais, cependant, la perspective d’une longue absence annoncée pour les jours qui suivraient le baptême ne laissait pas de l’inquiétait.

Toujours est-il que quelque temps après cette visite des disciples, en effet, Marie de Nazareth, Jeanne Chusa, Marie de Cléophas, la veuve Léa et Marie Salomé se mirent en chemin. Deux jeunes pêcheurs de Tibériade étaient avec elles pour porter des bagages. Ils ont un sac par devant et un sac par derrière, et ils maintiennent chacun les deux sacs sur leur épaule au moyen d’un bâton. L’un marchait le premier sur les sentiers, devant les femmes, et l’autre pêcheur fermait la marche.

Les cinq femmes et leurs guides, qui sont aussi des porteurs, prirent la route ordinaire qui descendait de Tibériade vers Jéricho, laissant à un moment la ville de Sichar à leur droite, alors qu’au même moment Jésus, Lui aussi en marche vers le lieu où Jean baptisait, avait cette même ville de Sichar à Sa gauche. Lorsqu’elles ne se trouvaient pas sur une grande route, la plupart des chemins étant alors assez étroits, les cinq femmes ne marchaient pas de front, mais les unes derrière les autres, à quelques pas de distance. Elles sont parfaitement habituées, les unes et les autres, à faire de longs voyages à pied. Elles ont aux pieds des sandales solides et fourrées. Anne-Catherine Emmerick, à qui ces images sont montrées, remarque que, pour marcher plus facilement, les femmes ont relevé leur robe jusqu’à mi-hauteur des mollets. Elles portent sur la tête un voile retenu autour du cou par un linge étroit et long, croisé sur la poitrine, enveloppant tout le dos et rattaché à la ceinture. Elles glissent de temps à autre leurs mains dans cette enveloppe de tissu pour se reposer les bras. Le porteur qui les précède prépare le chemin ; il leur ouvre les barrières, les aide à passer les ruisseaux, dégage les pierres, veille à tout. Et celui qui les suit referme les barrières et remet tout en place comme cela était auparavant.

 

 

Le 19ème jour du mois hébraïque d’Elul

soit l’équivalent de notre vendredi 21 septembre de l’an 26,

à Bethsaïda.

 

En ce temps-là, André et Saturnin, plusieurs autres également étaient disciples de Jean le Baptiste, et, de Son côté, Jésus avait rassemblé neuf personnes qui Le suivaient lorsqu’Il Se déplaçait. Le 21 septembre de l’an 26, deux parmi ces disciples de Jésus, se rendirent jusqu’au bourg voisin de Bethsaïda pour s’entretenir avec André et Simon-Pierre, son frère. Les disciples de Jésus vantèrent aux disciples du Baptiste la Bonté et la Douceur de leur Maître, Sa Sagesse immense. André, de son côté, étaient dans son enthousiasme pour Jean le Baptiste, la vie pleine de mortifications qu’il s’imposait. Il évoquait aussi la grande beauté de sa doctrine. « Jamais », disaient-ils, « on n’a expliqué ainsi la Loi et les Prophètes ».

Celui qui deviendra plus tard Jean l’Evangéliste était sensible à la puissance d’attraction qui émanait des paroles d’André. Cependant, depuis sa propre enfance, pendant laquelle il avait demeuré à Yaphia, à environ deux kilomètres et demi au sud-ouest de Nazareth, il avait souvent été dans la familiarité de Jésus, Qui avait d’ailleurs un lien de parenté assez étroit avec lui : la grand-mère maternelle du Seigneur, Anne, était en effet la sœur cadette de Sobé, la grand-mère maternelle de Jean. Aussi Joschuah, déjà depuis les premières années de la vie de Jean, avait eu une très grande affection pour son jeune cousin demeurant à moins d’une demi-heure de marche de chez Lui. En cette période de la fin du mois de septembre de l’An 26, alors que les uns étaient disciples du Baptiste tandis que les autres suivaient déjà Jésus, Jean, le petit-fils de Sobé et de son mari, du nom de Salomon, le fils de Zébédée et de Marie-Salomé (ainsi nommée, elle, parce qu’elle était fille de ce Salomon), Jean, donc, était sensible à la fois à l’Amitié  et au Rayonnement de Jésus, son cousin, et à la Puissance d’Attraction de celui qui parlait et appelait et criait dans le désert. Cette tension qui habitait Jean restait d’ailleurs elle-même au sein de cette famille élargie hors du commun puisque tout lecteur de l’Evangile sait que Marie, la mère de Jésus, et Elisabeth, la mère de Jean le Baptiste, étaient cousines. Pour bien saisir le lien de parenté entre elles, et donc entre Jean l’Evangéliste, Jean le Baptiste et Jésus, il faut remonter les arbres généalogiques par les mères :

-         la mère de Jésus était, bien sûr, Marie de Nazareth,

-         dont la mère était Anne (celle que nous nommons Sainte-Anne, et qui avait épousé Joachim d’Héli) ;

-         la mère d’Anne se nommait Isméria ( et elle avait épousé un nommé Eliud, pas, bien sûr, celui que nous venons de voir accompagner Jésus) ;

-         la mère d’Isméria était une Essénienne nommée Emoroun ( ou Marouni) et le vieux Maître très respecté de la Communauté des Esséniens qui ne se mariaient pas, Archos, qui vivait sur le Mont Horeb, avait indiqué à Emoroun, lorsque celle-ci, arrivée à l’âge de se marier, était venue le consulter, qu’elle devrait écarter ses cinq premiers prétendants et épouser celui qui s’était présenté ou se présenterait le sixième, un homme du nom de Stolanus, pour que la Promesse de la venue du Messie parmi les Esséniennes puisse enfin se réaliser au sein du peuple juif.

Marie de Nazareth avait eu son unique enfant, Joschuah, très jeune ; par contre, Elisabeth et Zacharie étaient déjà tous deux assez âgés lorsque la naissance de Jean le Baptiste fut annoncée à Zacharie. On se rappelle que Zacharie resta d’abord sceptique à propos de cette annonce qui lui avait été faite et qu’il fut puni de ce scepticisme ici tout à fait inapproprié par la perte de la capacité de parler pendant plusieurs mois. A cause de cette différence d’âge, Emoroun, qui fut l’arrière arrière grand-mère de Jésus, n’était que l’arrière grand-mère de Jean le Baptiste. En effet,

-         la mère de Jean le Baptiste était donc Elisabeth,

-         dont la mère était Emérentia, qui avait épousé un homme nommé Ophra ou Aphras ;

-         et la mère d’Emérentia, l’arrière grand-mère du Bapstiste, était cette même Emoroun (ou Marouni) qui était aussi l’arrière arrière grand-mère de Jésus.

Outre Isméria et sa sœur cadette Emérentia, Emoroun et Stolanus avaient eu une troisième fille, Enoué, mère de celle qui sera nommée plus loin la veuve Léa, elle-même mère d’Eustochius, qui sera l’un des 72 Disciples du Christ.

Si nous regardons à présent la généalogie, par les mères, de Jean l’Evangéliste, nous voyons que :

-         la mère de Jean (et de Jacques le Majeur, celui sur la tombe duquel les Pèlerins vont se recueillir, depuis le Haut Moyen-Âge, à St Jacques de Compostelle) était Marie-Salomé, aussi nommée Marie Zébédée, du nom de l’homme qu’elle avait épousé ;

-         la mère de Marie-Salomé était Sobé, la sœur aînée de Sainte-Anne. Sobé avait donc épousé un nommé Salomon (bien sûr pas le fils du Roi David !, né plusieurs centaines d’années auparavant) ;

-         et la mère de Sobé, de Sainte-Anne (et de leur sœur cadette Maraha) fut cette Isméria,

-         dont la mère avait elle-même pour nom Emoroun (ou Marouni).

Hésitant à ce moment entre les deux très puissantes influences du Baptiste et de Jésus, Jean, le futur Evangéliste, hésitait donc aussi entre les Enseignements tout à fait complémentaires de deux de ses cousins un peu éloignés.

En tous cas, c’est à Bethsaïda que les disciples de l’Un et le disciples de l’autre passèrent et fêtèrent le jour du Sabbat, le 20ème jour du mois d’Elul, soit l’équivalent de notre samedi 22 septembre, en l’An 26 de notre Ere.

 

Le dimanche 23 septembre de l’an 26 de notre Ere.

21ème jour du mois hébraïque d’Elul.

En chemin vers le lieu où Jean baptise.

 

Ce 23 septembre, les neuf disciples de Jésus, accompagnés par six disciples du Baptiste, prirent la route de Tibériade, par Gennésareth et Magdala. Puis, par Gennabris et Laqqum, ils commencèrent eux aussi une assez longue marche vers le sud, traversant à un moment le désert. Le voyageur d’aujourd’hui peut s’imaginer la distance parcourue par ces quinze hommes qui, tous, se rendaient, depuis le Lac de Tibériade presque jusqu’à la Mer morte, au Baptême auquel Jean appelait le peuple d’Israël. C’est à quelques kilomètres en effet à l’est de Jéricho, non loin des villes d’On et de Gilgal, en face de la ville de Bethabara, que Jean le Baptiste avait été incité, d’En Haut, à se rendre. Dans les mois précédents, encore en mai de l’an 26 de notre Ere, il avait baptisé plus au nord, près de la ville d’Aenon.

Pendant leur marche, André fit encore l’éloge du Baptiste. Il était membre, disait-il, d’une très vieille famille sacerdotale. Il avait été formé, au désert, par les Esséniens, ces « mis à part » pour le Seigneur. Le fils de Zacharie et d’Elisabeth ne tolérait aucun désordre et André évoqua avec admiration sa force de caractère considérable, égale en lui à la Sagesse.

Les disciples de Joschuah vantaient de leur côté la Douceur et la Sagesse de leur Maître. Mais André et ses amis objectèrent que cette Douceur qu’ils qualifiaient parfois d’excessive avait occasionné ici et là des abus ; ils prenaient des exemples précis de personnes qui, du fait de la Mansuétude à leurs yeux trop grande de Jésus, continuaient aujourd’hui à vivre dans le dérèglement ; et ils ajoutaient d’ailleurs que, lors de ses voyages récents, Jésus, Lui aussi, comme le Baptiste en son enfance, avait été enseigné par des Esséniens.

Après avoir fait chemin ensemble pendant quelques lieues, les deux groupes préférèrent se séparer et se rendre à leur point de rencontre identique par des routes différentes. Les uns, peut-être, par Beth-Shân et Bezeq (par la rive ouest du Jourdain), les autres, les amis d’André, par Aenon, c’est à dire l’ancien lieu de Baptême de Jean (par la rive est du Jourdain).

Tandis qu’on la faisait assister à ces discussions tendues d’autrefois, Anne-Catherine Emmerick trouvait que les humains de cette époque ressemblaient bien aux hommes de son temps. Conflits entre personnes, entre deux groupes dont les membres mettaient chacun en avant celui qu’ils avaient décidé de suivre. Petitesses humaines. Mesquineries. Séparations. Cependant, au cours de ces entretiens entre disciples, on pourrait dire aussi que la Voie de la Rigueur divine s’opposait, en La complétant, à la Voie de la Miséricorde divine. Or, nous dit tout une Tradition, le Seigneur est à la fois Justice et Miséricorde. Il y a en Lui et la Voie de la Rigueur, qui s’exprimait à ce moment par les exigences du Baptiste, et la Voie de la Miséricorde, qui s’exprimait, elle, par les Actes et les Paroles de Douceur de Joschuah.

 

Petit retour en arrière.

A Jérusalem, dans la demeure de Lazare.

 

Quelques jours plus tôt, Lazare se trouvait dans sa maison à Jérusalem. Pour la situer, représentez-vous la Grande Porte qui avait nom « La Porte d’Angle », celle qui, vers le nord-ouest, donne sur la route qui mène à Bethsur et, bien plus loin, à Césarée. L’une des sœurs de Lazare, Marthe, possédait aussi une maison dans cet angle de la ville, près du rempart. Si l’on se trouvait chez Lazare, il suffisait de traverser la rue et de se rendre un peu plus loin sur la gauche, mais sans aller jusqu’à la Porte d’Angle, pour parvenir à la maison de Marthe. Et, un peu plus loin encore que cette maison, après avoir passé la Grande Porte d’Angle et avoir franchi le rempart, on se trouvait donc sur la route du nord-ouest qui permettait d’entrer ou de sortir de Jérusalem.

Par cette Porte ou par une autre, quelques jours plus tôt, des disciples de Jésus étaient venus prévenir Lazare à Jérusalem que son ami souhaitait être sur les bords du Jourdain, le 26 du mois d’Elul, à la veille du Sabbat, pour y recevoir Lui aussi le Baptême donné par le fils de Zacharie. Avant de Se rendre au lieu du Baptême, Il aimerait séjourner à Béthanie, chez Lazare. Il y arriverait, peut-être un peu tard, dans la soirée du 24 du mois d’Elul. Les disciples annoncèrent aussi à Lazare que, pendant le temps de ce voyage pour Son Baptême, Marie, la Mère du Seigneur, viendrait résider quelques jours à Béthanie, avec les femmes et les parentes qui, désormais, l’accompagnaient. Ces femmes, celles que la Tradition nommera les Saintes Femmes, étaient d’ailleurs, pour neuf d’entre elles, nous verrons lesquelles, des parentes plus ou moins proches de Marie.

 

 

Le dimanche 23 septembre de l’An 26 de notre Ere

Dans la localité de Gur, près de Yibléam

 

Cette nuit-là, Jésus dormit dans la petite ville de montagne nommée Gur ; un frère de Joseph, celui qui habita plus tard Zabulon, y avait demeuré à une époque. Par ailleurs, le second Livre des Rois, en son chapitre 9, raconte comment Ochozias, Roi de Juda, y fut autrefois frappé mortellement.

Pour bien saisir le sens de l’événement qui avait eu lieu ici, il faut revenir plusieurs centaines d’années en arrière. D’abord jusqu’à ces sept années et six mois où David ne régna, à Hébron, que sur la Tribu de Juda, puis sur les 33 ans où il régna à la fois sur Israël et sur Juda, c’est à dire, cette fois sur les 12 Tribus d’Israël, et pas seulement celle de Juda. La tension ici présente alla jusqu’à la guerre civile lorsque David était Roi de Juda tandis que le fils de Saül, Ishbaal, avait été reconnu Roi d’Israël, lui, par les onze autres Tribus, et régna sur elles pendant deux ans.

La période suivante à envisager est celle de la fin du règne de Salomon. Ce dernier, très grand Roi, commit cependant des fautes vis à vis des exigences du Dieu d’Israël à cause de son acceptation, au moins partielle, de plusieurs des dieux qui étaient adorés par ses diverses épouses. Comme le lui reprocha à la fin de sa vie le prophète Ahiyya, de Silo, Salomon s’était prosterné devant Astarté, la déesse des Sidoniens, devant Kémosh, le dieu de Moab et devant Milkom, le dieu des Ammonites. Il avait même fait construire des sanctuaires pour que toutes ses femmes étrangères puissent offrir commodément de l’encens et des sacrifices à leurs dieux. Le prophète Ahiyya, sous l’inspiration divine, effectua alors un acte qui devait se révéler très lourd de conséquences : rencontrant en pleine campagne Jérobaam, un homme de qualité qui était au service de Salomon, il déchira devant lui son manteau de prophète en douze morceaux, un par Tribu, et dit : « Prends pour toi dix morceaux, car ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : « Voici que Je vais arracher le Royaume de la main de Salomon et Je te donnerai dix Tribus. Il aura une Tribu en considération de mon serviteur David et de Jérusalem, la ville que J’ai élue de toutes les Tribus d’Israël. C’est lui qui m’a délaissé… ». (Premier Livre des Rois, chapitre XI, 31 à 33 et chapitre XII).

Salomon chercha sans succès à faire mourir Jéroboam, et lorsque le fils de Salomon, Roboam, succéda à son père, les partisans de Jéroboam s’opposèrent à lui et il y eut à Sichem une scission à la fois politique et religieuse. Il y avait désormais, et pour plus de deux cents ans (de l’An 931 avant notre Ere à l’An 721), le Royaume de Juda et le Royaume d’Israël.

Au temps du prophète Elie, le Roi d’Israël, Achab, épousa Jézabel, la fille d’Ittobaal, le Roi des Sidoniens. Pour complaire à sa femme, Achab fit construire à Samarie un Temple de Baal, dressa un autel à ce dieu et se prosterna devant lui. Cela devait déclencher une sécheresse de plusieurs années sur Israël, et le départ d’Elie pour Sarepta, avec l’épisode de la résurrection du fils de la veuve auprès de qui Elie avait trouvé l’hospitalité.

Le conflit entre les Rois et les Prophètes se poursuivit sous Elisée. Contre le Roi d’Israël, Joram,  et le Roi de Juda, Ochosias, l’Eternel a suscité Jéhu, « le fier Jéhu ».

Un jour, « le prophète Elisée appela l’un des frères prophètes et lui dit :

-         « Ceins tes reins, prends avec toi cette fiole d’huile et va à Ramot de Galaad. Arrivé là, cherche à voir Jéhu fils de Yeoshaphat fils de Nimshi. L’ayant trouvé, fais qu’il se lève d’entre ses compagnons et conduis-le dans une chambre retirée. Tu prendras la fiole d’huile et tu la répandras sur sa tête en disant : « Ainsi parle Yahvé. Je t’ai oint comme Roi d’Israël »,

puis ouvre la porte et sauve-toi sans tarder ».

Et c’est Jéhu, choisi pour Roi par ses compagnons « qui prirent leurs manteaux et les étendirent sous lui », qui rassemble une troupe et organise une marche vers Yisréel où le Roi de Juda et le Roi d’Israël se trouvaient tous les deux. Il tua lui-même d’une flèche entre les deux épaules le Roi Joram qui s’enfuyait ; il fit poursuivre Ochosias qui avait également pris la fuite, et on le blessa près de Gur, non loin de Yibleam. Ochosias, gravement blessé, se réfugia alors à Megiddo, où il mourut.

 

La suite de l’histoire a été superbement écrite par Jean Racine dans sa tragédie d’Athalie, le mère d’Ochosias, celle qui va succéder plusieurs années comme Reine de Juda à son fils mis à mort par ceux qui avaient participé à l’expédition victorieuse de Jéhu contre les deux Rois.

 

Au matin, Joschuah roula les couvertures sur lesquelles Il avait été couché, Il prit Sa ceinture  et laissa dans la chambre de l’hôtellerie de Gur où Il avait dormi une pièce de monnaie. Il partit, marchant dans la direction du sud, et, plusieurs fois, Anne-Catherine Emmerick Le vit manger des baies d’automne et des fruits qu’Il cueillait sur quelques arbres le long des chemins. Il buvait de l’eau dans le creux de Sa main, ou bien, parfois, en la puisant avec une large feuille. Il marchait sur des sentiers écartés, traversa plusieurs bourgs et villages, mais Il  n’entra ici nulle part et ne parla à personne.

 

 

Le lundi 24 septembre, vers le soir.

A Jiphna.

 

En ce jour équivalent de notre 24 septembre (le 22ème jour du mois hébraïque d’Ellul), le Seigneur arriva, vers le soir, à Gophna. C’est la ville que le Talmud nommait Bêt Guphnin ; c’est aujourd’hui en Israël la ville de Jiphna ou Jifna, à une vingtaine de kilomètres au nord de Jérusalem (quelques kilomètres au nord après l’actuelle Ramallah). Des parents de Joachim (c’est à dire le mari de Sainte Anne) demeuraient dans cette ville, mais sans avoir eu, récemment, beaucoup de relations avec la Sainte Famille. A cause de cela, ne voulant pas S’imposer, Joschuah se rendit d’abord dans une hôtellerie où on lui lava les pieds et où on lui offrit quelques rafraîchissements. Mais, dans une petite agglomération, les nouvelles vont vite, et, ayant appris Son séjour dans leur ville, les parents de Joachim, venant avec deux pharisiens bien disposés envers Jésus, Le prièrent de ne pas les offenser et de venir loger chez eux. Ce que Jésus accepta car Il cherchait toujours à donner occasion, pour ceux qui le mériteraient, de rejoindre le nombre de ceux qui, membres de Sa famille au sens large, viendraient grossir les rangs de Ses Disciples, ou bien, simplement, comprendraient l’importance de la Nouvelle Alliance entre Dieu et les humains qui commençait à se mettre en place par Lui, à travers Lui et autour de Lui.

La maison des parents de Joachim était une des plus belles de la ville. Comme un certain nombre d’autres demeures à Gophna, cette maison était séparée des autres par de vastes jardins. L’un des parents de Jésus (par le père de Marie, Joachim) exerçait une fonction assez importante dans ce chef-lieu de canton (qui dépendait alors de Samarie, près de Sébaste) : il était chargé des écritures.

Pour faire honneur à Jésus, Ses parents de Gophna organisèrent une réception chez eux, avec un nombre assez important d’invités ; et, acceptant leur hospitalité, le soir, le Seigneur passa la nuit dans cette demeure.

A un moment de la journée, cependant, Il Se rendit à la synagogue et, à partir du Livre d’un prophète,  Il montra que le Temps de la manifestation du Libérateur en Israël était maintenant venu, que les Signes qui devaient permettre de reconnaître ce Temps étaient à présent accomplis, reconnaissables, déchiffrables. Il évoqua notamment, pour les habitants de cette petite ville, le Patriarche Jacob, dont tout le monde savait que, non loin d’ici, un peu au sud, il avait envoyé son fils Joseph vers ses frères, qu’il croyait aux pâturages de Sichem (l’actuelle Shekhem, aussi nommée Naplouse) et qui avaient, de là, levé le camp pour Dotân. Il évoqua la jalousie des frères de Joseph envers celui qu’ils appelaient « l’homme aux songes », celui qui avait été favorisé d’En Haut par des rêves exceptionnels. Une jalousie si intense qu’elle faillit aller jusqu’au meurtre de celui qui était pourtant leur frère. La mémoire de cette jalousie pour celui qui, parmi eux, avait été le frère élu, était en quelque sorte immédiate et quotidienne pour les habitants de Gophna ; ils n’avaient qu’à se rendre jusqu’aux prairies environnantes pour retrouver des lieux qui avaient été fréquentés par Jacob et ses enfants. Ils savaient que c’était de chez eux que Joseph partit vers l’endroit où son père lui avait donné un champ, où ses frères jaloux le saisirent et le jetèrent dans une citerne avant de le vendre à une caravane de descendants d’Ismaël qui passait par là et se rendait en Egypte.

Dans sa Prédication sur les Signes à interpréter, Jésus insista aussi sur le songe fait par le père de Joseph, le Patriarche Jacob, lorsqu’il vit les Anges du Ciel monter et descendre sur une Echelle au lieu qu’il appela Beth-El (une Demeure, Beth, pour l’Eternel, El). Or Béthel est située juste au sud-est de Gophna (aujourd’hui Jifna), presque comme une localité d’un faubourg proche jouxte une petite ville. Sur cette Echelle de Jacob, le Seigneur décrivit pour chaque barreau comme des Tableaux qui indiquaient la réalisation progressive de la Promesse de l’Eternel au peuple d’Israël. Il mentionna, au temps du Patriarche Abraham, la venue sur terre, depuis les Hauteurs, du Prêtre-Roi Melchisédech, celui dont le nom signifie « Le Roi Juste », ou « Le Roi de Justice », Celui Qui avait institué l’Offrande du Pain et du Vin. Il dit que là où l’Echelle qui montait jusqu’au Ciel était au contact avec la terre, il faudrait que cette Offrande sacrée prenne cette fois davantage corps, que le Pain et le Vin deviennent véritablement la Chair et le Sang de Celui qui instituerait un Sacrifice nouveau, pour un renouvellement de l’Alliance avec l’Eternel. Il mentionna aussi, comme un Signe, l’Hospitalité offerte par Abraham et son épouse Sarah aux trois Anges apparus au chêne de Mambré, au sud de Jérusalem, tout près d’Hébron. Offrir l’Hospitalité à ce qui vient de Dieu, cela avait été une des plus hautes vertus d’Abraham ; et cela devait se manifester aussi par la bonne disposition vis à vis du Prochain, par cette Amitié vis à vis de l’Etranger qui était un autre aspect de ces très grandes vertus d’Abraham, et de son épouse. Dans cet immense Calendrier que Jésus déployait devant eux, Il montra le rôle de Rébecca, la cousine et l’épouse d’Isaac. Comment, à Abel Méhula (aujourd’hui Méhola, ou Zomet Méhola, ou, peut-être Shadmot Méhola), elle avait institué une Ecole pour instruire les jeunes filles d’une région concernée par le danger des mariages de juives avec des non juifs ou des mariages de juifs avec des non juives ; à Abel Méhula était enseignée toute la Tradition d’Israël et la mission sacrée des jeunes filles juives : garder en tout leur être et en tout leur comportement une Pureté intacte, afin que « le Réceptacle » qu’elles étaient du point de vue de la Divinité puisse être jugé digne de la venue de l’Eternel en un corps féminin, afin que le Messie tant attendu puisse ainsi prendre corps, prendre d’abord un corps d’enfant, dans le peuple juif. Pour une part, bien plus tard, c’est à partir de l’expérience de cette Ecole fondée jadis par Rébecca (celle qui avait fait transmettre à Jacob et non à Esaü, la Bénédiction divine qui reposait en Isaac après avoir été donnée à Abraham), qu’était née la Communauté des Esséniens, ces hommes et ces femmes à la Pureté si exigeante, afin que la Promesse divine d’un Rédempteur puisse se réaliser un jour, afin que le Verbe divin puisse trouver sur terre un Réceptacle féminin suffisamment pur pour Son Incarnation.

Jésus ne parla pas de ce qu’Il voyait aussi sur les derniers barreaux de l’Echelle de Jacob : toute la traînée lumineuse des ancêtres de Sainte Anne aboutissant à la jeune fille par laquelle toute la Création avait déjà recommencé, Marie, Sa mère.

Il annonça aussi de graves malentendus : à l’image des Rois David et Salomon autrefois, on s’attendrait à voir surgir le Messie espéré comme un Prince fastueux, un Dominateur, environné de magnificence et d’un cortège de savants. Or le Sauveur Se montrera sans richesses, entouré de gens simples, attirant à Lui des pauvres, des mendiants, des pêcheurs, des artisans, des lépreux, des hommes et des femmes ayant des fautes graves à se reprocher. Cependant, dans cette petite ville très aisée, où les propriétés étaient belles et avaient presque chacune un grand et beau jardin, la perspective de voir l’Envoyé de Dieu, le Sauveur d’Israël, S’entourer de gens pauvres, de pécheurs, de mendiants, et même de lépreux, suscita comme un blocage et beaucoup d’incompréhension.

Il parla ainsi, longtemps. Une bonne partie de la journée. Malgré les blocages ressentis par beaucoup, certains, parmi ceux qui entendaient ces Paroles, commencèrent à croire qu’Il était Lui-Même un Précurseur du Messie, un de ceux qui étaient chargés de l’Annoncer. On était ici, pourrait-on dire, doublement attentif à Ses Paroles. En effet, lorsque, bien des années plus tôt, en l’An 8 de notre Ere, Jésus était resté au Temple, à Jérusalem, pour discuter avec les Docteurs de la Loi, les surprenant par la pertinence et la profondeur de Ses réponses, Marie et Joseph, ne Le voyant pas avec eux parmi le groupe de ceux qui revenaient du Temple, avaient pensé que leur Enfant avait pris le chemin de Gophna pour aller chez ces parents du père de Sa mère. Il était compréhensible que, chez des parents de son grand-père maternel, leur enfant ait voulu rejoindre, par exemple, des cousins éloignés qu’Il aimait bien. Mais ne Le trouvant pas ensuite lors de leur arrivée à Gophna, très inquiets, Marie et Joseph avaient rebroussé chemin jusqu’à Jérusalem. A cause de cet incident, à cause aussi des liens de parenté, un bon nombre d’habitants de Gophna avaient recherché ce qui s’était passé au Temple et on avait consigné sur un rouleau d’écriture les réponses les plus marquantes que l’Enfant avait données lorsque Il avait discuté avec les Docteurs de la Loi. Quelqu’un commença à lire à haute voix ce qui avait été consigné autrefois sur ce rouleau. Et l’assistance fut extrêmement frappée de constater que 18 ans plus tard, c’était comme une même Parole Qui Se faisait entendre :  l’Enfant avait également rappelé autrefois la Promesse divine et les prophéties devant être interprétées pour comprendre l’époque présente, pour saisir en somme à quel barreau de l’Echelle de Jacob descendant du Ciel vers la terre le processus de la Venue du Messie en Terre Sainte en était arrivé.

On savait qu’il y avait eu beaucoup de jalousie chez certains des Docteurs de la Loi, blessés de voir que le Savoir d’un enfant les surpassait, et même les confondait, malgré leur longue étude des textes de la Torah. Et en repensant à cette jalousie intense, les habitants de Gophna commençaient à mieux comprendre pourquoi l’étrange fils du charpentier Joseph leur avait rappelé tout à l’heure la jalousie des frères de cet autre Joseph, le fils de Jacob, envers celui qui était favorisé d’En Haut par des rêves trop énigmatiques pour eux.

Dans la demeure où logea Jésus ce soir-là, le parent de Joachim était veuf. Il avait deux filles, qui vivaient avec lui, et étaient également devenues veuves. Toutes les deux avaient assisté autrefois au mariage de Marie et de Joseph ; elles évoquèrent avec minutie, bien des années plus tard, les vêtements qu’avaient portés Marie en cette circonstance, ainsi que les grandes dépenses effectuées par Anne à l’époque pour les Noces de sa fille cadette (la fille aînée étant Marie d’Héli); mais, depuis, cette autre branche de leur famille avait eu « des malheurs », comme elles disaient avec condescendance et une compassion dédaigneuse. Car ici, à Gofna, on n’avait pas connu de revers de fortune, on avait du bien, on n’avait pas perdu son rang, assez élevé, dans la bonne société. A cause de ces considérations de gens très aisés du point de vue de leurs biens matériels, il pouvait difficilement venir à l’idée de ces deux veuves que Celui Qui appartenait à cette branche de la famille qui avait eu ces difficultés puisse avoir quelque chose à voir avec le Sauveur que tout le peuple d’Israël attendait. Leur père, par contre, discutait encore, avec les hommes, des rencontres étonnantes entre ce qu’avait dit aujourd’hui Joschuah et ce que l’enfant qu’Il avait été avait répondu autrefois aux Docteurs de la Loi dans le Temple. Il y avait là pour eux un objet de méditation, et même comme un Mystère qui les préoccupait.

Au matin, malgré des efforts de Ses parents pour le retenir un peu plus parmi eux, Jésus leur annonça Son départ. Accompagné sur une partie du chemin par ces membres de Sa Famille, même si c’était une famille un peu éloignée, et par quelques habitants de Gophna, Il traversa les paysages où Jacob avait demeuré, avait dormi, avait rêvé, les prairies que Joseph avait parcourues alors qu’à la demande de son père il se rendait vers ses frères jaloux de lui, et ils allèrent ensemble jusqu’à un ruisseau qu’il fallait traverser pour rejoindre des bergers, puis une nouvelle agglomération; c’est ici que ses parents et les habitants de Gophna Le laissèrent, rebroussant chemin vers leur petite ville et sa grande prospérité matérielle.

 

 

 

Le 23 du mois hébraïque d'Elul,

l'équivalent de notre mardi 25 septembre,

en l'An  26 de notre Ere.
Dans une hôtellerie entre Gifna et Béthanie.

 

Avant de passer à table, plusieurs habitants de la localité où le Seigneur était arrivé en venant de Gophna et en se dirigeant vers Béthanie, parlèrent d'Hérode, du fait qu'il avait répudié sa femme, la fille d'Arétas IV, pour épouser Hérodiade, la femme de son frère Philippe; ils blâmèrent très vivement cette union et demandèrent à Jésus ce qu'Il en pensait. Jésus censura sévèrement la conduite d'Hérode, mais Il leur fit observer que  pour juger les autres, on doit commencer par se juger soi-même; Il S'exprima avec beaucoup de force contre le péché de l'adultère, expliquant que cela éloignait du Seigneur et entraînait, entre autres, de graves malédictions mutuelles, des vengeances cruelles entre les époux et leurs familles, bref beaucoup de malheurs dont l'âme de chacun  de ceux qui avaient péché se trouvait considérablement alourdie au moment de son Jugement. Percevant l'intérieur de chacun des présents comme si le rouleau où étaient inscrits leurs pensées, leurs volontés et leurs actes était déployé devant Lui, Il  prit à part  plusieurs d'entre eux successivement, leur montrant qu'Il connaissait leurs péchés les plus secrets, et notamment leurs adultères. Stupéfait et désarçonné  d'être ainsi complètement percé à jour, chacun promit de corriger complètement sa conduite à l'avenir.

Le Seigneur poursuivit Sa route. Il Lui restait l'équivalent d'une dizaine de nos kilomètres à parcourir pour arriver à Béthanie. Au même moment, Marie (Sa mère), Jeanne Chusa (l'une des trois femmes, qui, plus tard, allèrent à Machéronte pour rechercher la tête du Baptiste), Marie de Cléophas (la mère des trois futurs Apôtres Jude-Thaddée, Simon le Cananéen et Jacques le Mineur),  Marie-Salomé (la mère de Jacques le Majeur et de Jean, le futur Evangéliste) et la veuve Léa (la mère du futur Disciple Eustachius) étaient elles aussi en chemin vers Béthanie, avec un porteur qui leur ouvrait le chemin et un autre qui fermait la marche derrière elles.

 

Le 24 du mois hébraïque d'Elul

(dans le calendrier Judéo Galiléen

et dans le calendrier babylonien).
L'équivalent de notre mercredi 26 septembre,

en l'An 26 de notre Ere.

A proximité de Gabaon.

 

Dans sa marche vers Béthanie, le Seigneur passa à un moment par les monts où eut lieu l'épisode biblique de la poursuite du général du Roi Saül défunt, Abner,  par les trois fils de Céruya, Joab, Abishaï et Asahel, tous les trois membres de la garde de David. Joab commandait la garde, Abishaï, son frère, était avec lui, tout comme Asahel, rapide à la course comme une gazelle. Abner, pour éviter que le sang ne coule inutilement, avait proposé un combat  entre les cadets des deux armées, à douze contre douze. Le combat des cadets eut lieu, mais tous, saisissant la tête de leur adversaire, le firent périr d'un coup d'épée dans le flanc. En mémoire de leur mort mutuelle, ce lieu, près de Gabaon, se nommait encore « le Champ des Flancs » (le champ des flancs percés). La décision n'ayant pu venir par le combat des cadets, les deux armées s'élancèrent l'une contre l'autre, et ce fut la Garde de David qui l'emporta, au combat de Gabaon, contre l'armée commandée par Abner.

Asahel s'était alors élancé à la poursuite d'Abner et ce dernier, par deux fois, avait essayé de le dissuader de combattre contre lui. Il ne voulait pas que le frère d'Asahel, Joab, devienne, contre lui, le Vengeur de sang (le Go-El) de son frère. Mais Asahel ne voulut rien entendre, se présenta pour le combat, et Abner le transperça de sa lance.

Ayant trouvé le corps de leur frère mort, Joab et Abishaï se mirent à leur tour à la poursuite d'Abner  et de son armée avec toute la garde de David. Mais là encore, par la parole, Abner essaya d'empêcher le combat entre ceux qui étaient de la Tribu de Juda (les membres de la Garde de David) et ceux qui étaient membres de toutes les autres Tribus d'Israël et qu'Abner avait amenés à se rallier à Ishbaal, le fils de Saül, comme Roi d'Israël.

 

Alors, Abner appela Joab et dit :

« L'épée dévorera-t-elle toujours ?

Ne sais-tu pas que tout cela finira dans l'amertume?

Qu'attends-tu pour ordonner à ces gens d'abandonner la poursuite de leurs frères ? »

 

Le second Livre de Samuel, II, 26

  

Et Joab, malgré la douleur de la mort de son frère Asahel, accepta de ne plus poursuivre l'armée commandée par Abner; ce fut une trêve : on cessa le combat entre membres du Royaume de Juda, déjà dirigé par David, et membres du Royaume d'Israël, dirigé alors par Ishbaal, le fils du Roi Saül. Un peu plus tard, après la vengeance de sang de Joab sur Abner, et après l'assassinat par deux chefs de bande du second Roi d'Israël, Ishbaal, le fils de Saül (un régicide que David punit en faisant couper les mains et les pieds des assassins et en les laissant périr suspendus à un arbre), toutes les Tribus d'Israël vinrent faire leur soumission à David près d'Hébron. « Et ils oignirent David comme Roi d'Israël »

Le second Livre de Samuel, V, 3

 

A Béthanie.

 

Après avoir traversé les Monts où  tous ces évènements eurent lieu, c'est à la nuit tombée que Jésus arriva à Béthanie. Parmi toutes les propriétés héritées du père de Lazare et de ses soeurs, la très belle demeure de la famille à Béthanie appartenait ici à Marthe. Mais Lazare aimait à y venir et il y avait toute une partie de la maison réservée pour lui. Dans ce qui était les appartements de Marthe, plusieurs femmes étaient déjà là : Séraphia (qui est nommée aussi Véronique, celle qui essuiera le visage du Christ portant Sa Croix), Marie-Marc (la mère de Jean-Marc),  et une femme âgée qui était attachée autrefois au service du Temple, lorsque, petite fille, Marie y était venue;  cette femme aurait souhaité passer toute sa vie dans le Temple, mais il était prescrit qu'elle se marie, et c'est ce qu'elle avait fait.

Dans les appartements de Lazare, plusieurs hommes étaient arrivés : Nicodème, Jean-Marc, le vieil Obed (le fils de Siméon, ce vieillard qui avait été averti qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu « Celui que le Seigneur a Oint », le Messie, le Christ, et qui s'était tellement réjoui lors de la présentation de l'enfant Jésus au Temple, peu de temps avant de mourir, content); il y avait quelqu'un d'autre encore, peut-être un autre fils de Siméon. Ils avaient tous reçu le Baptême de Jean et, sur l'invitation de Lazare, s'étaient rendus les uns et les autres à Béthanie.

Lorsque Jésus fut arrivé avec le serviteur que Lazare avait envoyé au-devant de Lui, Il ôta les grosses sandales fourrées qu'Il avait eues aux pieds pendant la marche; le serviteur brossa ses habits et Lui lava les pieds et Jésus mit ensuite les sandales à lanières de cuir qu'Il portait habituellement. Lazare arriva alors avec ses amis, présentant en symboles d'Hospitalité le Pain et le Vin. Jésus embrassa Lazare et tendit la main à ceux qui l'accompagnaient. Anne-Catherine Emmerick remarque que presque chaque fois qu'elle voit le Seigneur avec plusieurs personnes et Lazare, la très grande affection de Jésus pour Son ami de Béthanie se manifeste. Lazare, Nicodème, Jean-Marc et Obed servirent le Seigneur au cours d'un petit repas de bienvenue. Puis Lazare alla annoncer chez Marthe l'arrivée de Celui que tous et toutes ici attendaient. A Son approche, avec respect et affection, Marthe, Véronique, la mère de Jean-Marc et la vieille femme qui avait servi au Temple (lorsque Marie y était, petite fille, selon la coutume pieuse des  familles esséniennes), s'inclinèrent devant Lui, comme prosternées, sans enlever le voile qui recouvrait leur tête. Jésus les engagea à relever ce voile, ce qu'elles firent, et Il dit à Marthe que Sa mère, Marie de Nazareth, viendrait attendre chez elle Son retour des bords du Jourdain, après le Baptême qu'Il allait recevoir.

Ils se rendirent bientôt tous ensemble dans la partie du logis que Marthe laissait à la disposition de son frère Lazare; un repas y était préparé. Anne-Catherine Emmerick remarqua sur la table qu'on avait servi un agneau rôti, des pigeons, des légumes, du miel, de petits pains, des fruits et du vin. Les hommes prirent place deux par deux sur des bancs à dossier, les femmes mangèrent dans la salle voisine. Jésus récita une prière à haute voix et bénit la table. Il paraissait sérieux, et presque inquiet. Pendant le repas, Il dit à Ses amis qu'une nouvelle période dans Sa vie et Son activité allait commencer, que des Temps difficiles approchaient, et que le terme de tout cela serait plus dur et plus pénible encore. Des larmes leur vinrent aux yeux, mais malgré l'affection de tous, ce qu'Il leur annonçait ne fut pas complètement compris par eux.

Lazare, Nicodème et plusieurs autres personnes croyaient, espéraient, mais sans beaucoup en parler, que Jésus était appelé à s'emparer un jour de Jérusalem avec Ses Disciples, libérant la ville du joug des Romains et rétablissant en Israël une Monarchie comme autrefois celle de David et de Salomon. Ils songeaient aux localités que Jésus venait de parcourir pour arriver jusqu'à eux, et ils y voyaient comme des signes : Il était passé dans les Monts où avaient eu lieu certains des derniers combats avant l'établissement de la Royauté de David sur toutes les Tribus d'Israël, et plus seulement sur celle de Juda; Il était passé à Gabaon, ou près de Gabaon, là où Salomon avait eu le Songe fameux, celui au cours duquel l'Ange du Seigneur lui avait demandé ce qu'il se souhaitait puisqu'il allait succéder  à David son père. Et Salomon, au cours de son rêve, avait eu cette réponse magnifique :

 

« Du discernement pour bien gouverner mon peuple ».

Le premier Livre des Rois, III, 9 

 

Or, de la Sagesse pour gouverner Son peuple,  tous ils sentaient que Jésus en avait en abondance. Et voilà ce qu'ils espéraient : qu'Il soit un nouveau Roi pour Israël, un Roi qui aurait une Sagesse et un Discernement surabondants pour bien les gouverner tous.

Les uns et les autres, ils n'avaient pas encore compris ce que Jésus dira  explicitement plus tard :

 

« Il y a ici plus que Salomon ».

Evangile selon St Luc, XI, 31

 

Cependant, comme rien dans le comportement de Joschuah ne semblait directement autoriser leurs espoirs ou aller dans le sens de leurs pensées, Lazare, Nicodème et les autres restaient assez souvent avec Lui dans une réserve un peu timide et n'avaient pas occasion de dissiper ce qui était erroné dans leurs attentes.

 

Après la fin du repas, tous se rendirent dans un oratoire où les femmes se placèrent derrière les hommes, un peu en retrait; là Jésus remercia Son Père de ce que, pour Lui,  les Temps étaient arrivés, et du fait que Sa Mission allait enfin pouvoir commencer vraiment. Cette fois encore, des larmes leur vinrent aux yeux tandis que le Sauveur priait ainsi Son Père. Tous récitèrent ensemble plusieurs prières juives traditionnelles, Jésus bénit les présents, puis Lazare Le conduisit dans la chambre qui Lui était réservée.

Dans la Vision qui lui était accordée sur tous ces Evènements et ces lieux, Anne-Catherine Emmerick remarqua qu'il y avait chez Marthe et chez Lazare plus d'élégance que dans les maisons ordinaires. Au lieu d'un lit formé de couvertures que l'on roulait par terre lorsque l'on se levait (comme Jésus l'avait fait d'ailleurs, dans les dernières hôtelleries où Il avait logé), le lit était ici fixe, le matelas un peu surélevé, et, à hauteur de la tête, il  comportait une galerie travaillée avec art. Lorsqu'il n'était pas occupé, ce lit était dissimulé par une natte très fine que l'on pouvait relever ou laisser retomber à volonté.

Auprès du lit, la soeur Anne-Catherine remarqua divers objets de toilette. Une lampe à huile était suspendue à la muraille. Lorsque Lazare l'eût allumé , il se mit à genoux et reçut la Bénédiction du Sauveur pour la seconde fois; puis ils se séparèrent.

Le même jour,

dans une hôtellerie,

entre Gabaon et Ephraïm.

 

Au moment où tout ceci se déroulait à Béthanie, Marie de Nazareth, Jeanne Chusa, Marie de Cléophas (la fille de Marie d'Héli, la soeur aînée de la Vierge), la veuve Léa et Marie-Salomé (celle qui, bien plus plus tard, sans doute après la décapitation de son fils  Jacques le Majeur, accosta peut-être aux Saintes-Maries de la Mer) étaient arrivées, avec leurs deux porteurs, à une hôtellerie située entre les régions alors assez sauvages de Gabaon et d'Ephraïm. Le bâtiment qui servait d'hôtellerie comportait deux pièces, une, assez grande, divisée par des cloisons qui pouvaient être déplacées, en deux rangées de très petites chambres où dormirent Marie et ses compagnes de voyage, tandis que l'autre pièce servait de cuisine. Les deux guides des voyageuses passèrent la nuit dans une petite cabane ouverte avec un foyer allumé, tandis que la maison de l'hôtelier était située un peu plus loin.

 

Le jeudi 27 septembre de l'An 26 de notre Ere,

à Béthanie, chez Lazare et Marthe.

 

Jésus, au matin, ne sortit pas de la demeure de Lazare et de Marthe. Il resta au jardin, à S'entretenir avec les uns et les autres, sans jamais employer un mot inutile. A l'exception de Lazare, qui était tout à fait à l'aise avec son ami Joschuah, les autres, certes, sentaient croître en eux leur affection et leur admiration pour le Seigneur, mais, comme le remarquait Anne-Catherine Emmerick, ils observaient néanmoins  une assez grande réserve avec Lui.

A un moment, Jésus demanda à voir l'une des trois soeurs de Lazare, celle que les Evangiles n'ont pas mentionnée, Marie la Silencieuse. Lazare se dirigea donc avec Jésus vers les appartements de Marthe, qui Le conduisit jusqu'au jardin au centre duquel se trouvait un beau palmier dattier. Il y avait aussi un bassin avec des bords assez larges et, en son centre, accessible par un petit pont de bois, un siège de pierre surmonté d'une toile tendue qui procurait de l'ombre au besoin. Marie la  Silencieuse pouvait donc marcher un peu et méditer en ce lieu tranquille devant l'eau du bassin. Marthe et Lazare avaient organisé pour elle une sorte de petit cloître personnel où elle était bien, s'entretenant longuement avec des êtres que presque personne ici ne percevait. Par contre, si quelqu'un était avec elle en ce lieu, le plus souvent alors, elle se taisait.

Marthe, laissant le Sauveur dans le jardin, se rendit jusqu'à sa soeur Marie, alors occupée à parler avec plusieurs des objets environnants. Marthe pria sa soeur de se rendre dans le jardin, où quelqu'un voulait lui parler. Marie la Silencieuse se leva aussitôt, abaissa son voile sur son visage et suivit sa soeur sans lui dire un seul mot.

L'étrange « entretien » entre le Seigneur et elle, plutôt une sorte de cantique d'actions de grâces à deux, eût donc lieu dans ce jardin.

Marie la Silencieuse était grande, très belle, et âgée alors d'une trentaine d'années.  Lorsqu'elle parlait toute seule, elle n'employait pas la première personne mais la seconde, se tutoyant elle-même, comme si elle voyait son corps en même temps de l'intérieur et de l'extérieur. Elle ne salua pas le Sauveur, ne s'inclina pas ni ne se prosterna devant Lui. Jésus lui adressa quelques mots et ils se promenèrent ensemble dans le jardin.

Marie la Silencieuse commença alors en présence du Sauveur une espèce de monologue inspiré. Celle que presque tous considéraient comme une sorte d'idiote du village, de folle du logis, « la demeurée de Béthanie », percevait bien des éléments de l'Identité de Celui Qui avait demandé à la voir et Se promenait à présent avec elle dans ce jardin. Elle commença par évoquer le Cheminement sacré de la Parole divine parvenant jusqu'à notre monde, comme si elle voyait ce Mystère se dérouler devant ses yeux depuis l'insondable de la Trinité divine. Ses paroles étaient à la fois sublimes, et d'une naïveté toute enfantine. Elle voyait, disait-elle, que le Père disait au Fils qu'il fallait descendre jusque sur la terre. Que là, sur la terre, des mères juives soigneusement mises à part, les Esséniennes, puis leurs filles devenues mères, puis leurs filles à leur tour devenues mères, s'étaient toutes gardées pures et ne s'étaient mariées qu'avec qui il fallait, selon ce que leur indiquaient les Esséniens qui ne se mariaient pas, ceux qui obéissaient au Grand Maître du Mont Horeb. Une jeune fille était née de toute cette succession de mariages prescrits et, si elle y donnait son consentement, le Messie promis au peuple juif allait pouvoir trouver un corps en elle, par l'Enfant  auquel elle allait donner naissance. Comme si elle pouvait voir l'Echelle de Jacob avec les Anges descendant depuis le Ciel jusque sur la terre d'Israël, elle décrivit les très belles Processions qui défilaient devant elle, admirant les couleurs et l'ordonnancement, faisant l'éloge de la grande piété de ceux qui participaient ainsi, devant elle, à cette lente et progressive Venue d'une partie du Ciel sur la terre.

Jésus l'entendant parler ainsi  comme une inspirée dit :

« Père, Je Te rends Grâce pour tout ce que Tu as donné à cette femme ».

Marie la Silencieuse fut ensuite comme transportée en esprit dans le passé, au moment où l'Archange de l'Annonciation vint trouver Marie en prière. Autrefois, la jeune fille avait voulu d'abord faire partie des Esséniennes qui ne se mariaient pas, qui consacraient leur vie à l'Eternel. Mais le Maître du Mont Horeb lui avait prescrit à son tour de se marier; cela avait eu lieu il y a plus de sept semaines déjà, la Noce avait été très belle, mais d'un commun accord entre Joseph, plus âgé et la toute jeune épousée de 14 ans,   le mariage n'avait pas été consommé; ni Joseph ni aucun homme ne l'avait touchée et à  présent voici que l'Archange Raphaël lui annonçait qu'elle allait avoir  un Enfant, un Enfant, elle, oui un Enfant : le Sauveur du monde. Elle, qu'aucun homme n'avait touchée, elle aurait un Enfant, l'Enfant de la Promesse, c'est en elle qu'Il naîtrait. Allait-elle croire cela ? Allait-elle consentir ?

Marie la Silencieuse attendait la réponse de Marie de Nazareth avec une grande anxiété. Elle s'adressait à elle, à celle que les Hébreux appellent  Myriam, en lui disant : « Si tu refuses de devenir la mère du Sauveur, qu'arrivera-t-il ? Pourra-t-on trouver ailleurs en Israël une autre Myriam ? Pauvre Israël, tu aurais dû attendre encore longtemps ton Massiah » ( ton Messie).

Et Marie la Silencieuse, parlant avec Marie de Nazareth comme si celle-ci était présente, la félicita alors pour toutes les Grâces que son acceptation avaient values à la terre et à tous les humains.

Le Seigneur dit alors :

« Père, Je Te prie pour tous les hommes ».

Et l'étrange monologue à deux se poursuivit. Marie la Silencieuse avait évoqué la liberté de Marie de Nazareth, qui aurait pu ne pas consentir à ce qui lui était annoncé. Qui sait ? Au cas où la réponse de Marie à l'Archange Annonciateur, par malheur, n'aurait pas été celle qui, En Haut, était attendue, espérée, au cas où aucune autre jeune fille essénienne n'aurait été spirituellement prête, peut-être que Marie la Silencieuse elle-même, la soeur de Lazare, de Marthe et de Marie-Madeleine, aurait pu être, alors, cette autre Myriam à laquelle elle venait de faire allusion avec inquiétude ? La Lumière disposait avec elle, en sa prime jeunesse, d'une autre « carte » majeure, qui aurait pu être jouée au besoin quelques dizaines d'années plus tard, après un refus de Marie de Nazareth, au cas où l'Ange aurait essuyé un refus... Tout cela reste bien sûr simplement de l'ordre du possible, mais permettrait de comprendre comment  Marie la Silencieuse pouvait ainsi avoir la connaissance, même sous une forme d'allure enfantine, de  certains des plus hauts Mystères de la chrétienté. On comprendrait aussi d'une autre façon encore la proximité très remarquable entre la famille de Béthanie et la famille du Seigneur et de Marie de Nazareth.

Toujours est-il que dans sa promenade avec Jésus, Marie la Silencieuse s'adressa ensuite à l'Enfant nouveau-né comme si, voyageant en esprit dans le passé, elle Le voyait présent dans la Crèche de Bethléem. Et elle Lui énonçait l'une des prophéties d'Isaïe Le concernant :

 

« Voici, la jeune fille » (en hébreu « almah ») « est enceinte;

Elle va enfanter un fils,

Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel

Tu mangeras le beurre et le miel... »

Isaïe, VII, 14 et 15

 

Ensuite, c'est dans Jérusalem qu'elle fut présente en esprit, assistant à la présentation de l'Enfant au Temple. Elle voyait le vieillard Siméon prendre l'Enfant dans ses bras et elle l'entendait dire au Seigneur :

« Maintenant, Souverain Maître, Tu peux, selon Ta Parole, laisser Ton serviteur aller en paix; car mes yeux ont vu Ton Salut, que Tu as préparé à la face de tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations et gloire de Ton peuple Israël ».

Elle redit aussi les paroles de Siméon adressées à Marie :

« Vois ! Cet Enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël; Il doit être un Signe en butte à la contradiction, - et toi-même, une épée te transpercera l'âme ! - afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs ».

Evangile selon St Luc, II, 28 à 35

 

Continuant l'histoire du Sauveur, elle Lui dit encore, comme si elle avait assisté en esprit à ce que le Seigneur avait dit à Ses amis depuis Son arrivée à Béthanie :

« C'est maintenant que Vous devez parcourir des Voies rudes et difficiles ».

Et le Seigneur, à cette parole, répondit simplement :

« Amen ! », c'est à dire : « Qu'il en soit ainsi ! »

 

Après la fin de cette promenade, Marie aussi calme qu'auparavant, rentra dans la partie du logis que Lazare et Marthe avaient aménagée pour elle. Et Jésus, rejoignant Marthe et son frère, leur dit affectueusement :

« On a tort de la considérer comme une insensée. Son esprit n'habite pas dans les régions terrestres. Elle ne voit pas le monde, et le monde ne la comprend pas. Mais elle est Bienheureuse, car elle n'offense jamais son Dieu ».

Anne-Catherine Emmerick remarque que jamais Marie la Silencieuse n'avait autant parlé que lors de cet entretien avec le Sauveur.

 

Marthe parla alors de son autre soeur, Marie Magdeleine, celle qui vivait dans leur belle propriété de Magdala (de là son nom de « Marie Magdeleine ») sur les bords du Lac de Tibériade. Marthe dit toute la peine que sa soeur leur causait, à elle et à Lazare, par son comportement. Jésus consola Marthe  en lui annonçant que sa soeur changerait complètement ce comportement; mais il fallait encore beaucoup prier pour elle et, lorsqu'on avait occasion de la voir, l'inciter encore et encore à se reprendre, en veillant à ce que les paroles qui lui seraient dites soient le plus appropriées possible.

 

Il était environ 13 heures 30 lorsque Marie de Nazareth, Jeanne Chusa, Marie Salomé, Marie Cléophas et la veuve Léa, ainsi que leurs deux guides et porteurs arrivèrent après leur long voyage à pied depuis Capharnaüm. Tous les amis de Marie et des Saintes Femmes devraient refaire à pied, à l'occasion, ce long voyage de Capharnaüm à Béthanie, pour retrouver ainsi quelque chose du mode de vie de cette époque bénie, et mesurer leurs forces, peut-être, à celles des femmes d'Israël en ce temps-là.

 

Marthe, Véronique, Marie-Marc et Suzanne se rendirent à l'endroit de la demeure où hier Lazare avait accueilli le Seigneur. Elles lavèrent les pieds de celles qui venaient d'arriver, les aidèrent à passer d'autres vêtements puis les invitèrent à prendre un petit repas. Ensuite toutes se retrouvèrent dans la partie du logis que Marthe s'était réservée. Jésus, Lazare, Obed, Jean-Marc et Nicodème se rendirent auprès d'elles pour les saluer. Assez rapidement, le Seigneur prit Sa mère à l'écart et S'entretint Seul avec elle.

Il lui dit, d'un ton grave, et affectueux en même temps, que Sa Mission allait maintenant commencer. Qu'Il Se rendrait d'abord sur les bords du Jourdain pour recevoir le Baptême que donnait le fils de Zacharie et d'Elisabeth. Après ce Baptême, Il reviendrait à Béthanie puis passerait quelque temps avec elle dans le pays de Samarie. Mais ensuite, Il irait dans le Désert et y resterait quarante jours.

A l'évocation de ce long séjour dans le désert, Marie fut toute troublée, dit Anne-Catherine Emmerick. Et elle conjura son Fils de ne pas aller si longtemps dans ces lieux terribles où la faim et la soif Lui donneraient la mort. Jésus lui répondit qu'elle ne devait pas chercher à L'arrêter pour des motifs tirés de l'Amour qu'elle Lui portait. Ce qu'Il allait faire était une Obligation liée à la Mission qui était la sienne. Et c'était comme s'Il prononçait à présent devant Sa mère les mêmes paroles que Marie la Silencieuse avait dites tout à l'heure dans le jardin; Il annonça qu'Il entrait à présent dans une Voie difficile. Et ceux qui étaient avec Lui allaient devoir souffrir avec Lui. Maintenant qu'Il commençait Sa Mission, elle devait renoncer à Le posséder à l'exclusion des autres. Il l'aimerait toujours comme auparavant, mais Il devait désormais S'employer pour tous les hommes. Maintenant, la prophétie du vieillard Siméon allait se réaliser, et « le glaive de douleur allait transpercer son coeur ». Marie, bien sûr, fut bouleversée par ces Paroles de Son Fils, mais elle rassembla tout son courage, aidée en cela par la piété et la tendresse filiale infinie qu'elle percevait dans ce que Son Fils venait de lui dire. Elle repensa un instant à sa réponse lors de l'Annonciation :

« Je suis la servante du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole ! »

Face à ce que venait de lui dire son fils Joschuah, elle était dans une disposition analogue, mais résignée aussi. Elle Lui dit doucement : « Fais selon ce que Tu dois, mon Fils ».

 

Le soir, Lazare et Marthe organisèrent un grand repas où furent conviés aussi Simon le pharisien et quelques autres parmi les pharisiens de Béthanie. Une balustrade séparait la partie de la salle où les femmes mangeaient, mais elles pouvaient entendre ce que le Seigneur disait. Jésus leur dit à tous et à toutes de ne pas regarder autour d'eux comment agissaient d'autres personnes, mais de faire ce qu'Il enseignait et d'accepter les épreuves auxquelles ils et elles seraient exposés. Dans ces épreuves, Il ne les abandonnerait pas. Il parla  à nouveau de la Voie rude dans laquelle         Il entrait à présent. Bientôt, Il allait être poursuivi et maltraité; et tous ceux qui étaient Ses amis allaient devoir souffrir avec Lui.

Tous l'écoutèrent avec étonnement et émotion, mais ils ne comprirent pas vraiment ce qu'Il leur disait à propos de Ses grandes souffrances. Ils crurent que tout cela était une manière de parler symbolique, comme on en trouve parfois chez les prophètes. Les pharisens présents, moins bien disposés envers ce qui leur était dit que les proches amis de Jésus, ne se scandalisèrent pourtant pas de Ses Enseignements, et d'ailleurs, ce jour-là, Joschuah fut moins sévère dans son langage qu'Il ne l'était habituellement.

 

Le 26 du mois hébraïque d'Elul,

nuit du jeudi 27 au vendredi 28 septembre

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers le lieu où Jean baptise.

 

Quand tous se furent levés de table, les uns et les autres prirent un peu de repos. Puis Jésus partit avec Lazare pour Se rendre sur les bords du Jourdain. Il est très notable que parmi tous les proches du Seigneur  qui avaient assisté à ce repas à Béthanie, seul Lazare ait accompagné Jésus en ce moment décisif, dans Sa marche jusqu'au Lieu de Son Baptême. Un serviteur cependant s'avançait devant eux avec une torche, car à présent il faisait nuit.

Au bout d'une demi-heure environ, ils arrivèrent à un lieu de repos, une sorte d'hôtellerie qui appartenait à Lazare et qu'il avait mis, comme beaucoup d'autres lieux, à la disposition   de Jésus et de ceux et celles qui  déjà Le suivaient. Parvenus à cette petite halte, Jésus ôta Ses sandales et continua désormais Sa marche pieds nus. Lazare le conjura de ne pas marcher ainsi dans ce chemin pierreux et difficile, mais Jésus lui répondit simplement d'un ton grave : « Laisse, laisse, Lazare,    Je Sais ce que J'ai à faire ».

Anne-Catherine Emmerick, voyant et décrivant cette marche pieds nus du Seigneur dans la nuit sur le Chemin de Son Baptême ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la compassion et de pleurer. Cependant, il y avait là un contact physique avec la Terre Sainte, une source de plénitude, comme le film « Va, vis et deviens » le suggère très bien lorsqu'un enfant venu de l'Ethiopie jusqu'en Terre Sainte enlève ses chaussures pour retrouver le plaisir profond de marcher pieds nus dès qu'il se croit seul et non observé.

Ils eurent cinq heures de marche dans des défilés étroits jusqu'à Jéricho qu'ils laissèrent sur leur gauche. Ensuite, il y avait encore deux heures de marche jusqu'au Lieu où, sur les bords du Jourdain, Jean s'était installé pour baptiser. Assistant à toutes ces scènes comme d'en haut, en esprit, Anne-Catherine Emmerick décrivit aussi une foule nombreuse, dont plusieurs publicains faisaient partie, et qui revenait des lieux du Baptême par un autre chemin.

 

Le vendredi 28 septembre de l'An 26 de notre Ere

Veille du Sabbat.

A Béthanie.

 

Pendant ce temps, les amis de Lazare qui étaient présents à Béthanie,  c'est à dire Nicodème, Jean-Marc, Obed, ne cessaient de s'entretenir de l'admiration qu'ils ressentaient pour Jésus; ils évoquaient Son Regard, Qui semblait lire dans chaque coeur ses pensées les plus secrètes. On ne Le comprend pas entièrement, avouaient-ils, et cependant on se sent comme obligé de croire tout ce qu'Il dit. Ils rappelaient les Enseignements sublimes qu'Il avait donnés aux Docteurs de la Loi à l'âge de douze ans dans le Temple. Ils mentionnèrent aussi un autre fait marquant de Son Enfance : comment, au cours d'une tempête qui s'était levée brusquement sur « la mer » ou, comme nous disons aujourd'hui, sur le Lac de Tibériade, Se trouvant sur une barque dont tout l'équipage se sentait en grand danger, Seul, Il avait rassuré et dirigé les matelots effrayés, assurant de cette façon la rentrée à bon port du bâtiment menacé.

Ils se disaient l'un à l'autre : « Quel homme !  Jamais on n'avait vu, jamais on ne verra Son Semblable ! ». Et ils admiraient Sa Dignité, Sa Douceur, Sa Force, Sa Sagesse, Sa Simplicité, la façon dont, d'un coup d'oeil, déjà, Il avait pénétré une âme en son entier. Qui pourrait reconnaître en Lui l'humble charpentier de Nazareth ?

Obed, le fils du vieillard Siméon (celui qui avait prophétisé lors de la présentation de l'Enfant au Temple par ses parents, quelques semaines après la naissance à Bethléem), était aussi le neveu du mari d'Anne la Prophétesse. Il était membre du Conseil des Anciens ou du Sanhédrin et pourtant Disciple secret du Sauveur, et il ne cessa, aussi longtemps qu'il vécut, de rendre service à tous ceux qui suivaient le Seigneur.

 

 

Retour en arrière.

 

Grâce aux Visions reçues en ce jour, Anne-Catherine Emmerick put préciser davantage qui était Suzanne de Jérusalem. Mais pour bien situer ce qu'elle nous fait savoir, il faut revenir dans le passé jusqu'à la lutte entre le pouvoir romain et l'Empire Parthe autour de l'An 40 avant notre Ere. C'était aussi le temps de la rivalité entre Octave (le futur Auguste)  et Antoine. Ce dernier avait, entre autres, l'Egypte de Cléopâtre, la Syrie, la Palestine, dans sa zone de responsabilité; or, en l'An 40 avant notre Ere, les Parthes envahissent la Syrie et la Palestine, ils nomment Antigone grand prêtre et Roi, et Hérode, qu'Antoine avait installé comme Tétrarque avec son frère Phasaël, est obligé de s'enfuir et se réfugie à Rome.

Or un Prince Parthe dont la famille s'était fixée à Jérusalem au cours de cette période avait eu une relation amoureuse illégitime avec une femme juive, et de ces amours était née la mère de Suzanne. A sa mort, ce Prince avait laissé une grande fortune à sa compagne illégitime et pour sa fille (donc la mère de la future Suzanne). La fille illégitime de ce Prince Parthe avait donc grandi au milieu de l'aisance matérielle. Lorsqu'elle fut à son tour en âge de se marier (ou d'avoir des relations amoureuses hors mariage), elle fit la connaissance du frère aîné de Joseph (le charpentier); ce frère, nommé Cléophas, qu'il ne faut pas confondre avec plusieurs autres personnages qui ont également porté ce nom, était assez riche lui aussi, et vivait dans les plaisirs. Il était marié. Malgré son mariage, lors d'une danse qui nous est décrite avec désapprobation par Anne-Catherine Emmerick, ce Cléophas avait fait la connaissance de la riche héritière née des amours illégitimes du Prince Parthe. C'est donc une danse qui fut comme à l'origine de la naissance de Suzanne, ses deux parents, non liés par le mariage, étant tous les deux soit assez fortunés (en ce qui concerne Cléophas, le frère de Joseph), soit très fortunés (en ce qui concerne la descendante, même illégitime, d'un Prince venu jadis à Jérusalem lors de la conquête de la ville par l'Empire des Parthes).

La petite bergère illettrée qui avait des Visions dès son enfance et qui s'était faite religieuse malgré l'avis de son père, nous décrit deux instruments de musique qui la surprennent et qui furent utilisés lors de ces danses où les parents de Suzanne se rencontrèrent : une grande « boîte » à trois faces, garnie de cordes sur chacune de ces faces, et un instrument à vent dont la partie principale était un grand roseau dans lequel on soufflait et où pouvaient s'adapter plusieurs cornes de taille différente que l'on mettait ou que l'on ôtait suivant la musique qu'il fallait jouer. Lorsque plusieurs cornes étaient utilisées au cours d'un même morceau, elles étaient fixées l'une sous l'autre, l'extrémité de chacune des cornes se recourbant autour du gros roseau. Anne-Catherine précise que l'instrument se démontait lorsque l'on n'en jouait pas. Lors de ces danses qui avaient réuni une société aisée ou même très fortunée (on célébrait la fête d'un homme riche et influent à Jérusalem), les musiciens occupaient deux estrades, l'une à gauche, l'autre à droite des danseurs; sur chacune des estrades, il y avait trois instrumentistes, et d'une estrade à l'autre, on trouvait également de jeunes adolescents qui les accompagnaient en jouant de certaines  sortes de fifres et de pipeaux.

Dans une grande salle éclairée par de nombreuses lampes à huile suspendues, des personnes vêtues avec une grande élégance occupaient sur les côtés des sièges élevés; au milieu de la salle, une vingtaine d'hommes et autant de femmes dansaient sur cette musique en formant différentes figures. On dansait sur un parquet recouvert de beaux tapis, et les groupes de danseurs étaient formés de couples qui se croisaient. La danse était plutôt lente, ceux qui dansaient ne se donnaient jamais la main et ne se touchaient pas, mais ils se trouvaient souvent face à face et les robes des femmes faisaient ressortir toutes les formes du corps. C'est dans cette ambiance que les regards du frère aîné de Joseph (c'est à dire du père légal de Jésus) et de la descendante fortunée d'un Prince des Parthes se croisèrent à plusieurs reprises. Ils se revirent, devinrent amants, et c'est ainsi que naquit cette Suzanne, femme très fortunée qui, de Jérusalem, était venue répondre à l'invitation de Lazare et de Marthe et s'était rendue à Béthanie.

 

A Béthanie,

et en chemin vers Jérusalem.

 

A présent d'ailleurs, en ce vendredi 28 septembre de l'An 26 de notre Ere, Suzanne, Marie-Marc (la mère de Jean-Marc), et Véronique viennent de quitter Béthanie et de prendre, toutes les trois ensemble, le chemin du retour vers leurs demeures, à Jérusalem.

Marie, et celles de ses amies qui sont restées à Béthanie, travaillent ensemble à diverses tâches pour tout remettre en ordre après l'accueil  de tant de personnes dans la demeure de Marthe et de Lazare. Marie est très inquiète du langage que son fils lui a tenu avant son départ, avec Lazare, pour se rendre au Lieu de Son Baptême. Devant ses amies, elle évoque avec admiration la Sagesse que  Joschuah avait manifesté à tant de reprises au cours de Son enfance.

Marie  et une partie de celles que la Tradition nommera les Saintes Femmes visitent aussi des malades à Béthanie, les consolent, et leurs distribuent des secours matériels.

Un peu plus tard, toutes ensemble, elles doivent se rendre à Jérusalem.

 

 

 

 

A Qasr-et- Yehoud,

quelques kilomètres à l'ouest de Béthabara,

le vendredi 28 septembre de l'An 26 de notre Ere,

très tôt le matin.

 

Nous avions laissé André en chemin avec d'autres disciples du Baptiste sur la rive orientale du Jourdain. Il est à présent arrivé au petit village de tentes qui s'est peu à peu constitué autour du fils de Zacharie et d'Elisabeth. Saturnin est là également. Les deux hommes, André le Juif, et Saturnin le Grec, sont liés par une amitié profonde, une amitié du coeur. Tous les deux ont été comme subjugués par la personnalité puissante de celui qui appelle tout le peuple d'Israël à se convertir, à faire pénitence, à se faire baptiser dans le Jourdain, afin de se rendre disponible pour Celui que toute la Tradition hébraïque attend, le  Messie, promis depuis tant de siècles. Et, parmi les disciples du Baptiste, André et Saturnin sont parmi les plus proches de celui qui criait dans le désert, et dont pourtant l'Appel semble finir par avoir été entendu; au moins par un assez grand nombre de personnes en Judée, un peu moins en Galilée plus lointaine. Cependant, même là-bas, un certain nombre de personnes ont entendu les Appels de Jésus et de ceux qui déjà commencent à Le suivre, et elles aussi  font le voyage depuis la Galilée jusqu'aux bords du Jourdain. Tous, dans l'entourage du Baptiste, et Jean lui-même, ont appris que la venue de celui que le Baptiste annonce depuis si longtemps était imminente.

Ce matin, à l'aube de cette journée qui s'annonce si importante, Saturnin (qui devait terminer son existence terrestre bien plus tard martyrisé à Toulouse), Saturnin, donc, seul dans sa tente, se ressouvient du parcours de sa vie. Il est né à Patras, ville assez importante, à l'entrée du Golfe de Corinthe. Il appartenait là-bas à la haute noblesse; sa mère, décédée assez tôt, était même d'origine royale. Son père, nous dirions une sorte de Baron ou de Comte de la Province de Corinthe, s'était remarié; et son épouse, Cyriaca, avait donné au « Comte de Corinthe » quatre enfants, deux garçons et deux filles, deux demi-frères donc, et deux demi-soeurs  pour Saturnin. Cyriaca, devenue veuve quelques années plus tard, s'était retrouvée avec quatre enfants mais aussi à la tête d'une fortune très considérable. Elle avait beaucoup d'affection et de respect pour Saturnin, le fils de la première épouse de son mari. Avec tout cela, deux évènements devaient contribuer à déterminer le destin de celui qui, plus tard, viendrait contribuer à l'évangélisation d'Arles, de Nîmes, de Toulouse, et de l'Espagne aussi. Sur le premier événement, nous disposons de plusieurs versions : soit le père de Saturnin avait rencontré au cours d'une guerre ou d'un voyage quelqu'un qui faisait partie de la suite de Séir, celui des Rois Mages qui avait le teint le plus foncé (sans avoir la peau noire); soit quelqu'un qui avait fait partie de cette suite de Séir lors la visite des Rois à la Grotte de la Nativité était ensuite passé au service du « Comte de Corinthe ». Quoi qu'il en soit, cet homme avait raconté longuement au père de Saturnin et à sa famille le grand voyage qu'il avait fait autrefois avec les trois Rois et beaucoup des circonstances remarquables de cette équipée à dos de chameaux. Qu'il en ait eu connaissance d'une façon ou de l'autre, les récits de cet homme avaient fait une impression profonde sur l'esprit du jeune Saturnin; l'homme avait parlé de l'Etoile que les trois Rois avaient suivie, de leur très long voyage à travers plusieurs déserts, de leurs démarches pour se renseigner à Jérusalem, de la rencontre avec le Roi Hérode, il avait évoqué la Grotte de la Nativité et l'Enfant mystérieux qu'ils y avaient découvert, les hommages et les dons précieux que les trois Rois avaient faits à l'Enfant et à Sa mère, les machinations d'Hérode dont les Rois avaient été avertis, et leur départ ensuite par un autre chemin, sur la rive orientale du Jourdain. Peu de temps après la mort de son père, Saturnin, laissant ses demi-frères et ses demi-soeurs à la garde de leur mère et de ses oncles, décida de venir lui aussi à Jérusalem. Au fond, ce qu'il voulait le plus, c'était retrouver la trace de l'Enfant mystérieux vers lequel une Etoile avait guidé trois Rois. Cet Enfant avait grandi; qu'était-Il devenu ? Où vivait-il à présent ? Lorsque Saturnin arriva dans la Province romaine de la Palestine, Jean le Baptiste venait d'y commencer sa Mission et ses Prédications; il apostrophait les foules, appelait à se repentir, à venir recevoir le Baptême, afin de se préparer à accueillir Celui que tous espéraient. Saturnin fut l'un des premiers à être touchés par cet Appel; il reçut le Baptême, se fit circoncire, et  devint dès lors l'un des disciples les plus proches et les plus fidèles du Baptiste. Dans l'entourage de Jean, il fit la connaissance  d'André, devint son meilleur ami, et l'un et l'autre étaient souvent comme un second bras droit et un second bras gauche pour Jean-le-Baptiste. Et, en particulier, ils donnaient souvent le Baptême eux-mêmes à ceux que la Parole de Jean Baptiste avait attirés.

L'autre événement qui marqua l'esprit de Saturnin est une Vision reçue pendant son enfance. Les récits précédents étaient déjà venus jusqu'à lui  lorsqu'un jour, appuyé sur le coude alors qu'il était au bord de la mer Méditerranée, sur les rivages du Golfe de Corinthe, il vit un jeune enfant venir vers lui à travers les flots. Cet enfant, c'était Jean-le-Baptiste, qui lui disait :

« Lorsque tu auras seize ans, viens me trouver au désert ».

Il  lui mit dans les mains un Bâton pastoral, et un Livre  qu'il devait écrire plus tard, lui, Saturnin. Puis, il lui reprit ensuite le Livre et le Bâton et disparut.

Cette Vision ne devait pas se réaliser à la lettre; ou alors c'est « en esprit »  qu'à l'âge de seize ans le jeune Saturnin est allé rejoindre le Baptiste au désert, là où les Esséniens s'occupaient discrètement de lui. Mais nous pouvons imaginer  que lorsque Jean-Baptiste a vu venir à lui l'homme de Patmos en chair et en os, il lui a dit, comme 1800 ans plus tard Anne-Catherine Emmerick dira à  l'écrivain Clemens Brentano : « Ah vous voilà ! ». Ou bien peut-être : « Bonjour. Vous êtes en retard ». Et le Livre que Saturnin devait écrire, sans doute était-ce quelque chose comme :  « L'Evangile de Saturnin ». Mais cet ouvrage, s'il a été écrit, la Tradition ne nous l'a pas transmis.

 

-------------------

 

Quant au Baptiste lui-même, celui dont Jésus dira un peu plus tard :  « En vérité, Je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste », c'est avec le plus grand respect que nous allons tenter de nous introduire comme nous pouvons à l'intérieur de son esprit. En lui, nous trouvons d'abord tout l'héritage de ces Esséniens qui ne se mariaient pas, qui constituaient une sorte d'Ordre religieux gouvernant les comportements et les mariages des Esséniens qui avaient, eux, le devoir de se marier. Ces Esséniens qui ne se mariaient pas, dont Les Manuscrits de la Mer Morte nous ont fait découvrir l'Ordre et la Règle, deux Apôtres membres de la famille élargie de Jésus en feront partie : Barthélémy, neveu de la veuve Séba (l'une des trois veuves de Jérusalem, la soeur cadette de Marie-Salomé, celle qui, selon la légende provençale, finira sa vie au village qui se nomme en partie à cause d'elle, « Les Saintes-Maries de la Mer »), et Jacques le Mineur, le petit-fils de Marie d'Héli (la soeur aînée de la Vierge). Et l'on sait que cette soeur aînée de la Vierge, Marie d'Héli ou Marie Jacobé, est très probablement une autre des Saintes Maries de la Mer. Il y aura également, parmi les membres de la famille élargie de Jésus et de Marie, trois des 72 Disciples du Christ qui étaient des Esséniens ne se mariant pas : Eustachius, le fils de la veuve Léa, ainsi qu'Arastarya et Cocharia, les deux fils de Maraha, la soeur cadette de Sainte-Anne, la mère de Marie. Au sein du christianisme, Barthélémy, Jacques le Mineur, Eustachius, Arastarya et Cocharia représentent donc une transition accomplie entre l'Ordre religieux juif des Esséniens et les Ordres religieux ou monastiques chrétiens. Si cet Ordre des Esséniens qui ne se mariaient pas et qui gouvernaient les mariages des autres Esséniens (comme Anne et Joachim, les parents de Marie) n'avait pas été institué, la naissance merveilleuse de Marie n'aurait sans doute pas été possible.

   Au sein du christianisme également, nous trouvons avec le Précurseur lui-même, avec Jean-le-Baptiste, une grande figure de type monastique, ou même un anachorète; et, bien sûr, lui aussi, élevé dans le désert par les Esséniens les plus austères, il faisait partie de l'Ordre de ceux qui ne se mariaient pas, qui ne songeaient même pas, pour eux, à la possibilité de se marier.

Comme l'enthousiasme d'André nous l'a fait saisir, il y avait en Jean-Baptiste une Force et une Exigence extraordinaires. Il était entièrement absorbé par sa Mission, préparer les Voies pour Celui que toute la Tradition juive attendait. Malgré cette Force, il avait été affecté cependant par les enquêtes tatillonnes et le harcèlement des envoyés du Temple, par la surveillance militaire dépêchée vers lui par Hérode, par les restrictions  que l'on voulait apporter, chez les notables pharisiens des villes voisines, à ses déplacements ou aux installations de ses disciples auprès de lui. Comme on sait, plusieurs fois, le Roi Hérode en personne était venu lui rendre visite, essayant de bien le disposer à son égard. Mais le Roi avait dû entendre, à plusieurs reprises, la condamnation de sa relation adultère par le prophète (Hérode avait écarté son épouse et vivait avec Hérodiade, la femme de son frère).

Du fait de toutes ces allées et venues, de toutes ces visites, parfois, de hauts personnages, du fait aussi de ce que disaient autour d'eux ceux qui suivaient déjà Jésus et avaient annoncé Sa venue, du fait de ce que disaient à présent les disciples du Baptiste au sujet de l'arrivée toute proche de Celui que tout le peuple d'Israël attendait depuis si longtemps, une foule assez considérable s'était rassemblée sur les lieux où le Baptême était donné. Jésus, pieds nus, avait marché plus vite que Lazare et pris peu à peu jusqu'à deux heures d'avance sur son ami. Alors que le jour commençait à se lever, Son chemin croisa celui d'une troupe assez considérable de marcheurs qui se rendaient sur les bords du Jourdain, là où ils avaient appris que le Baptiste se tenait; ces gens ne connaissaient pas Jésus, mais cependant, à partir du moment où ils marchèrent avec Lui, ils regardaient très souvent de son côté, trouvant en Lui une Majesté mystérieuse qui attirait toujours à nouveau leur attention.

Lorsqu'ils arrivèrent, il faisait jour, et ils se joignirent tous à la foule déjà assemblée. Jean leur parlait avec beaucoup d'intensité de la venue prochaine de Celui pour Lequel, depuis des mois et des mois, il avait préparé les chemins. Il rappelait la nécessité de faire pénitence pour se rendre digne de vivre ce moment d'Accomplissement de la Promesse. C'était là le sens du Baptême qu'il donnait. Lorsque Celui Qui devait venir aurait été baptisé, alors, son rôle à lui, Jean, commencerait à s'achever, le temps serait venu où il devrait s'effacer pour que Celui qu'il avait été chargé d'annoncer puisse enfin prendre toute Sa place et combler les attentes.

Jésus se mêla à la foule de ceux qui écoutaient. Le Précurseur sentit Sa Présence et son coeur se mit à battre plus vite. Tout ce qu'il avait fait durant toute sa vie allait aboutir à son Accomplissement. Il continua de parler un moment au peuple rassemblé, et, lorsqu'il eut terminé, il commença à baptiser.

1220 à 1250 ans plus tôt, au même lieu.

 

Josué, en hébreu Jéhoschuah, ce qui est bien sûr très proche de Joschuah (Jésus), conduisait le peuple juif. Moïse avait vu la Terre Promise depuis le sommet du Mont Nébo (aujourd'hui en Jordanie), à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de la ville de Madaba, à une vingtaine de kilomètres à l'est du Jourdain et de la partie la plus au nord de la Mer Morte. C'est là que les Hébreux se tenaient à cette époque, attendant eux aussi l'Accomplissement d'une Promesse. Lorsque le moment fut venu, Josué ordonna que douze Lévites soutiennent ou escortent l'Arche d'Alliance. Et ainsi, l'ARCHE d'abord, au vu de tout le peuple qui marchait derrière, le souffle un peu coupé,  on se rapprocha du Jourdain dont les eaux étaient assez hautes à ce moment de l'année.

Quarante ans avaient passé depuis que Moïse avait séparé les flots de la Mer Rouge pour que les Hébreux traversent à sec et réussissent leur sortie hors de la servitude qui avait été la leur                si longtemps dans l'Egypte de Pharaon. Quarante ans de marches dans les déserts afin que meurent peu à peu tous ceux qui, adorateurs du Veau d'Or,  n'avaient pas mérité d'entrer dans la Terre Promise. Les générations s'étaient renouvelées. Et à présent, voici que Yahvé l'avait annoncé à Josué, les Eaux allaient s'ouvrir une nouvelle fois devant le Peuple Elu, les Eaux d'un Fleuve cette fois. Les Eaux du Jourdain. Et en effet, au moment même où la base de l'Arche d'Alliance vint à toucher l'eau, le courant s'arrêta. LE FLOT FUT PARTAGÉ. Les Eaux qui descendaient se grossirent et prirent, nous dit Anne-Catherine, une forme semblable à une sorte de « gélatine ». Elles s'élevèrent en forme d'éminence que l'on aperçut, nous dit-elle, depuis la ville de Zarthan. L'eau qui, de l'autre côté, coulait encore s'achemina vers la Mer Morte, et les Hébreux purent ainsi passer le Jourdain à pieds secs. Tout comme, quarante ans plus tôt, leurs parents et grands parents avaient passé, eux, la Mer Rouge à pieds secs.

 

Les Lévites avaient déposé l'Arche sur quatre pierres rectangulaires d'un rouge vif. A droite et à gauche de l'Arche ainsi posée à sec au milieu du Fleuve arrêté, il y avait, dit Anne-Catherine, douze pierres triangulaires, le sommet de ces pierres étant enfoncé dans le lit du Jourdain, et donc, la forme « triangulée » de leur sommet n'était pas encore visible par les Lévites qui avaient porté l'Arche. Ces pierres formaient comme deux lignes désignant deux fois six places. Les douze porteurs de l'Arche vinrent s'y disposer en une sorte de Haie d'Honneur pour ce qui était le Signe redoutable de l'Alliance de l'Eternel avec Son peuple.

Cependant, à quelques pas, derrière les pierres sur lesquelles s'étaient placés les 12 lévites, il y avait  12 autres pierres, en deux rangées de six également. Ces pierres, assez grosses, présentaient à l'oeil des veines dans la roche, de plusieurs couleurs, et ces veines figuraient comme des fleurs sur les pierres, ou bien aussi d'autres formes régulières. Josué choisit douze hommes, un pour chacune des Tribus d'Israël, et il fit enlever ces douze pierres pour qu'elles servent de Témoignage. Les hommes les retirèrent du lit du Jourdain toujours à sec au lieu du passage des Hébreux, les retournèrent, découvrant alors la forme triangulaire, ou pyramidale, de la partie qui était enfoncée dans le lit du fleuve. Ils les chargèrent sur leurs épaules ou sur leur dos et les portèrent sur la rive où parvenait le peuple lorsqu'il avait traversé.

Tout le peuple d'Israël passa ainsi le Jourdain en cet endroit. Cela prit bien sûr un temps assez considérable; le Livre de Josué, IV,13, parle d'environ « quarante mille guerriers en armes » qui « passèrent, prêts au combat, devant Yahvé, dans la plaine de Jéricho ». A ces 40.000 guerriers en armes, il faut donc ajouter les femmes, les enfants, et toute la Tribu des Lévites, qui ne combattaient pas.

 

Pendant que le peuple, devant l'Arche d'Alliance, traversait le Fleuve et faisait ensuite ses premiers pas sur la Terre Promise, les Eaux du Jourdain continuaient à arriver, à se transformer en cette sorte de masse gélatineuse ou « gélatinisée » qui augmentait et s'élevait continuellement. Si l'on parvenait un jour à localiser à peu près exactement l'ancienne ville de Zarthan (sans doute à plusieurs dizaines de kilomètres au nord du lieu du passage du Jourdain et au sud de la ville de Bézech, sur la rive occidentale du Fleuve), il serait possible de déterminer quelle a été la hauteur de cette masse d'eau empêchée de s'écouler : jusqu'à quelle hauteur un signal envoyé depuis le lieu du Passage du Jourdain doit-il s'élever pour pouvoir être vu depuis ce qui est aujourd'hui l'ancienne ville de Zarthan ? Puisque la petite bergère illettrée devenue religieuse nous précise que cette masse d'eau qui ne ne pouvait plus s'écouler et qui formait comme une espèce de « montagne » « gélatineuse » ou « gélatinisée », a été aperçue sur la rive occidentale du Jourdain (donc dans la zone « à envahir » pour les Hébreux). Tout ceci, bien sûr, contribuant à l'espèce d'Effroi qui se répandit parmi ces populations lorsqu'elles apprirent que les Eaux du Jourdain s'étaient écartées devant l'Arche du Dieu de ce peuple qui revendiquait désormais pour lui, au nom de son Dieu, ce qu'il appelait « la Terre Promise ». Après le passage de tout le peuple, lorsque les douze Lévites se furent à nouveau chargés de leur fardeau sacré et que l'Arche d'Alliance eût quitté le lit du Fleuve à sec, lorsque les 12 Lévites  qui la portaient ou l'escortaient eurent atteint la rive occidentale, marchant désormais vers la plaine de Jéricho, Josué fit retourner les pierres sur lesquelles les Lévites s'étaient tenus, on les redressa, de façon à ce que la partie « triangulée », ou pyramidale, soit maintenant apparente et dressée vers le Ciel; puis les Eaux amoncelées reprirent peu à peu repris leur forme liquide et le cours ordinaire du Jourdain se rétablit.

(Si la petite enquête évoquée un peu plus haut à propos de la hauteur à laquelle, en cet endroit, quelque chose doit s'élever pour pouvoir être aperçu depuis la ville de Zarthan était menée, ce ne serait pas la première fois qu'en prenant très au sérieux des détails du témoignage d'Anne-Catherine Emmerick, on retrouverait la trace visible d'évènements anciens; je pense bien sûr à la découverte à Ephèse de la maison dont Jean fera l'acquisition quelques années plus tard pour Marie, celle que le Christ lui confiera sur la Croix comme étant désormais sa mère). 

Lorsque, faisant avec tout le peuple ses premiers pas sur la Terre Promise, Josué parvint à une première bourgade, il fit disposer les douze pierres sur deux rangs, comme elles avaient été dans le Fleuve, afin de commémorer le très grand Evènement qui venait d'avoir lieu. Sur chaque pierre, il fit graver le nom d'une Tribu d'Israël et le nom de celui qui avait porté cette pierre au nom de sa Tribu.

 

Environ mille ans avant l'An 26 de Notre Ere,

 au même endroit.

 

Elie avait quitté Gilgal (un peu au sud-ouest de Silo), il s'était rendu à Béthel (là où Jacob avait eu son célèbre rêve de l'Echelle avec des Anges qui montaient et redescendaient entre le Ciel et la Terre), puis, de là à Jéricho. A chaque fois, au cours de cette marche d'adieu, Elisée avait refusé de le laisser aller seul. Venant de Jéricho, ils s'approchèrent tous les deux du Jourdain. Le second Livre des Rois (II, 7 et 8) raconte ainsi ce qui se produisit  alors :

« Cinquante frères prophètes vinrent et s'arrêtèrent à distance, au loin,

pendant que tous deux se tenaient au bord du Jourdain.

Elie prit alors son manteau de prophète,

le roula,

et en frappa les Eaux, - qui se divisèrent d'un côté et d'autre, et tous deux traversèrent à pied sec ».

 

C'est donc sur la rive orientale du Jourdain, quelque part dans l'actuelle Jordanie, que se produisit l'épisode célèbre de l'élévation d'Elie sur le char de feu (Second Livre des Rois, II, 11 à 13).

Après avoir assisté à l'élévation d'Elie, qu'il avait pu percevoir (ce qui n'était pas le cas des cinquante prophètes qui étaient restés sur la rive occidentale du Jourdain), Elisée avait déchiré son vêtement en signe de deuil, mais il avait ramassé le manteau d'Elie qui avait glissé du char de feu. S'approchant alors du Jourdain :

« Il prit le manteau d'Elie et il frappa les Eaux en disant :

« Où est Yahvé, le Dieu d'Elie ? ».

Il frappa les Eaux, - qui se divisèrent d'un côté et de l'autre, et Elisée traversa ».

Les frères prophètes le virent et dirent :

« L'esprit d'Elie s'est reposé sur Elisée ! »

Ils vinrent à sa rencontre et se prosternèrent à terre devant lui ».

                                                                                                  Second Livre des Rois, II, 14 et 15.

 

Elisée effectua donc, lui aussi à pied sec, le passage depuis la rive orientale vers la rive occidentale du Jourdain. C'est à dire dans le même sens que Josué, l'Arche Sainte, et tout le peuple d'Israël lors de leur entrée sur la Terre que l'Eternel leur avait promise.

 

Quelques semaines avant le Baptême,

le 20 du mois hébraïque d'Ab,

l'équivalent  du jeudi 23 août de l'An 26 de notre Ere,

toujours au même endroit.

 

Jean était avec un assez grand nombre de ses disciples.

Aux bords du Jourdain, il leur parlait du prochain Baptême du Messie.

Il leur dit qu'il ne l'avait jamais vu,

puis il ajouta :

« En Témoignage de ce que je vous annonce,

je vais vous montrer l'endroit où Il sera baptisé.

- Les Eaux du Jourdain se diviseront

et une île émergera du Fleuve ».

 

Elie et Elisée, au même endroit, avaient frappé les Eaux du manteau d'Elie; mais en ce qui concerne Jean-Baptiste, seule la force de sa Parole frappa les Eaux, qui s'écartèrent au même instant, tandis que ce qui devait être l'île du Baptême du Christ surgissait des flots.

Ceci doit être corrigé, car en fait, le Baptiste a semble-t-il été ici principalement « un Voyant »; et il  a énoncé ce qu'il  voyait ou avait vu, ce qui allait advenir du fait d'une Volonté bien plus Haute Qui n'était pas la sienne. Cependant, correction de la correction, dans les manifestations de l'Alliance entre la Divinité et les humains qui se sont succédées au fil des Temps, il faut, étant donnée la Liberté dont disposent les humains, qu'une Parole humaine vienne confirmer, vienne agréer, vienne dire « oui » à ce qui a été suscité d'En Haut. L'un des exemples les plus importants étant le « Je suis la servante du Seigneur. Qu'il m'advienne selon ta Parole » de Marie, lors de l'Annonciation de l'Ange.

Quoi  qu'il en soit, parmi les méandres infinis du Jourdain aux rives souvent mouvantes, la petite île avait surgi. Il le fallait. Car ce coin de terre qui avait émergé des Eaux, c'était celui où les douze porteurs de l'Arche avaient posé leurs pieds lors du passage du Jourdain, au temps de Jéhoschuah (Josué), cette « Figure anticipée » de Joschuah (Jésus).

Devant ce prodige auquel ils avaient eu la Grâce de pouvoir assister,

les disciples du Baptiste se mirent à louer Dieu et à le prier un long moment.

Puis, avec Jean, ils se mirent à jeter dans le fleuve quelques grosses pierres, et à disposer sur ces pierres des arbres et des branches, édifiant ainsi un petit pont qui reliait la rive à l'île qui venait de surgir des Eaux. Ce pont, ils le recouvrirent ensuite d'une grande quantité de petits cailloux blancs. Lorsqu'ils eurent terminé, Anne-Catherine Emmerick put entendre le bruit de l'eau qui passait sous le petit pont nouvellement érigé.

Continuant à aménager ce Lieu sacré qui devait servir à l'Accomplissement de la Promesse, Jean et ses disciples choisirent dans les environs douze petits arbres qui portaient des fruits jaunes, peut-être des sortes de néfliers. Et les douze arbres, replantés sur l'île nouvellement surgie, mélangèrent bientôt leurs branches verdoyantes. Dans les environs du Fleuve, les disciples prirent des pieds de haie vive aux fleurs blanches et rouges et intercalèrent une haie à chaque fois entre deux arbres. Les fleurs blanches et rouges se mêlaient aux fruits jaunes, composant une vraie fête pour les yeux : un cercle de douze arbres et de douze haies, avec, comme dit le poète,

 « des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches »

qui se rejoignaient et dont les couleurs se répondaient.

A gauche et en avant du petit pont, à quelque distance de l'île, on creusa un étroit bassin; plusieurs marches permettaient d'y descendre.  Au bord de l'eau, il y avait une pierre rouge, polie, de forme triangulée; c'était sur cette pierre que Jésus Se placerait pour recevoir le Baptême. A côté de cette pierre, Jean le Baptiste avait fait transplanter un très beau palmier chargé de fruits. Nous verrons que pendant Son Baptême, Jésus tint, d'une main, ce palmier embrassé.

 

Sans doute du mardi 28 au jeudi 30 août

en l'An 26 de notre Ere.

Près de la pierre commémorant le passage du Jourdain

 par les Hébreux au temps de Josué.

 

Lorsqu'il avait à parler au peuple, Jean faisait convoquer les gens par ses disciples. Cette fois-là, depuis Maspha (on disait aussi Miçpa, ou Miçpé), à quelques kilomètres au nord de Jérusalem , jusqu'en Galilée, le Baptiste avait fait dire qu'il parlerait à la fois du Sauveur Qui devait venir et du Passage des enfants d'Israël à travers le Jourdain. L'endroit où cette Prédication devait avoir lieu était justement les gradins qui étaient disposés à proximité de la chaire de Parole adossée à une pierre dressée qui commémorait le passage du Jourdain  à pied sec par les Hébreux.  Peut-être était-ce là le seul monument qui restait à cette époque, en ce lieu où Josué avait fait autrefois transporter les douze pierres qui avaient été prises dans le lit du Jourdain à sec, les faisant déposer dans la première agglomération qu'ils avaient rencontrée. On était là à quelques kilomètres de la petite île qui avait surgi récemment pour le Baptême  à venir.  Jean voulait montrer comment le Messie, dont il était le Précurseur, allait ouvrir pour les enfants d'Israël l'accès à une autre Terre Promise. Il leur dit que le Baptême du Messie, au lieu même où l'Arche avait séjourné lors du passage du Jourdain au temps de Josué, serait un Evènement encore plus important que l'entrée des Hébreux, autrefois, dans la Terre Promise. Il évoqua l'île qui avait surgi des flots à quelque distance de là, au lieu même où le Messie viendrait recevoir le Baptême. Anne-Catherine Emmerick note que les Esséniens étaient presque tous venus pour écouter le Baptiste ce jour-là. On voit que si le Baptiste, et encore plus Jésus, ont eu les plus grandes difficultés avec les Pharisiens (qui avaient conquis la charge de l'Administration du Temple de Jérusalem) ou avec les Sadducéens, il n'en allait pas du tout de même avec les Esséniens que Les Manuscrits de la Mer Morte nous ont fait beaucoup mieux connaître. Je rappelle que les parents de Marie, ses grands parents et ses arrières grands parents étaient tous des Esséniens (de ceux qui avaient le devoir de se marier), tandis que Jacques le Mineur et Barthélémy, tous deux futurs Apôtres du Seigneur appartenaient, eux, aux Esséniens qui ne se mariaient pas. Anne-Catherine nous décrit les Esséniens arrivant, avec leurs longs vêtements blancs, les femmes montées sur des ânes que les hommes conduisaient. Les hommes offrirent des pains et les femmes des colombes qu'elles avaient transportées dans des paniers suspendus au côté de l'âne sur lequel chacune d'elle avait voyagé. Jean recevait les pains, les mettait sur des plats, les bénissait, puis les rompait et les distribuait, en veillant à ce que ceux qui venaient de loin en reçoivent davantage pour ne pas manquer lors de leur chemin de retour. Les colombes furent également partagées entre les assistants.

Ainsi eut lieu cette Fête où le Baptiste proposait à ses auditeurs comme un figuratif passé du grand Evènement qui allait se produire prochainement.

Puis, lorsque la Fête fut terminée, Jean retourna au lieu où il baptisait.

 

 

----------------------

 

Mise au point.

 

Le lecteur qui  a entendu Jean le Baptiste dire un peu plus tôt à ses disciples qu'il n'avait jamais vu  le Sauveur auparavant a peut-être été troublé car les peintres les plus grands ont souvent représenté des jeux d'enfant entre Jésus et le futur Baptiste, paisiblement surveillés par les deux cousines, Marie et Elisabeth souriantes. Mais cette paix ne correspond pas aux évènements auxquels Anne-Catherine Emmerick nous permet d'assister. Jésus avait à peine neuf mois lorsque  Joseph, averti par l'Ange, partit pour l'Egypte avec l'Enfant et Sa mère. C'était dans les premiers jours de septembre de l'An 5 avant notre Ere. Ce départ, cette fuite en Egypte, c'était pour éviter que Jésus enfant connaisse le sort  des Innocents massacrés sur ordre d'Hérode le 8 et le 9 mars de l'An 4 avant notre Ere (soit du 8 au 9 du mois hébraïque d'Adar). Si Jésus, Joseph et Marie étaient partis pour l'Egypte depuis Nazareth, Elisabeth, Zacharie et Jean le Baptiste demeuraient, eux, dans les environs  d'Hébron, à Yutta, dans le sud de la Judée. Il avait été nécessaire que le futur Baptiste soit lui aussi mis à l'abri des enquêtes d'Hérode dit « Le Grand », et Elisabeth avait confié son fils à Dieu, et aux Esséniens qui avaient fait retraite dans le désert où Jean grandira.

Anne-Catherine se demandant un jour combien de fois Jean le Baptiste avait vu Jésus au cours de sa vie, on lui avait dit :  « Trois fois », et on lui avait montré les trois épisodes de la vie du Précurseur et  de celle du Messie où leurs chemins dans l'univers physique se sont rencontrés : le Baptême dans le Jourdain auquel nous allons assister (ce sera le 28 septembre de l'An 26 de notre Ere); puis, un peu plus tard, le 12 octobre de l'An 26, le moment où le Baptiste voit passer Jésus un peu plus loin et dit, sous l'Influence de l'Esprit Saint :

 

« Voici l'Agneau de Dieu,

voici Celui Qui efface les péchés du monde »,

 

orientant ainsi vers Jésus, André et Saturnin.

Quant au troisième moment où Jean le Baptiste a pu voir le Sauveur de ses yeux, il eut lieu, nous dit Anne-Catherine Emmerick,  dans l'enfance, au moment de la fuite en Egypte, lorsque Marie, encore sur le territoire qui dépendait d'Hérode, donc en danger, montra à l'Enfant Jésus le petit Jean dans le lointain. C'était au début de l'automne de l'An 5 avant notre Ere et Jean avait donc seulement un an et quelques mois. Lorsque, en l'An 26 de notre Ere, il dira à ses disciples qu'il n'a jamais vu le Sauveur, cette séquence fugitive de leur vie à tous deux dans leur petite enfance ne lui est simplement pas revenue à l'esprit. Bien peu  d'êtres humains revoient aisément des souvenirs qui datent d'une époque où ils n'avaient même pas un an et demi. Naturellement, comme le précise Anne-Catherine, ces trois moments où le Baptiste vit le Seigneur de ses yeux ne doivent pas être confondus avec les moments où il Le voyait en esprit, c'est à dire pratiquement de façon continuelle, car Jean ne pensait vraiment qu'à une seule chose : préparer les Voies pour Celui dont il était le Précurseur et vers lequel sa pensée se tournait constamment.

 

*

 

 

Sur les bords du Jourdain, la veille du Sabbat,

le 26 du mois hébraïque d'Ellul,

  l'équivalent de notre 28 septembre,

en l'An 26 de notre Ere.

 

Lazare était maintenant parvenu à son tour sur le lieu où Jean donnait le Baptême. Il était environ 10 heures du matin lorsque Jésus, simplement mêlé à la foule, descendit à l'endroit où Jean se trouvait. Le Baptiste s'inclina profondément devant Jésus et lui dit :

« J'ai besoin d'être baptisé par Toi, et c'est Toi Qui viens à moi ? ».

Jésus lui répondit : « Oui, il convient, pour que nous accomplissions toute Justice, que tu Me baptises,  que Je reçoive de toi le Baptême ».

Puis Il ajouta : « Pour toi, tu recevras le Baptême du Saint-Esprit, et le Baptême du Sang ».

Jean invita alors Jésus à le suivre jusqu'à l'île du Baptême. Jésus accepta, mais posa cependant quelques conditions :

qu'on verserait dans le bassin de l'île qui avait surgi du Fleuve, de l'eau avec laquelle tous les autres étaient baptisés;

que tous ceux qui désiraient recevoir le Baptême aujourd'hui le reçoivent dans le même bassin;

que le palmier, qu'il indiqua sur l'île, et auquel il allait se tenir pendant la Cérémonie serait ensuite transporté au lieu où le Baptême se donnait d'ordinaire, afin que tous puissent également s'en servir.

 

On voit que ces trois demandes allaient dans le même sens : le Sauveur Se présentait  devant Jean au milieu de tous les Juifs qui voulaient recevoir le Baptême. Il était ici l'un d'eux, comme un frère au milieu de tous Ses frères, et, en plusieurs façons, la plus grande Egalité possible entre Lui et Ses frères humains devait régner en ce moment sacré.

Ces demandes du Sauveur furent bien sûr agréées par le Baptiste. Alors Jésus, accompagné par le Précurseur et par ses deux aides les plus proches, c'est à dire André et Saturnin, passa le petit pont au sol revêtu de cailloux blancs, arriva sur l'île et Se rendit jusqu'à la tente qui avait été dressée à l'est du bassin qui devait servir pour le Baptême; c'était là que ceux qui allaient recevoir ce Baptême quittaient leurs vêtements et les reprenaient ensuite. Les neuf disciples qui, tous ces derniers temps avaient suivi fidèlement Jésus à Capharnaüm et dans les alentours vinrent avec Lui sur la petite île, mais les autres personnes qui assistaient à la Cérémonie restèrent sur les bords du Jourdain, et aussi, pour quelques uns d'entre eux, sur le petit pont aux cailloux blancs. Lazare était au premier rang de ceux qui se trouvaient sur ce pont.

L'eau du Jourdain était acheminée par trois conduits depuis le côté nord de la petite île jusqu'au bassin de forme octogonale où le Baptême allait avoir lieu. Puis, par deux autres conduits, l'eau du bassin regagnait le Jourdain après s'être éloignée par le côté sud de l'île. A l'ouest du bassin octogonal, on voyait les six pierres sur lesquelles  des Lévites s'étaient tenus lorsque l'Arche Sainte avait été posée, elle, sur quatre pierres plus grandes dans le lit du Fleuve à sec; et, à l'est, il y avait les six autres pierres où  six autres Lévites avaient complété la Haie d'Honneur pour l'Arche Sainte. L'octogone entre les deux rangées de six pierres figurait donc à peu près exactement et symbolisait aussi ce qui avait été le lieu où l'Arche d'Alliance avait reposé au moment où les Hébreux avaient traversé le Jourdain à pied sec. Il est intéressant de noter qu'en cette circonstance exceptionnelle de commémoration d'une forte Manifestation antérieure de la Divinité sur terre (la traversée du Jourdain lors de l'entrée dans la Terre Promise), au moment même où une Nouvelle Alliance de la Divinité avec les humains émergeait à son tour, au même Lieu, par Jésus et autour de Lui, la forme octogonale figurait, comme en souvenir, la puissance de l'Arche Sacrée où l'Eternel S'était tenu tout le temps où Sa Puissance avait provoqué l'écartement des Eaux du Fleuve. Les quatre pierres de forme carrée ou légèrement rectangulaire sur lesquelles l'Arche avait été posée dessinaient à peu près l'espace d'une Croix à branches égales au centre de l'octogone. Une pierre triangulaire dont Anne-Catherine nous dit qu'elle était belle et de couleur rougeâtre se trouvait au sud-est du bassin octogonal, non loin de la quatrième pierre sur laquelle l'Arche avait reposé. C'est sur cette pierre triangulaire que Jésus devait se tenir lors de son Baptême et c'est à proximité que le Baptiste avait fait transplanter le palmier auquel le Sauveur avait fait allusion tout à l'heure.

Lorsque Jésus descendit dans le bassin, Il n'avait plus sur lui qu'un morceau d'étoffe qui lui couvrait les reins et les jambes.

Saturnin avait reçu les vêtements du Sauveur au fur et à mesure qu'Il les avait ôtés sous la petite tente et il les confia ensuite à Lazare qui se trouvait lui à l'entrée du petit pont. Si, en ce moment crucial, ou axial, nous nous déplaçons de quelques dizaines d'années au fil du temps, nous pouvons voir que deux des plus grandes villes de ce qui est aujourd'hui la France, Marseille et Toulouse, sont comme étroitement associées au Baptême du Sauveur : Lazare, douze ans plus tard, arrivera à Marseille avec ses  deux soeurs et quatre autres personnes, et il y demeurera de longues années; et Saturnin, lui, terminera sa vie  en martyr, à un âge très avancé, dans la ville de Toulouse. Au lecteur de se demander ce que peut bien signifier, pour notre pays, que les vêtements du Messie au moment de Son Baptême se soient retrouvés dans les mains d'un homme qui devait terminer sa vie à Toulouse,  puis aient été confiés à un autre homme qui lui, devait associer son nom à jamais avec la ville de Marseille. 

Jésus était donc dans le bassin octogonal. Il avait de l'eau jusqu'à la poitrine. De Sa main gauche, Il Se tenait au tronc du palmier, tandis  que Sa main droite, elle, reposait sur Sa poitrine.

Jean vint se placer au côté sud du bassin. Il se baissa, prit de l'eau dans le petit récipient à trois conduits qui lui servait pour le Baptême et répandit cette eau en trois jets sur la tête du Sauveur : une partie de l'eau tomba sur l'arrière de la tête du Seigneur, une partie s'écoula sur le milieu du crâne et la troisième ruissela sur le devant de la tête et le visage.

Les paroles de Jean furent, dit Anne-Catherine, à peu près celles-ci :

 

 « Que,

par les Séraphins

et par les Chérubins,

Jahvé répande sur Toi Sa Bénédiction,

Ses Grâces

de Sagesse,

d'Intelligence

et de Force  ! ».

 

Il était question de trois Dons, un pour l'esprit, un pour l'âme, un pour le corps, et ces trois Dons comportaient tout ce dont l'homme a besoin pour être renouvelé complètement en son esprit (l'Intelligence), en son âme (la Sagesse) et en son corps (la Force).

Lorsque Jésus sortit du bassin octogonal, André et Saturnin, qui étaient restés tous les deux à la droite de Jean, non loin de la pierre rouge triangulaire, Lui présentèrent un linge avec lequel Il S'essuya; puis, ils l'aidèrent à mettre au-dessus de son vêtement une longue tunique blanche, symbole du Baptême. Jésus se plaça à nouveau sur la pierre rouge de forme triangulaire et, là, André et Saturnin Lui imposèrent chacun une main sur une épaule tandis que Jean-le-Baptiste lui imposait, lui, la main sur la tête.

Jésus priait sur la pierre rouge, et Jean, André et Saturnin se préparaient à remonter du bassin sur le sol de l'île lorsqu'un grand Bruit retentit dans les airs, un Bruit qui avait une ressemblance avec la Force du Tonnerre. Tous les assistants, « étonnés » justement, portèrent les yeux vers le Ciel. Une sorte de nuage lumineux descendit vers la terre et Anne-Catherine Emmerick en vit sortir une Forme ailée et brillante qui Se répandit sur le Sauveur comme en flots de Lumière. Le Ciel S'ouvrit,  et Anne-Catherine entendit une Voix semblable à celle du Tonnerre Qui prononçait cette Parole :

« Celui-Ci Est Mon Fils Bien-Aimé en Qui J'ai mis toutes Mes Complaisances ».

Au même moment, Jésus fut tout inondé de Lumière, on pouvait à peine fixer les yeux sur Lui,       Il était comme transparent, on pourrait dire comme Transfiguré,

et Anne-Catherine vit une troupe d'Anges nombreux qui s'empressaient autour de Lui.

 

A quelque distance de là, au-dessus des flots du Jourdain, la religieuse de Westphalie vit un nuage épais et ténébreux autour duquel se pressaient en grand nombre des figures hideuses et des espèces ou des apparences d'animaux de forme monstrueuse. Satan était là, n'ayant pas compris, nous précise ailleurs Anne-Catherine, la nature divine du Sauveur. Pour lui, il y avait là simplement une espèce de « Juste » ou de prophète dangereux pour la domination que les Forces des Ténèbres exerçaient par mille moyens, à cette époque également, sur l'esprit des humains de la Terre.

 

Jésus, ayant remonté le petit escalier de gazon par lequel on descendait des parties situées au sud, à l'est et à l'ouest de l'île dans le bassin, Saturnin lui présenta Ses habits, que Lazare avait tenus à l'entrée du petit pont pendant tout le temps du Baptême. Le Sauveur S'en revêtit sous la tente, puis, avec Ses disciples venus de Capharnaüm, Il Se rendit sur cette partie de l'île qui était située entre la tente et le palmier.

Jean prit alors la Parole devant le peuple, et, tout rempli de Joie, il dit que Jésus était le Fils de Dieu et le Libérateur promis. Il rappela toutes les Promesses qui avaient été faites aux Patriarches et aux Prophètes. Il évoqua le Prodige dont ils venaient tous d'être Témoins, la Voix de l'Eternel qu'ils avaient entendue. Il dit que bientôt, après le retour du Seigneur Qui allait S'absenter quelque temps, il se retirerait et Lui céderait la place. Il rappela que c'était en cet endroit même que l'Arche d'Alliance s'était autrefois arrêtée lors de l'entrée dans la Terre Promise, en Accomplissement d'une autre Promesse. Il convenait que ce soit en cet endroit que Celui Qui venait renouveler l'Alliance ait été reconnu aux yeux de tous par Son Père, le Dieu Tout-Puissant. Il engagea tous ceux qui étaient là à croire en Lui, et termina en remerciant Dieu d'avoir donné ce Jour à Son Peuple, ce Jour où Il comblait les attentes d'Israël.

Anne-Catherine Emmerick reconnut dans la foule un grand nombre d'amis du Sauveur; elle mentionne Obed (le fils du vieillard Siméon qui avait prophétisé dans le Temple lors de la présentation de l'Enfant Jésus par Joseph et Marie), Nicomède, Joseph d'Arimathie et Jean-Marc (celui qui devait jouer un rôle si important, dira-t-elle, dans l'Evangélisation des Gaules).

Jean dit alors à André qu'il devait aller annoncer le Baptême du Sauveur en Galilée.

Jésus, à Son tour, S'adressa au peuple assemblé. Après avoir dit que Jean-Baptiste venait simplement d'énoncer la Vérité, Il ajouta qu'Il reviendrait dans quelque temps. Alors, les malades et les infirmes pourraient se rendre auprès de Lui et Il les guérirait. En attendant, ils devaient se préparer, effectuer les pénitences qui leur étaient nécessaires et accomplir des oeuvres bonnes. Après le voyage qu'Il allait devoir entreprendre, Il S'occuperait d'établir le Royaume que Son Père Lui avait donné.

Il énonça alors une Parabole où il était question d'un Fils de Roi qui, avant de prendre possession de ses Etats, se tient quelque temps à l'écart, pour recevoir les conseils de Son Père et réfléchir à Ses nouveaux devoirs.

Alors, quelques Pharisiens qui avaient assisté à la Cérémonie, mais sans doute pas perçu le sens de tout ce qui était venu d'En-Haut, plaisantèrent à propos de cette Parabole de façon assez haute pour être entendus :

« Sans doute on s'est mépris en le supposant fils de charpentier. Il a pour père quelque Prince puissant; il va retourner dans les Etats de son père, puis il fera son entrée dans Jérusalem au milieu de ses soldats. Ce sera certainement alors un beau, un magnifique spectacle ! ».

 

Cependant, Jean commença alors à baptiser tous ceux qui se présentèrent dans le bassin qui avait servi au Baptême du Seigneur. Ils descendaient dans la portion de l'eau qui entourait le bord octogonal du bassin et Jean les baptisait debout sur le rebord. Anne-Catherine remarque à ce sujet que presque tous ceux qui furent baptisés en ce jour autour du bassin octogonal furent ensuite membres de l'Eglise naissante.

 

Bientôt, le Seigneur s'éloigna avec les neuf disciples venus des environs de Capharnaüm et plusieurs autres qui venaient de rejoindre leurs rangs; Lazare  et Saturnin Le suivirent également, tout comme André, bien sûr, que le Baptiste avait chargé de propager en Galilée la nouvelle du Baptême du Sauveur.  Conformément à ce qu'avait demandé Jésus, les disciples prirent une certaine quantité de l'eau du bassin du Baptême dans une outre qu'ils emportèrent.

 

 Au moment où les gens s'aperçurent que Jésus Se disposait à partir, plusieurs parmi ceux qui venaient de recevoir le Baptême s'étaient agenouillés et avaient supplié le Seigneur de rester au milieu d'eux. Il leur promit qu'Il reviendrait bientôt, mais Il S'éloigna néanmoins, avec Ses disciples d'alors et ceux qui venaient de les rejoindre.

 

 

 

Le 26ème jour du mois hébraïque d'Elul, veille du Sabbat,

l'équivalent de notre vendredi 28 septembre,

en l'An 26 de notre Ere,

non loin de Jérusalem

et en route vers Béthel.

 

Joschuah, ses disciples des environs de Capharnaüm, et ceux qui s'étaient joints à eux à la suite de tout ce qui s'était passé lors du Baptême donné par Jean, prirent la route vers Luza (ce qui est l'ancien nom de Béthel, le lieu où Jacob avait eu le très célèbre rêve de l'Echelle avec des Anges montant et descendant depuis le Ciel jusqu'à la Terre), et, en marchant, tout en s'entretenant les uns les autres de ce qui avait eu lieu, ils se rendirent jusqu'à une petite ville située à quelques kilomètres au nord de Jérusalem.

Dans cette ville, le Sauveur se rendit dans une sorte d'hôpital; Il S'y alimenta un peu, et, pendant son repas, plusieurs personnes âgées vinrent Le saluer en lui donnant le titre de « Prophète », car ce que Jean avait dit de Lui  était parvenu jusqu'ici. Ensuite, accompagné de Ses disciples, Il alla voir les malades. Dans l'une des chambres, Il bénit un malade très maigre et dont la tête présentait une espèce d'ulcère blanchâtre. Il lui dit de se lever. Le malade put le faire et se jeta alors aux pieds de son Bienfaiteur.

André et Saturnin donnèrent là le Baptême à plusieurs  personnes : Jésus avait fait placer un baquet sur une sorte d'escabeau. Dans ce baquet, où un enfant aurait pu être baigné, Il avait fait verser un peu de l'eau qui avait été prélevée sur les lieux de Son Baptême,  Il bénit cette eau et y mêla quelque chose avec un rameau qu'Il y trempa. Ceux qui désirèrent recevoir le Baptême enlevèrent leurs vêtements jusqu'à la ceinture, ils mirent leur tête sur le baquet, et Saturnin les baptisa, en employant non les paroles qu'utilisait le Baptiste, mais d'autres, que Jésus lui avait indiquées.  

 

Le 27ème jour du mois hébraïque d'Elul,

jour du Sabbat.

L'équivalent de notre 29 septembre

 

 

Dans cette ville, comme Il le faisait chaque fois que le jour en était venu, Jésus célébra le Sabbat. Nous n'avons malheureusement pas de détails sur la façon dont cette célébration eut lieu ce jour-là.

 

L'équivalent de notre 30 septembre

 

Le 30 septembre, André les quitta pour se rendre en Galilée afin d'aller y annoncer, comme le Baptiste le lui avait demandé, que Celui que tous, en Israël, attendaient depuis si longtemps était venu sur les bords du Jourdain et y avait reçu le Baptême.

 

 

 

Le 28 du mois hébraïque d'Elul,

l'équivalent de notre 30 septembre,

en l'An 26 de notre Ere.

A Béthel (anciennement Luza).

 

Jésus, Lui, Se dirigea avec les autres vers la ville de Luza (Béthel), et, là, étant entré dans la synagogue, Il y prit la Parole pendant un temps assez long. Il évoqua d'abord le passage de la Mer Rouge, puis les quarante années d'errance dans le désert, à cause des fautes qui avaient été commises par les Hébreux. Ensuite, l'Expiation accomplie, ils avaient pu passer le Jourdain à pied sec, comme leurs parents et grands parents avaient, eux, passé la Mer Rouge à pied sec. Tous aujourd'hui en Israël avaient à considérer cela comme une Figure qui devait à présent se réaliser pour eux : ils devaient recevoir le Baptême de l'Eau, et, s'ils demeuraient fidèles et observaient les Commandements de Dieu, ils entreraient eux aussi en possession d'une Terre Sainte et de la Cité de Dieu.

Jésus voulait parler de l'entrée dans la Jérusalem céleste, mais ceux qui L'écoutaient pensèrent à un Empire terrestre (à l'image de  ce qu'avait été celui de David puis de Salomon), et ils comprenaient que Le Seigneur leur promettait de les délivrer prochainement de la domination des Romains, qui leur pesait tant.

Il fit allusion aussi à l'Arche d'Alliance et à la sévérité de l'Ancienne Loi : celui qui touchait l'Arche était frappé de mort. Mais à présent, la Loi était accomplie et la Grâce leur était donnée en la personne du Fils de l'Homme. Cependant, à chaque fois qu'Il parla en ce sens, Il ne dit jamais : « C'est Moi Qui Suis le Libérateur attendu ». Il parla de Lui à la troisième personne.

Ayant évoqué Tobie, le fidèle Tobie, Il leur dit que bientôt l'Ange (c'est le mot employé ici par Clément Brentano, mais l'Ange qui a aidé Tobie est en fait l'Archange Raphaël) ramènerait dans la Terre Promise celui qui avait pratiqué si longtemps les Commandements de Dieu en Médie et à Ninive, sur la terre de l'exil.

Après avoir lu sur un rouleau un passage du Livre de Tobie, le Seigneur prit le livre de Judith et Il évoqua aussi cette veuve qui avait coupé la tête d'Holopherne, le fier Assyrien, et délivré ainsi la ville de Béthulie, en Samarie, non loin de Dotaïn,  alors qu'elle était assiégée par des milliers d'ennemis et que l'eau manquait déjà cruellement chez les assiégés. Là aussi, il y avait une Figure qui s'était accomplie dans le temps présent : bientôt, dit-Il, la Vierge sur laquelle Dieu avait, de toute Eternité, fixé les yeux, deviendrait grande et puissante, et l'on verrait tomber les têtes orgueilleuses de ceux qui assiégeaient les Béthulie d'aujourd'hui et de demain. Une veuve, Judith, avait coupé la tête d'un général ennemi; une Vierge écraserait, elle, la tête du Serpent qui avait autrefois réussi à tromper et pervertir Eve. puis Adam.

Le Sauveur rappela aussi les conditions qu'il fallait remplir pour pouvoir Le suivre : on devait renoncer à tout pour Lui, ne pas trop s'inquiéter des moyens de pourvoir à sa vie; car                      la régénération  est plus que la nourriture, et par conséquent, Celui qui a le pouvoir de régénérer les êtres dans l'Eau et dans le Saint-Esprit peut assurément pourvoir à l'existence de ceux auxquels Il a donné une seconde naissance. Il ajouta que ceux qui voulaient Le suivre devaient renoncer à tout, et même à leurs épouses, car ce n'était pas à présent le temps des semailles mais le temps de la Moisson.

Ceux qui L'écoutaient parler ainsi étaient dans l'admiration et éprouvaient pour Lui un respect immense; ils entendaient cependant souvent Ses Enseignements dans un sens encore trop grossier et matériel.

 

Tout ceci ayant été dit et entendu, le temps était venu pour Lazare de regagner Jérusalem et Béthanie. Beaucoup des amis que le Seigneur avait à Jérusalem étaient retournés chez eux aussitôt après le Baptême. Celles des Saintes Femmes qui, déjà, s'étaient rassemblées autour de Lui, étaient allées chez Suzanne à Jérusalem, et elles marchaient à présent sur des sentiers qui traversaient un désert parce qu'elles voulaient être dans quelques jours à Thébez où le Seigneur leur avait donné rendez-vous.  Le fils de Séraphia (la future « Véronique »), quitta Jésus ce jour-là, peut-être pour porter à sa mère et aux autres Saintes Femmes un nouveau message du Sauveur à propos de ce rendez-vous à Thébez.

 

Le 29 du mois hébraïque d'Elul,

l'équivalent de notre 1er octobre.
En l'An 26 de notre Ere.

En route vers En Shémès,

puis à En Shémès.

 

Jésus et une dizaine de disciples, dont deux ou trois seulement étaient avec Lui au Baptême de Jean, avaient quitté Luza et se dirigeaient à nouveau vers le sud, prenant la direction de la ville d'Ensemès, ou En Shémesh, une localité arrosée par le Cédron, à l'est du Mont des Oliviers. Ils passèrent à un moment sous une très belle allée de palmiers dattiers. Des dattes bien mûres étaient tombées sur quelques feuilles qui parsemaient le sol et des disciples semblaient craindre de les ramasser. Jésus leur dit qu'ils pouvaient les manger tranquillement. Ils devaient rechercher la Pureté dans ce qui est à l'intérieur d'eux-mêmes, et la préserver dans leurs paroles, qui viennent de l'intérieur, et non dans ce qui vient de l'extérieur et pénètre de là dans leur bouche pour les nourrir.

Sur la route, dans quelques maisons isolées, le Sauveur consola quelques malades; plusieurs d'entre eux furent guéris par Sa Parole, et ils se joignirent aussitôt à Lui.

Il arriva ensuite, avec ceux qui Le suivaient, au village d'En Shémesh. On y avait annoncé l'arrivée du « nouveau prophète », et un grand nombre de personnes, tenant leurs enfants par la main, s'approchèrent de Lui, Le saluèrent avec respect et se prosternèrent devant Lui. Il les fit se relever avec bienveillance. Les notables de cet endroit Le prièrent de venir chez eux, et, de là, des Pharisiens L'emmenèrent à l'Ecole religieuse. Tous ces gens étaient bien disposés et se réjouissaient d'avoir chez eux un nouveau prophète. Cependant, quand ils eurent appris par les disciples qu'Il était fils du charpentier Joseph, un homme de Nazareth décédé récemment, ils conçurent de Lui une opinion moins favorable. Pour ces notables, « fils d'un charpentier de Nazareth » n'était pas un statut social suffisamment élevé; comment « un fils de charpentier » pourrait-il être le Libérateur promis à Israël ? Comment pourrait-il commencer à lever les troupes nécessaires pour vaincre les Romains et les jeter hors de Jérusalem et hors d'Israël ? Comment pourrait-il rétablir en Israël le Royaume de David et de Salomon ? L'idée que David lui-même, avant d'être Roi, avait été d'abord simplement un jeune berger inconnu semblait ne plus pouvoir parvenir jusqu'à leur esprit.

Jésus leur ayant parlé du Baptême nécessaire, ils Lui demandèrent, pour Lui tendre un piège, lequel valait le mieux, son baptême ou celui de Jean ? Le Sauveur commença par reprendre ce que Jean disait de lui-même et de Celui qu'il était chargé d'annoncer. Lorsque le Messie viendrait, lui, Jean, s'effacerait, car il n'avait été que son Précurseur, celui qui s'avance devant pour ouvrir et aplanir les Chemins. Jésus ajouta que ceux qui ne respectaient pas le Baptême de Jean ne respecteraient pas davantage le Baptême du Messie. Anne-Catherine remarque  une fois de plus que Jésus ne disait pas « Moi », lorsqu'il était question du Messie. Il parlait de Lui à la troisième personne, mentionnant « le Fils de l'Homme » annoncé et Qui devait venir.

Il prit quelques aliments dans la maison où Il était entré, puis Il pria quelque temps avec les disciples avant de Se reposer.

 

Le 1er jour du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 2 octobre.
En l'An 26 de notre Ere.

En chemin, dans la région de Bethléem.

 

Le Seigneur et ceux qui L'accompagnaient quittèrent En Shémesh et passèrent le Cédron. Jésus ici ne suit pas les grandes routes. Dans les villes, à présent, on parle beaucoup de Son Baptême, de ce qui s'est produit à cette occasion, des paroles de Jean à Son sujet. On s'occupe aussi beaucoup de Lui à Jérusalem. Il ne veut Se montrer en public et au grand jour qu'après son la fin de Son grand Jeûne, après Son retour du Désert.

Le plus souvent, les disciples ne sont pas tous avec Lui, mais seulement deux d'entre eux. Les autres se dispersent dans la campagne et parlent aux bergers. Car des derniers sont tellement attachés à Jean que l'on pense d'abord partout que Jésus n'est que l'auxiliaire de Son Précurseur. D'ailleurs, on Le nomme ainsi : l'Auxiliaire. Les disciples parlent alors de l'Apparition de l'Esprit-Saint, Qui a suivi le Baptême, de la Parole à Voix de Tonnerre que tous ou presque tous ont pu percevoir. Ils disent aussi ce que Jean affirmait de lui-même et de son effacement nécessaire devant Celui qu'il était chargé d'annoncer. D'ailleurs, disaient les disciples, c'est ce caractère de « Précurseur » qui expliquait la rapidité et la précipitation de sa marche, que tous avaient pu constater : Jean se bornait à préparer la Voie, les Voies, les Chemins, pour Celui qu'il était chargé d'annoncer, pour Celui Qui venait derrière lui. Alors les bergers et les tisserands, nombreux dans cette région, se groupent pour écouter le Seigneur, entendent Ses Paroles, et des Paraboles qui leur sont destinées, sous les arbres ou sous les hangars. Ils se prosternent devant Lui, Jésus les bénit et, à nouveau, Il leur parle.

A ses disciples, comme aussi aux bergers et aux tisserands, Il précise que la Parole que beaucoup avait entendue au moment du Baptême dans le bassin, sur la petite île qui avait surgi du Jourdain : « Celui-Ci est Mon Fils Bien-Aimé en Qui J'ai mis toutes Mes complaisances » s'adresse en fait      à tous ceux qui reçoivent le Baptême du Saint-Esprit avec des dispositions saintes. Chacun d'eux, un disciple, un berger, un tisserand, devenait par son baptême « le Fils Bien-Aimé » du Tout-Puissant, « Celui en qui Il mettait » désormais « toutes Ses complaisances ». A condition bien sûr que ce Baptême soit reçu par chacun avec l'état intérieur approprié.

 

Dans toute cette région, Jésus Se propose de visiter différents lieux où Marie et Joseph se sont arrêtés lors de leur voyage de Nazareth à Bethléhem, à l'époque du recensement organisé par Auguste dans tout l'Empire romain. Le Sauveur a aussi l'intention de revoir Bethléhem et quelques localités dans lesquelles Marie a passé la nuit lors de la Fuite en Egypte. Récoltant partout ce qui a été semé autrefois, Il veut  engager le plus de personnes possibles à recevoir maintenant le Baptême qui les mettra sur le chemin du Salut.

 

Retour en arrière.

Mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent ici de notre mois de novembre.

En l'An 6 avant notre Ere.

Près de Nazareth, chez Anne, la mère de Marie.

 

(Pour bien saisir le sens de ces passages du Sauveur sur les lieux où Marie et Joseph avaient demandé l'hospitalité lors de leur voyage depuis Nazareth jusqu'à Bethléhem, peu de temps avant la naissance de Jésus, puis lors de la Fuite en Egypte, il faut revenir ici au moins à certaines circonstances de la fin de la grossesse de Marie).

Anne, la mère de Marie, avait alors perdu son époux, Joachim, depuis quelques années, et il lui avait été alors prescrit d'En-Haut, et confirmé par les Esséniens, qu'il ne lui fallait pas rester veuve mais se remarier. Elle avait ainsi épousé un homme qui avait un emploi au Temple, Eliud; il y inspectait les animaux destinés aux sacrifices. Une petite fille était née de ce mariage, une demi-soeur donc pour Marie; cette petite fille était âgée d'environ huit ans lorsque la naissance de Jésus eut lieu. Anne et Eliud avaient tenu à donner à cette enfant également le prénom de Myriam, l'équivalent hébreu de Marie.

La maison d'Anne était située à quelques kilomètres seulement de la maison de Marie et de Joseph, et Anne-Catherine Emmerick précise que les deux familles n'étaient pas réellement séparées : tant qu'Anne vécut, Marie et Joseph, qui avait pourtant son travail de charpentier, purent trouver ce dont ils avaient besoin matériellement chez Anne. La maman de Marie était persuadée que sa fille accoucherait à Nazareth et elle faisait toutes sortes de préparatifs pour que tous les membres de la famille soient convenablement reçus lorsqu'ils viendraient voir l'Enfant et sa mère.

 

Dans la nuit du 12 au 13 novembre

de l'An 6 avant notre Ere

Non loin de Jénin, dans l'actuelle Cisjordanie.

 

Joseph envisageait à cette époque de venir s'installer, après l'accouchement, dans la région de Bethléhem, dont il était originaire, et qui lui plaisait davantage que celle de Nazareth. A l'occasion d'un voyage à Jérusalem, pour un sacrifice au Temple, il était allé jusqu'à Bethléhem se renseigner à propos de l'obligation de venir se faire recenser et payer un impôt au lieu de sa naissance; mais il ne s'était pas encore inscrit sur les listes de recensement. Il avait profité de son passage à Bethléhem pour se renseigner aussi sur certains bois dont il voulait faire l'acquisition afin de bâtir une demeure pour Marie, l'Enfant et lui à Bethléhem. Lors de son retour vers Nazareth, alors qu'il marchait la nuit dans les environs de la ville de Ginae (aujourd'hui Jénin, en Cisjordanie), un Ange lui apparut et lui enjoignit de partir de Nazareth et de se rendre avec Marie à Bethléhem car c'était là que l'Enfant devait naître. Il lui fut dit de prendre peu d'affaires, et notamment qu'il n'y aurait pas besoin de couvertures brodées. En plus de l'âne sur lequel Marie voyagerait, il lui faudrait emmener avec eux une jeune ânesse d'un an, qui n'avait pas encore eu de petits. Il devrait la laisser courir en toute liberté et suivre à chaque fois le chemin qu'elle prendrait.

A Nazareth.

En novembre de l'An 6 avant notre Ere.

 

Lorsque Joseph arriva à Nazareth, il fit connaître à Marie et à Anne ce qui lui avait été prescrit la nuit dernière. Anne fut très attristée car, comme nous l'avons vu, elle s'était organisée et avait fait beaucoup de préparatifs pour accueillir la famille après que l'Enfant serait né, croyait-elle, à Nazareth.  Marie, elle, par humilité, n'avait pas voulu contrarier ce que sa mère organisait, mais, avant que son mariage ne soit célébré, les femmes qui s'étaient occupées de son instruction religieuse dans le Temple lui avaient remis des Ecrits avec les prophéties concernant l'Enfant de la Promesse, et elle savait que son accouchement devrait avoir lieu à Bethléhem.

 

Après leur départ de Nazareth, lorsqu'ils furent arrivés à Jénin, là où l'Ange était apparu à Joseph l'avant-veille, Joseph fit chercher, sur un pâturage que possédait Anne en cet endroit, une ânesse d'un an, comme cela lui avait été prescrit. Et effectivement, pendant tout le voyage, la course en liberté de la petite ânesse était en même temps comme guidée vers les lieux qui, à chaque fois, devaient servir d'étape.

 

Le 8 du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 19 novembre,

en l'An 6 avant notre Ere.

En chemin vers Bethléem.

Une maison inhospitalière.

 

Il faisait déjà nuit lorsque Joseph et Marie arrivèrent à une maison isolée. Joseph frappa et demanda l'hospitalité. Le maître du logis ne voulut pas ouvrir. Quand Joseph évoqua la situation de Marie, qui était enceinte, fatiguée, et ne pouvait pas aller plus loin, quand il dit qu'il ne demandait pas à être logé gratuitement, l'homme, toujours sans daigner ouvrir sa porte, protesta que sa maison n'était pas une auberge, qu'il voulait qu'on le laisse tranquille et qu'on cesse ainsi de frapper et de faire du fracas à sa porte. Tout cela fut dit de façon intraitable et grossière à Joseph à travers la porte fermée.

Ils continuèrent donc leur chemin, et, au bout de quelque temps, ils arrivèrent à un hangar où ils entrèrent et près duquel ils trouvèrent la petite ânesse qui les attendait.

 

Trente deux ans après.

Le 1er jour du mois de Tishri

l'équivalent de notre 2 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans la même maison.

 

Dans la matinée, Jésus arriva à la maison où cet homme intraitable, un berger, avait refusé d'ouvrir sa porte, avait refusé l'hospitalité à Joseph, avait refusé son hospitalité à Marie, pourtant à quelques jours de son accouchement. En revenant vers cette maison, le Sauveur cherchait à faire évoluer et progresser le plus possible les gens qui y étaient réunis.

Les disciples avaient parlé  du Baptême et de ce qui s'était passé, de Celui dont Jean le Baptiste était chargé de préparer les Voies. C'était Celui dont le Baptiste avait été le Précurseur Qui venait à présent frapper à leur porte. Mais le maître de maison, âgé maintenant, et toujours rude, toujours aussi peu disponible, et tous ceux qui étaient avec lui, dirent à peu près :

« Nous n'avons pas besoin de cet étranger. Nous avons la Loi de Moïse, que Dieu Lui-Même a donnée aux hommes. Et cela nous suffit ».

Jésus leur parla alors de l'Hospitalité et de la Miséricorde, ces deux devoirs que les Patriarches avaient si bien pratiqués. Si Abraham n'avait pas accordé son Hospitalité aux trois Anges qui étaient venus vers lui au Chêne de Mambré, près d'Hébron, est-ce que, dans cette maison, ici, on aurait l'espérance de recevoir la Bénédiction du Ciel ? Il leur parla ensuite en employant à dessein une sorte de Parabole à destination de celui qui avait le plus manqué jadis au devoir d'Hospitalité, et comme s'Il allait S'éloigner définitivement :

« Celui qui a eu le triste courage de repousser autrefois de sa porte une mère épuisée par les fatigues du chemin avec l'Enfant qui, en elle, était à quelques jours de sa naissance, celui qui a également insulté ce soir-là un vieillard demandant une Hospitalité bienveillante, celui-là doit repousser aujourd'hui l'Enfant devenu grand et le Salut qu'Il apporte avec Lui ».

Je vis ces Paroles, dit Anne-Catherine Emmerick, pénétrer comme un fer aigu dans le coeur de l'un des assistants, que je reconnus sans peine : c'était celui qui n'avait même pas daigné ouvrir sa porte pour signifier à Joseph son refus. Les plus âgées des personnes présentes montraient aussi les signes d'une grande agitation. Sans avoir nommé personne, et en Se servant de la forme de la Parabole, le Seigneur leur avait vivement reproché leur conduite d'autrefois. Le vieillard, touché cette fois et ressentant vivement le regret de sa faute, se jeta aux pieds de Jésus et le conjura de vouloir bien entrer chez lui et d'accepter d'y prendre un repas. Il fallait qu'il soit prophète pour connaître aussi exactement ce qui s'était passé dans sa maison il y a plus de trente ans. Cependant, Jésus ne voulut rien accepter. Il s'adressa aux bergers liés à cet homme dur dans sa maison et leur dit que tous les évènements qui intéressent l'Humanité sont disposés et figurés à l'avance. Le repentir et la pénitence ont pouvoir d'extirper jusqu'à la racine les fautes commises autrefois. L'homme, lorsqu'il veut réellement se corriger, renaît dans le Baptême du Saint-Esprit et porte des fruits pour la Vie éternelle. Et ayant ainsi offert une voie pour  celui qui avait manqué au devoir d'Hospitalité et de Miséricorde en une circonstance si importante, Il prit congé.  Au coupable, s'il voulait, de commencer à aller au bout de son repentir en demandant dans les jours prochains aux disciples de Jean son Baptême de pénitence dans le Jourdain.

 

Sur les chemins.

 

Ensuite, le Seigneur continua à marcher dans la vallée où la maison était située, instruisant ça et là les pauvres gens qu'il rencontrait. A un moment, des possédés, comme attirés, croisèrent Son chemin et L'appelèrent par Son Nom. Mais Il leur ordonna de se taire, et ils obéirent.

 

Une maison plus hospitalière.

 

Dans l'après-midi, Jésus arriva à une maison de bergers située sur une petite élévation de terrain, une maison où Marie, cette fois, avait été reçue. Le maître de la maison possédait de nombreux troupeaux. Des bergers et des ouvriers employés à fabriquer des tentes occupaient des cabanes qui s'alignaient dans les vallées environnantes. Ils travaillaient habituellement en plein air.

Dans ce coin du pays, il y avait de nombreux troupeaux et beaucoup de gibier. Anne-Catherine Emmerick y vit des pigeons rassemblés comme des poules et une autre espèce d'oiseaux, à longue queue, mais dont elle ne put préciser le nom. Les bois environnants étaient remplis d'animaux à cornes semblables à des chevreuils. Ils n'étaient pas farouches et se mêlaient même, ici et là, aux troupeaux des bergers.

Notre Seigneur fut très bien accueilli dans cette maison. Les maîtres, les enfants et les voisins avaient été au-devant de Lui et s'étaient prosternés à Son approche. Joseph et Marie y avaient été reçus autrefois, finalement, avec une grande bienveillance.

 

Retour en arrière.

Le 8 du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 20 novembre,

en l'An 6 avant notre Ere.

 

Joseph et Marie, très fatiguée, s'approchèrent d'une maison dont le maître commença par traiter grossièrement Joseph qui lui demandait humblement l'hospitalité. Il regarda la Sainte Vierge à la lueur d'une lanterne et railla Joseph de ce qu'il menait avec lui, qui était tout de même assez âgé déjà, une femme aussi jeune. (Si ce qu'a communiqué Anne-Catherine Emmerick est ici exact, Marie était née à la date équivalente de notre 18 mars, en l'An 21 avant notre Ere. Les jeunes filles se mariaient jeunes en Palestine à cette époque, et Marie avait à ce moment, la fin de sa grossesse, 15 ans et huit mois seulement).

Mais la maîtresse de maison s'approcha à son tour, vit Marie et eut pitié d'elle. Elle leur offrit amicalement une chambre dans un bâtiment attenant à la maison. Elle leur porta même ensuite quelques petits pains. Son mari se repentit de sa grossièreté, demanda pardon à Joseph et se montra ensuite très serviable envers les voyageurs hors du commun que la petite ânesse en liberté avait comme conduits jusqu'à leur porte ce soir-là.

 

Le 1er du mois hébraïque de Tishri,

nouvel An du judaïsme,

Fête de Roshhashana.

L'équivalent de notre 2 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Les fruits de l'Hospitalité accordée trente ans plus tôt.

 

Lorsque le Seigneur, donc, fut accueilli dans cette maison où Joseph et Marie avaient bénéficié de l'hospitalité, on Lui montra la chambre où Sa mère et son père nourricier avaient passé la nuit très peu de temps avant Sa naissance. A la suite des miracles qui avaient accompagné cette naissance, la femme qui avait eu pitié de Marie, et son mari, qui s'était repenti de sa grossièreté initiale envers Joseph, avaient transformé la chambre mise à la disposition des deux Voyageurs en Oratoire, et, plus de trente ans plus tard, c'était toujours un Lieu où l'on ne venait que pour prier. La pièce n'était autrefois qu'une alcôve dépendant d'une pièce plus grande; on l'en avait à présent séparée et l'Oratoire avait sa propre entrée. Les quatre angles de la pièce avaient été coupés de façon à donner à la pièce l'aspect d'un octogone tandis que la toiture, ici, présentait la forme d'un cône tronqué. Une lampe était suspendue au centre. Non loin de cette lampe, on avait disposé une table assez étroite à laquelle on pouvait s'appuyer pour prier. Et il y avait à cet endroit dans le toit une fenêtre que l'on pouvait ouvrir. L'endroit était décoré et entretenu, dit Anne-Catherine Emmerick, avec le même soin que, chez nous, pour une Chapelle. Celui qui autrefois fut d'abord grossier envers Joseph montra à Jésus l'endroit où Sa mère avait reposé. Plusieurs personnes avaient accompagné Jésus et son hôte dans l'Oratoire, et le Seigneur y prit même la Parole. Le vieux berger indiqua ensuite au Seigneur le lieu où Sa grand-mère avait aussi passé la nuit, car Anne, lorsqu'elle était venue voir Marie et l'Enfant à Bethléhem, avait logé elle aussi dans cette maison, sans doute parce que Marie lui en avait vanté l'Hospitalité. 

 

Il y avait dans cette demeure deux jeunes gens, les enfants de ceux qui avaient ainsi accueilli chez eux Marie et Joseph, et un vieillard tout courbé par les ans, et qui tenait à la main une petite houlette de berger. On présenta à Jésus des fruits, des légumes que l'on trempait dans une sauce et des petits pains cuits sous la cendre, et Il les accepta. Ces excellentes gens, dit Anne-Catherine, étaient amis des bergers qui allèrent rendre hommage à l'Enfant Jésus dans la crèche. Aussi connaissaient-ils  beaucoup de circonstances de l'enfance du Sauveur : l'adoration des Mages, les prophéties d'Anne et de Siméon, la Fuite en Egypte, les Enseignements de Jésus dans le Temple au milieu des Docteurs de la Loi. Et ils avaient pris l'habitude de fêter ces Evènements au jour convenable, dans leur Oratoire.

Ils interrogèrent alors le Seigneur avec beaucoup de simplicité : « Que va-t-il donc arriver ? On dit à Jérusalem que le Messie promis va se déclarer Roi des Juifs, qu'Il doit prendre en main le Sceptre et délivrer le pays du joug des Romains. Faut-il croire tout ce que l'on dit à ce propos ? »

Jésus leur répondit par une Parabole : Un Roi Puissant envoie Son Fils pour remonter sur Son Trône, relever les autels, et délivrer Ses frères du joug de l'Ennemi. Mais les hommes Le méconnaissent, Le poursuivent et Le maltraitent. Cependant, Il est glorifié, et fait entrer à Sa suite dans le Royaume de Son Père tous ceux qui observent Ses Commandements.

Le vieux berger conduisit ensuite le Sauveur chez une voisine que la paralysie tenait depuis plusieurs années comme rivée à son lit. Jésus la prit par la main, et lui ordonna de se lever. Elle le fit aussitôt, et Le remercia pour sa guérison en se jetant à Ses pieds. Il la releva doucement et elle le reconduisit alors jusqu'à sa porte. Elle avait été aussi courbée, dit Anne-Catherine, que la belle-mère de Pierre l'était avant d'être guérie par le Seigneur.

Jésus Se fit conduire alors par ses hôtes dans une vallée profonde où il y avait un assez grand nombre de malades. Il leur parla, les consola, et en guérit plusieurs, au moins une dizaine, dit Anne-Catherine Emmerick. Ensuite, le Sauveur revint avec ses hôtes dans leur maison et Il y passa la nuit.

 

Sur les lieux où Jean donne le Baptême.

 

Pendant ce temps, Jean continue à baptiser et l'on se rend encore en foule auprès de lui. Le beau palmier qui était près du bassin où le Sauveur a été baptisé a été transplanté là où tous ceux qui le souhaitent reçoivent le Baptême. L'arbre est toujours chargé de fruits, et ceux qui le veulent se tiennent d'une main à son tronc, comme le Sauveur  avait fait, lorsque l'eau du Baptême vient les régénérer. Au-dessus de cet arbre, Anne-Catherine distingue aussi des fleurs symboliques, des fleurs qui correspondent au renouveau profond que le Baptême apporte pour les êtres qui le demandent. Il y a ici, dans le cours du Jourdain, comme des langues de terre; on arrive par l'une d'elles, et l'on repart par une autre lorsque la Cérémonie est terminée.

 

Le 2 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent du 3 octobre

en l'An 26 de notre Ere.

Sur les routes et par les champs de la Judée.

 

En ce jour, les disciples s'étaient dispersés pour pouvoir mieux s'adresser aux ouvriers et aux ouvriers agricoles employés en cette région et les inciter à venir entendre Celui dont le Baptiste avait parlé, Celui dont il avait préparé les Chemins. Ces ouvriers dispersés dans les divers hangars se réunirent en effet et Jésus leur parla en Paraboles relatives à leurs occupations : le labourage, l'ensemencement des terres, les moissons, la paille que l'on jetait au feu.

En même temps, Il dit à Ses disciples qu'ils devaient eux aussi répandre la bonne semence en baptisant; et il désigna Saturnin et un autre pour aller, dans quelques jours, baptiser sur les bords du Jourdain, puisque c'était maintenant le temps de semer spirituellement.

 

Tandis qu'Il parlait, une troupe d'ouvriers passa un peu plus loin; ils portaient des bêches, des pierres, de longs bâtons. C'étaient des esclaves qui retournaient en leur lieu d'hébergement après avoir travaillé sur les champs ou sur les routes pour le compte de l'Etat. Ils s'arrêtèrent à quelque distance, prêtant l'oreille, mais sans oser s'approcher des Juifs qui écoutaient Jésus. Le Sauveur , les ayant fait avancer, leur dit que Son Père Céleste appelait tous les hommes. Tous ceux qui voulaient faire pénitence et recevoir le Baptême étaient égaux devant Lui.

Ces pauvres gens, touchés de ce qu'Il disait et de Sa Douceur, se jetèrent à Ses pieds et le conjurèrent d'aller à Samarie afin de les secourir dans leur misère. Il leur répondit qu'Il irait bientôt, mais que, maintenant, Il devait Se retirer un certain temps à l'écart, pour mieux Se préparer à l'Administration du Royaume que Son Père L'avait chargé d'établir sur la terre.

 

Les bergers de la région le conduisirent ensuite en divers lieux où Sa mère était allée, mais Il connaissait ces lieux mieux que ses guides; du coup ceux-ci, plein d'admiration Lui dirent qu'Il était un prophète et un fils pieux, puisqu'Il connaissait tous les chemins par lesquels sa mère était passée autrefois et qu'Il recherchait encore aujourd'hui chacune des traces de ses passages en tel ou tel endroit. Jésus, ayant exhorté au bien ceux qui L'écoutaient et ceux qui L'accompagnaient Se dirigea alors vers la ville de Betharaba, aujourd'hui Bet ha'Arava, au sud-est de Jéricho.

 

A Bet ha'Arava.

 

Il était un peu plus de midi lorsqu'Il y arriva. Sur une grande Place, Il trouva un siège de pierre fait pour les prises de Parole par les Prophètes; Il y monta et S'adressa à  ceux qui se rassemblèrent pour L'écouter. Ses auditeurs ici étaient animés de bonnes dispositions envers Lui.

 

 

Le 3 du mois hébraïque de Tishri,

Dans la nuit du 3 au 4 octobre de l'An 26 de notre Ere

Sur les chemins.

Vers la Vallée des Bergers de la Nativité.

 

Jésus, accompagné de quelques uns de Ses auditeurs, Se dirigea ensuite, à partir de ce qui est aujourd'hui Bet ha'Arava (au sud-est de Jéricho donc), vers la Vallée des Bergers, située à l'est de la ville de Bethléem, à quelques heures de marche de l'endroit où ils se trouvaient. Se dirigeant vers Bethléem et cette vallée des Bergers, ils avaient donc « à leur gauche », la Mer Morte et la Communauté Essénienne de Qoumrân; nous savons que Joachim, le père de Marie, qui faisait partie de ces Esséniens qui avaient le devoir de se marier, s'était rendu à Qoumrân après l'affront qu'il avait subi au Temple de Jérusalem à cause de la stérilité persistante d'Anne : vingt ans en effet avaient séparé la naissance de Marie d'Héli et celle de Marie de Nazareth, sa soeur cadette. « A leur droite », ils laissèrent successivement, sans en approcher, Jéricho, puis Béthanie. Anne-Catherine ne voit pas où ils passèrent la nuit; elles les vit à un moment sous un hangar ouvert au vent, mangeant, à la façon des enfants qui vagabondent à travers les champs, des fruits, des baies rougeâtres qu'ils avaient recueillies en chemin, ainsi que des épis qu'ils avaient ramassés dans les champs. Ils ne burent que de l'eau. Pendant la nuit, ils marchent séparés les uns des autres; Jésus leur indique un endroit où ils doivent se retrouver à une heure qu'Il précise, et tous se répandent alors dans la campagne, s'adressant aux paysans et aux ouvriers agricoles qu'ils peuvent  ainsi rencontrer au petit matin. Ils leurs parlent du Messie, les engagent à bien prendre conscience des moments où, les uns ou les autres, ils avaient offensé Dieu, ils les incitent à bien former en eux une intention ferme de réparer leurs fautes et de ne plus y retomber, ils leur demandent s'ils ont reçu déjà le baptême de pénitence que donnent dans le Jourdain tout proche le Baptiste et ses disciples, et, s'ils ne l'ont pas encore reçu, ils les invitent à se rendre aux lieux de ce Baptême sans tarder. Pour ceux qui, parmi leurs interlocuteurs du petit matin, avaient déjà reçu le baptême de pénitence donné par Jean, ils leurs parlent du Baptême plus élevé que donnent désormais les disciples de Celui dont Jean avait frayé la Voie et qu'ils avaient décidé, eux, de suivre à présent alors qu'Il parcourait en tous sens la Terre Promise à leurs aïeux.

Pendant cette nuit, le Seigneur, de Son côté, marche Seul dans les collines, et Il est continuellement occupé à prier.

Anne-Catherine dit à ce propos à Clément Brentano qu'elle avait d'ailleurs entendu les disciples se plaindre doucement à Jésus de la vie dure à laquelle Il Se condamne, de Ses marches nu-pieds, de Ses Jeûnes, de Ses veilles prolongées malgré le froid et l'humidité. Ils insistaient auprès du Seigneur pour qu'Il ne compromette pas Sa santé en procédant de cette façon. Mais le Sauveur les reprend alors doucement, et Il retourne à Ses Occupations.

 

 

  

 

Le 3 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 4 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Chez les Bergers de la Nativité

et leurs descendants.

 

Au petit matin, comme le jour commençait à poindre, j'ai vu, dit Anne-Catherine, Notre-Seigneur et Ses disciples se diriger vers la Vallée des Bergers. Les Bergers des environs étaient déjà au courant de Son arrivée. Ils avaient reçu le Baptême de Jean, et plusieurs parmi eux avaient eu des Songes et des Visions qui annonçaient Sa visite. Quelques uns d'entre eux étaient « de garde », les yeux fixés sur le versant de la hauteur que Jésus devait descendre pour parvenir jusqu'à eux. Ils L'aperçurent en fait dans la Vallée, environné d'une Lumière divine. Car malgré leur condition sociale très modeste, ils avaient reçu de grandes Grâces et pouvaient percevoir là où beaucoup d'autres plus instruits, par exemple les Docteurs de la Loi, restaient souvent comme aveugles.

Aussitôt qu'ils virent de loin Jésus dans la Vallée, ils sonnèrent du cor pour réveiller leurs compagnons ou les avertir qu'il fallait venir en toute hâte. Dans toutes les circonstances un peu importantes, ils se servaient ainsi de leurs cors pour se prévenir au loin les uns les autres, ce que font également les bergers européens avec ce bel instrument qui sonne juste et que nous nommons le Cor des Alpes.

Lorsque Jésus S'approcha, les Bergers, leur bâton à la main, la tête profondément inclinée,  s'agenouillèrent devant le Sauveur; plusieurs d'entre eux se prosternèrent même devant Lui face contre terre. Le Seigneur les fit se relever. Pour la plupart, ils portaient un vêtement en peau de mouton, soit complètement fermé, soit, pour certains, ouvert sur la poitrine. Chacun d'eux avait un petit sac en travers sur les épaules.

Ils saluèrent Jésus en récitant d'abord la fin du Psaume 72, de Salomon, celui où est présenté le Roi messianique promis jadis par Isaïe et Zacharie, celui où la venue des Rois Mages, à laquelle les parents de plusieurs bergers avaient assistée, était comme figurée d'avance, tout comme la Bienveillance de Jésus envers « les petits » :

 

Le Roi promis.

 

O Dieu, donne au Roi Ton Jugement,

au fils de Roi Ta Justice,

qu'il rende à Ton peuple sentence juste

et jugements à tes petits.

 

Montagnes, apportez, et vous aussi collines,

la Paix au peuple.

Avec Justice Il jugera le petit peuple,

 Il sauvera les fils de pauvres,

Il écrasera leurs bourreaux.

 

Il durera sous le soleil et sous la lune

siècle après siècle;

Il descendra comme la pluie sur le regain,

comme la bruine mouillant la terre.

En Ses jours Justice fleurira

et il y aura grande Paix jusqu'à la fin des lunes;

Il dominera de la mer à la mer,

et du Fleuve jusqu'aux extrémités de la terre.

 

Devant Lui se courbera la Bête,

Ses ennemis lécheront la poussière;

les rois de Tarsis et des îles

rendront tribut.

 

Les Rois de Saba et de Seba

feront offrande;

tous les Rois se prosterneront devant Lui,

tous les païens Le serviront.

 

Car Il délivre le pauvre qui appelle

et le petit qui est sans aide;

compatissant au faible et au pauvre,

il sauve l'âme des pauvres.

De l'oppression et de la violence, Il rachète leur âme,

leur sang est précieux à Ses yeux,

Qu'il vive et que lui soit donné l'or de Saba

on priera pour Lui sans relâche,

tout le jour, on Le bénira.

 

Foisonne le froment sur la terre,

qu'il ondule au sommet des montagnes,

comme le Liban lorsqu'il éveille ses fruits et ses fleurs,

comme l'herbe de la terre !

 

 Soit béni Son Nom à jamais,

qu'il dure sous le soleil !

Bénies seront en Lui toutes les races de la terre,

que tous les païens le disent Bienheureux !

 

Béni soit Yahvé, le Dieu d'Israël,

Qui Seul a fait des merveilles;

béni soit à jamais Son Nom de Gloire,

toute la terre soit remplie de sa Gloire !

Amen ! Amen !

 

Les disciples, bien sûr, et le Seigneur également, reprenaient ce Psaume, que tous savaient par coeur, avec les Bergers.  Ce fut un très beau moment dans la Vallée, sous le soleil du petit matin.

Les Bergers laissèrent passer quelques instants, puis les principaux d'entre eux se firent signe, et ils récitèrent un autre Psaume, du Roi David cette fois, le Psaume 110, celui que nous nommons « Le Sacerdoce du Messie »; les Honneurs qui furent rendus à Jésus dès Sa naissance, et dont les Bergers avaient conservé pieusement les traces, sont également prophétisés, ainsi que plusieurs autres faits qui devaient se produire ultérieurement :

 

Oracle de Yahvé à Mon Seigneur :

« Siège à Ma droite,

tant que J'aie fait de tes ennemis l'escabeau de Tes pieds ».

Ton Sceptre de Puissance, Yahvé l'étendra :

depuis Sion, domine jusqu'au coeur de l'Ennemi.

 

A Toi le Principat au jour de Ta Naissance

les honneurs sacrés dès le sein, dès l'aurore de Ta jeunesse.

 

Yahvé l'a juré, Il ne s'en dédiera pas :

« Tu Es Prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech ».

 

A Ta droite, Seigneur,

Il abat les rois au Jour de Sa colère,

Il fait Justice des Nations, entassant des cadavres,

Il abat les têtes sur l'immensité de la terre.

Au torrent Il S'abreuve en chemin,

c'est pourquoi Il redresse la tête.

 

 

Là aussi, tous récitèrent en même temps que les Bergers. Et, au moment où furent prononcés les deux derniers vers, la scène de la Passion qui est préfigurée ici se montra avec précision à l'Esprit du Seigneur.

Les Bergers de cette Vallée heureuse étaient vraiment comme tous les Hébreux de ce temps auraient dû être. Jésus leur témoigna beaucoup d'amitié et leur parla de leur bonheur. Avançant avec eux dans la Vallée, Il entra ensuite, un peu plus loin, dans des cabanes disséminées à travers le vallon, instruisant ceux qui s'y trouvaient au moyen de Paraboles empruntées le plus souvent aux travaux de la vie pastorale. Il parcourut ainsi avec eux la Vallée dans la direction de Bethléhem  et de la Tour des Bergers. Il leur dit qu'Il avait voulu venir les voir à cause de la visite qu'ils avaient effectuée jadis à Son berceau, et de l'amour qu'ils Lui avaient témoigné ainsi qu'à Sa mère. Bientôt, leur dit-Il, Il serait Lui-Même un Pasteur, et Il aurait sous Sa Responsabilité d'autres Pasteurs. Avec eux, Il réunirait les brebis dispersées, leur donnerait la nourriture dont elles avaient besoin, et les conduiraient jusqu'à la Fin des Siècles dans de gras Pâturages.

Les Bergers lui parlèrent de l'Apparition des Anges, de la Sainte Famille et de l'Enfant. Ils avaient vu aussi Son Image dans l'Etoile qu'ils aperçurent au-dessus de la Grotte. Ils parlèrent encore des Rois Mages, de leur Tour que les Rois avaient aperçue en observant les astres; ils évoquèrent aussi les riches présents que ces Rois leur avaient laissés. Ils avaient utilisé dans leur Tour, et dans leurs cabanes, les moins précieuses des étoffes qu'ils leur avaient données. Parmi eux se trouvaient des Bergers assez âgés à cette époque, et qui, plus de trente ans plus tôt, avaient été à la Crèche. Ils redirent au Sauveur tout ce qu'ils avaient vu alors.

 

 

Le 4 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 5 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Chez les enfants, puis sur les tombes

des trois premiers Bergers de la Nativité.

 

Le lendemain, les Bergers conduisirent Notre-Seigneur et les disciples à la maison où demeuraient les fils des trois vieux Bergers, morts aujourd'hui, qui avaient, avant tous les autres, appris des Anges la Naissance du Sauveur et qui Lui avaient rendu, les premiers, leurs hommages. Ils étaient enterrés non loin de leur habitation. Leurs trois fils, déjà âgés à présent, étaient l'objet d'un respect particulier, bénéficiaient d'une sorte de suprématie que tous ici, spontanément, leur accordaient.    Ils reçurent le Seigneur avec joie et humilité, et Le conduisirent à la sépulture de leurs pères. Elle était située sur une colline isolée et plantée de vignes. Les vignobles d'ailleurs se continuaient au loin et s'étendaient alors presque jusqu'à Gaza.

Tous alors gravirent cette colline, et, dans une caverne où la lumière parvenait par le haut, ils parvinrent jusqu'aux trois tombes qui étaient disposées là, deux à quelque distance l'une de l'autre, parallèlement, et la troisième au milieu, un peu plus loin, et à angle droit entre les deux autres. Pour que Jésus puisse revoir le visage de ceux qui étaient venus Le saluer les premiers, dès le lendemain de Sa Naissance, les tombes des pères furent ouvertes avec respect par leurs fils et Anne-Catherine remarqua le visage bruni, par le travail et par la mort, des trois hommes dont le corps était à présent soigneusement enveloppé de bandelettes. Chacun se recueillit et des prières silencieuses s'élevèrent doucement vers le Ciel.

Les tombes ayant été ensuite refermées, les trois fils montrèrent au Sauveur leurs trésors. C'étaient les présents des Mages, que leurs pères avaient conservés sans y toucher, pour la plus grande partie d'entre eux. Il y avait là, cachés dans un renfoncement de la caverne, plusieurs barres d'or pur et de très riches étoffes entremêlées ici et là de fils d'or. Ils demandèrent au Sauveur s'ils pouvaient les consacrer au service du Temple. Jésus leur répondit qu'ils devaient les conserver pour la Communauté de croyants qu'Il allait constituer bientôt autour de Lui et qui formerait prochainement comme un Temple nouveau. Et Il leur annonça qu'un Lieu de prières sacré serait élevé un jour sur l'emplacement des trois tombeaux de leurs pères. Ce serait l'Eglise des Bergers.

 

A la Grotte de la Nativité.

Le 5 octobre de l'An 26 de notre Ere.

 

Ils se rendirent ensuite tous ensemble jusqu'à la Grotte de la Nativité. Tout en suivant l'un des trois sentiers qui conduisait à cette Grotte et en traversant une belle vallée pleine de rangées d'arbres fruitiers, les Bergers parlèrent à Jésus du Chant des Anges au moment où ils leur étaient apparus, et Anne-Catherine Emmerick put entendre ces sublimes mélodies. Les Anges étaient apparus chez les

 

 

Bergers en trois endroits différents : d'abord là où se trouvaient les trois premiers Bergers qui furent prévenus, puis à la Tour des Bergers, enfin à proximité du puits près duquel, hier, le Seigneur avait été reçu. C'est à la Tour des Bergers que les Anges apparurent en plus grand nombre. Ils paraissaient grands, majestueux, mais ils n'avaient pas d'ailes, ou bien les Bergers ne les virent pas. Tout en cheminant, les habitants de cette Vallée heureuse montrèrent au Seigneur et à Ses disciples la Grotte de Maraha, la nourrice d'Abraham, Grotte où, à un moment, Marie se réfugia avec Jésus Enfant.

 

Quand, de Bethléem, on voulait se rendre à la Grotte de la Nativité, il fallait sortir de la ville par la Porte du sud, celle où passe la route qui mène à Hébron, et, au-delà, à Yutta (où  avaient logé Elisabeth et Zacharie, les parents du futur Baptiste). La grotte de la Nativité et les grottes voisines appartenaient aux Bergers, qui y abritaient leurs troupeaux, et les gens de Bethléem n'y allaient jamais. Le futur père nourricier de Jésus, Joseph, dont l'ancienne maison de famille était située au midi de la ville, connaissait très bien tout ce pays autour de Bethléem car son père possédait des pâturages aux environs. Souvent, dans sa jeunesse, pour fuir les tracasseries ou les moqueries, ou le harcèlement de ses frères (Eliab, Cléophas, Zadoq, ainsi que celui qui fut plus tard le père de Jonadab, tous moins portés que Joseph au recueillement, à la méditation et à la prière), Joseph allait se réfugier chez les Bergers pour y trouver le calme. La future Grotte de la Nativité était donc connue de lui dès son enfance. Lorsque Marie avait été sur le point d'accoucher, Joseph était passé exprès à une demi-journée de marche de Jérusalem; il avait évité les villes et les localités un peu importantes, choisissant à dessein, pour y demander l'hospitalité, des maisons du pays habitées par des Bergers. Ils devaient s'arrêter souvent et ne faisaient que de petites journées car la façon dont Marie, enceinte, était obligée de s'asseoir sur l'âne la fatiguait beaucoup.

 

A l'époque où Jésus visita la Grotte de la Nativité, elle avait subi de grandes modifications : les Bergers l'avaient transformée en un lieu de prières, un Oratoire. Pour eux, il ne fallait pas que les pieds des humains viennent souiller un Lieu consacré par de si grands Evènements. Ainsi avaient-ils réalisé, tout autour de la Grotte, une sorte de corridor qui en était séparé par une balustrade. De l'autre côté du corridor, on avait creusé dans le roc de petites cellules un peu semblables à celles que pourraient occuper des moines en un tel endroit. La Grotte avait donc été, en un peu plus de trente ans, assez considérablement aménagée et élargie par les Bergers. Les murailles et le sol étaient couverts de tapis donnés jadis par les Rois Mages; ces tapis étaient de couleurs bigarrées, et Anne-Catherine Emmerick put y voir des motifs qui représentaient de petites pyramides.

C'était le vendredi soir; l'heure à laquelle commençait la célébration du Sabbat. Les Bergers allumèrent des lampes ici et là dans la Grotte. L'auge qui avait servi de berceau au Seigneur était encore au même endroit. Jésus montra aux Bergers l'endroit précis où Il était né, ce qu'ils ne connaissaient pas. Il leur adressa un discours pour fêter le Sabbat et leur dit que Son Père céleste avait désigné cet endroit pour Sa naissance : en effet, après le meurtre d'Abel par Caïn, leurs parents, qui sont aussi les nôtres, s'infligèrent une pénitence de sept ans. Au bout de ces sept ans, c'est dans cette Grotte que fut conçu Seth, l'enfant de la Promesse, ce fils qui fut donné à Eve et à Adam pour remplacer Abel. Comme Abraham bien après lui, Seth fut allaité dans la Grotte de Maraha, celle que l'on nomme justement « la Grotte de l'allaitement ». Après la naissance de Seth, Adam engendra encore « des fils et des filles » dit le Livre de la Genèse, V, 4. Anne-Catherine Emmerick nous apprend que les frères de Seth furent jaloux de lui, comme, plus tard, les enfants de Jacob furent jaloux de Joseph. Aussi Seth fut-il caché assez souvent par Eve  dans cette Grotte : elle ne voulait surtout pas qu'un autre de ses fils recommence avec Seth ce qui s'était produit jadis avec Abel. Plus tard, bien plus tard, Abraham avait habité dans cette Grotte, tout comme, à un moment, son petit-fils Jacob. C'est pour toutes ces raisons, et pour d'autres encore, leur dit Jésus, que cette Grotte devait être le Lieu de la Nativité.

La langue latine fait bien entendre comment Marie, celle que les humains prient avec tant de ferveur dans les « Ave Maria », vient en quelque sorte répondre à Eve dans l'histoire de la Création : « Eva », le nom  latin d'Eve, est en effet l'anagramme de « Ave ». Ainsi, là même où Eve avait conçu Seth, l'enfant promis pour remplacer Abel mis à mort par son frère, Marie a donné naissance à Joschuah (Jésus), l'Enfant d'une autre Promesse, une Promesse plus haute. Au même lieu, celle qui avait succombé jadis à la parole du Tentateur conçut un enfant, et celle qui devait permettre le triomphe contre le Tentateur, donna naissance à un autre enfant, au Sauveur, à Celui qui allait prendre sur Lui toutes les fautes des humains, y compris celles d'Eve, d'Adam et de Caïn, leur fils premier-né, le meurtrier d'Abel, son frère.

 

Le 6 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 7 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans les maisons des Bergers.

 

A son retour de la Vallée des Bergers avec Ses disciples, Jésus, en plusieurs maisons dispersées dans la campagne environnante, rendit visite à d'autres Bergers pour consoler et instruire « ces bonnes gens » dit Anne-Catherine Emmerick. Parfois, les disciples entrent seuls dans la maison, expliquant les Enseignements de leur Maître et racontant ce qui s'est passé à Son Baptême.

Saturnin baptisa plusieurs personnes trop âgées désormais pour se rendre de là jusqu'aux bords du Jourdain, au lieu où se tenait à présent le Baptiste. Pour les baptiser, on se servit ici d'eau que l'on avait puisée à la Source voisine de la Grotte de la Nativité et dans laquelle on versa un peu de l'eau sacrée qui avait servi au Baptême du Seigneur.

Le Baptême de Jean n'était précédée que d'une confession générale des fautes de celui qui demandait ce Baptême; mais le Sauveur ayant accès à toutes les pensées et arrière-pensées  de chacun de ceux dont Il croisait le chemin, ayant possibilité de lire immédiatement au plus profond du coeur et de l'âme de chacun, étant capable de sonder « les reins et les coeurs », ceux qui demandaient le Baptême à Ses disciples ou à Lui-Même devaient procéder à une confession précise de leurs fautes les plus graves et exprimer leur repentir avant de pouvoir recevoir la promesse de leur Pardon. La confession avait lieu en effet sous le Regard du Fils de Dieu, ou au moins sous le regard de quelqu'un qui Le représentait et représentait l'Eternel en Personne.

Les vieillards baptisés par Saturnin se mirent à genoux, la poitrine découverte; un grand bassin était devant eux, empli de l'eau qui allait servir pour leur Baptême. Ils baissèrent la tête et furent baptisés. Dans la formule dont se servaient les disciples à ce moment, tout comme dans la formule utilisée par Jean, il était question de Yahvé, et des trois Grâces dont l'homme a besoin, une pour son esprit, une pour son âme et une pour son corps. Les disciples de Jésus mentionnaient en plus l'Envoyé de Yahvé.

Le Sauveur passait les nuits sur les collines des environs, occupé à prier. Il Se préparait peut-être ainsi à Son Jeûne de 40 jours, dont la date approchait. Vers la fin de Son séjour chez les Bergers, Il dit à Ses disciples qu'Il voulait aller rendre visite, Seul, à des gens qui L'avaient reçu avec bonté, ainsi que Marie et Joseph, au moment de la Fuite en Egypte. Il avait des malades à guérir et un pécheur à convertir. Car, ajouta-t-Il « Chacun des pas de Marie a été marqué par des Bénédictions ». S'appuyant sur ces Bénédictions, Il cherche, pour les conduire au Salut, tous ceux qui ont reçu autrefois la Sainte Famille avec bienveillance. En effet, comme à chaque Epoque, un acte de miséricorde a attiré les Grâces du Ciel sur son auteur. Tout comme Il recherche à présent, leur dit-Il, ceux qui ont bien accueilli autrefois Sa mère et Son père nourricier, ainsi Son Père céleste recherchera-t-Il un Jour tous ceux qui auront fait un peu de bien au moindre de Ses frères parmi les humains.

Il recommanda à Ses disciples de L'attendre le surlendemain auprès d'une grotte voisine d'une ville qu'Il leur indiqua,  dans le pays d'Hébron, et Il S'éloigna.

 

 

Le 7 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 8 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers Anim (au sud de Yutta),

 puis à Anim.

 

Si, partant de Jérusalem, le voyageur ou le pèlerin se rend à Bethléem, puis à Hébron, s'il va ensuite jusqu'à Yutta, la petite ville d'Elisabeth et de Zacharie, et de là un peu plus loin encore vers le sud, il parviendra à la petite localité nommée Anim, sur le Haré Anim, non loin de la frontière de ce qui était autrefois, au temps de Jésus, la limite vers le sud du Royaume d'Hérode. Peut-être est-ce aujourd'hui la localité de Mahané-Yattir; sinon, l'ancienne localité d'Anim n'en est pas très éloignée. C'est là que le Sauveur arriva, suivant les pas de Marie et de Joseph plus de trente ans plus tôt, au moment de la Fuite en Egypte. Si, en effet, au retour d'Egypte, Joseph, Marie et l'Enfant Jésus sont revenus par Gaza et le bord de la Méditerranée, à l'aller, au moment où Jésus était menacé par l'imminence du Massacre des Innocents, ils étaient passés par l'intérieur des terres : Hébron, les environs d'Arad, la ville de Nessana ( non loin de laquelle se trouve aujourd'hui un « Check Point » pour la frontière entre Israël et l'Egypte), le Djebel Magara, la ville d'Ismaïlia et Héliopolis.

 

Retours en arrière.

 

La localité d'Anim est mentionnée dans le Livre de Josué (XV, 48 à 58) parmi les villes qui, en montagne, faisaient partie du territoire conquis par la Tribu de Juda. Anim est nommée après Esthémoa, qui se trouve à quelques kilomètres au sud de Yutta. Parmi ces  villes figuraient aussi Qiriyat-Arba, ce qui est l'ancien nom d'Hébron, et Ephrata, ce qui est l'ancien nom de Bethléem.

 

C'est avant d'arriver à Anim, que Marie, au sud d'Hébron, après Jutta, avait montré de loin Jean-Baptiste enfant à Jésus, alors qu'Elisabeth avait confié son fils aux Esséniens et au Désert, aux Esséniens du Désert, pour le mettre lui aussi à l'abri des tentatives meurtrières d'Hérode.

A l'époque de la Fuite en Egypte, la ville d'Anim était habitée par des gens méprisés et bannis, qui s'étaient établis là, sans doute à la suite d'une guerre où ils avaient été vaincus.

 

Entre le 30 du mois hébraïque d'Ab et le 10 du mois d'Elul.
L'équivalent de la période allant du 3 au 10 septembre dans notre calendrier,

en l'An 5 avant notre Ere.

A Anim.

 

Joseph conduit l'âne sur lequel Marie, portant Jésus dans ses bras, est assise. Il se fait tard.             Ils arrivent devant une maison isolée.

Joseph aide Marie à descendre de l'âne. Puis ils entrent dans cette maison, une sorte d'auberge pour les gens qui voyagent dans le désert. Il y a là des cabanes et des hangars adossés à une hauteur.   Aux alentours, on voit ici et là des fruits sauvages.

Les habitants de cette hôtellerie sont des chameliers. D'ailleurs plusieurs chameaux se déplacent dans des pâturages entourés de haies.

Ces gens sont assez farouches. Ils se livrent au brigandage de temps à autre. Et, pour certains,        ce n'est pas seulement de temps à autre.

Cependant, ils reçoivent très bien Joseph, Marie et l'Enfant et ils leur donnent l'Hospitalité.

Parmi ceux qui accordent l'Hospitalité à Joseph, Marie et Jésus Enfant, il y a un homme âgé d'environ vingt ans et qui se nomme Ruben.

 

 

Le 7 du mois hébraïque de Tishri

L'équivalent de notre 8 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans la localité d'Anim.

 

Le Seigneur Se dirige vers Anim, environ à une vingtaine de kilomètres au sud d'Hébron. Le pays qu'il traverse, bien que fertile, n'est pas cultivé à cette époque.

Là où Il arrive, il y a un enclos où paissent une quarantaine de chameaux. Des cabanes sont disposées là, ainsi que des hangars. Les cabanes sont sur une sorte de hauteur, et sur cette colline,   il y a un grand nombre d'arbres fruitiers sauvages.

Jésus entre dans une espèce d'hôtellerie destinée aux caravaniers qui voyagent dans le désert.       Les maîtres de maison sont eux-mêmes caravaniers.

Parvenu à cette maison où, trente ans plus tôt, Marie, Joseph et Lui avaient été bien accueillis,        le Sauveur demanda l'Hospitalité. Le maître de maison s'appelait Ruben, il avait une cinquantaine d'années. Jésus, lui ayant adressé la parole et ayant fixé Son Regard sur lui, il sembla à Ruben qu'un Eclair avait pénétré jusqu'à son coeur; il se sentit ému et effrayé à la fois. Les paroles, le salut du Sauveur avaient été pour lui comme une Bénédiction : « Seigneur », Lui dit-il, sans pouvoir contenir son émotion, « il m'a semblé que la Terre Sainte était entrée dans ma maison ».

Jésus lui répondit que s'il croyait à la Promesse et ne rejetait pas Celui Qui devait en être l'Accomplissement, il recevrait réellement la Terre Sainte en héritage. Il parla ensuite des fruits que nos bonnes actions envers les autres faisaient venir vers nous. Il venait lui annoncer le Salut pour le récompenser de l'Hospitalité qu'ils avaient manifestée autrefois en recevant Sa mère et Son père nourricier, obligés de fuir pour Le cacher, Lui, sur une terre étrangère. Il ajouta : « Aucune des actions de l'être humain n'est indifférente : elles portent leurs fruits, bons ou mauvais ».

Il faudrait lire et relire, méditer, entendre vraiment ce que le Seigneur dit ici à Ruben, à cet homme devenu maître de maison, à celui qui, en sa jeunesse, n'avait pas refusé l'hospitalité à Marie, Joseph et Jésus Enfant fuyant en Egypte pour s'y mettre, durant quelques années, à l'abri des machinations meurtrières d'Hérode. Aucune des actions de l'être humain n'est indifférente; toutes les actions des humains portent leurs fruits, soit bons, soit amers,  pour celui qui a agi.

Entendant cela, Ruben se jeta aux pieds du Sauveur et dit : « Seigneur, comment pouvez-vous entrer dans la maison d'un malheureux, de quelqu'un qui a commis tant de fautes dans sa vie ? ». Jésus lui répondit qu'Il était venu pour ramener les pécheurs à Dieu et leur rendre leur innocence. Mais le pauvre homme continua à parler de ses misères, de celles de ses voisins, fautifs et malheureux comme lui; il parla aussi de ses petits enfants, qui étaient malades et souffraient beaucoup. Notre-Seigneur lui dit que s'il croyait en Lui, s'il consentait, lui, à se faire baptiser, ses petits enfants retrouveraient la santé. Ruben, selon le rite de l'hospitalité antique, lava alors les pieds du Seigneur, et il Lui offrit tout ce qu'il avait de rafraîchissements.

Bientôt, des voisins arrivèrent, et Ruben leur dit Qui était Jésus et ce qu'Il lui avait promis. Il y avait parmi les nouveaux arrivants un des parents de Ruben, du nom d'Issachar.

Ruben conduisit ensuite le Sauveur auprès de ses petits-enfants. Ils visitèrent en même temps plusieurs femmes qui avaient des flux de sang.

Jésus S'approcha des enfants malades, les regarda avec Bienveillance puis leur ordonna de se lever. Ils le firent, et furent guéris aussitôt.

Puis, pour les femmes malades de flux de sang, Il fit préparer sous une tente un grand baquet rempli d'eau. Ayant pris l'un des deux récipients fermés qu'Il portait sous Sa longue tunique, des gourdes de peau ou de petites calebasses fermées qui contenaient de l'Eau du Jourdain et de Son Baptême, Il versa de cette Eau dans le grand baquet et la bénit. Il invita les femmes malades à faire une prière puis à entrer dans le baquet, et Il S'éloigna.

Les femmes, s'étant baignées dans cette Eau, en ressortirent complètement guéries et vinrent alors retrouver le Seigneur pour Le remercier. Il les invita alors tous et toutes à se rendre dès qu'ils le pourraient jusqu'au Jourdain pour y recevoir le Baptême.

On Lui demanda si l'Eau du Jourdain avait une vertu particulière. Il leur répondit que le cours du Jourdain ainsi que toutes les localités importantes de la Terre Sainte avaient été mesurées et disposées par Son Père céleste avant que le Pays soit habité, avant même que la Palestine et le Jourdain existent. En d'autres circonstances, Anne-Catherine Emmerick précisera que ce travail de « pré-mesure » et de disposition des Lieux à l'avance avait été assumé par Melchisédech, dont beaucoup pensent qu'Il a été une première tentative d'Incarnation d'un Pôle de la Trinité divine sur la Terre.

Ensuite, le Seigneur parla, en présence des femmes, du mariage, de ses règles sévères, de la continence volontaire et de ses vertus, et Il attribua les maladies dont Il venait de guérir les enfants aux fautes secrètes des parents, car les enfants, dit-Il, participent de l'iniquité de ceux qui leur ont donné la Vie. Le mal peut disparaître, ajouta-t-Il, grâce à la pénitence, grâce à la satisfaction que l'Expiation apporte aux Exigences de la Justice divine, grâce au Baptême enfin, qui donne à l'être humain comme « une seconde naissance ».

Il leur rappela à tous ce qu'ils avaient fait autrefois pour des fugitifs, c'est à dire pour Sa mère, pour  son père nourricier et pour Lui, Qui était menacé de mort. Il leur montra les endroits où, chez eux, Sa mère, son père nourricier et Lui-Même avaient pris leurs repas à l'époque et s'étaient reposés. Ce qu'ils avaient fait en ce temps en prêtant ainsi secours à de pauvres fugitifs était une Figure de ce qu'ils avaient fait aujourd'hui en se convertissant tous.

Ils préparèrent ensuite un repas pour le Sauveur en Lui offrant tout ce qu'ils avaient de meilleur, c'est à dire du lait caillé, de petits fromages blancs, du miel, des pains cuits sous la cendre, des oiseaux apprêtés et du raisin.

Le mot « Figure » a été employé plusieurs fois depuis le début de ce Récit à propos du rapport entre ce qui est écrit dans la Torah et des Evènements qui surviennent dans l'environnement de Jésus, à propos de relations internes aussi entre le passé et le présent de la vie de certaines personnes, comme ici, pour ces habitants de la petite agglomération d'Anim. Pour mieux saisir tout ce qui est lié à cette notion fondamentale, je renvoie à l'« Article X », intitulé « Les Figuratifs », dans « Les Pensées » de Pascal. Ces gens vivant en partie de brigandage et qui, à trente ans de distance, font preuve d'Hospitalité vis à vis du Seigneur, constituent d'ailleurs aussi « une Figure anticipée » du  bon larron, au jour du Vendredi Saint de l'An 29 de notre Ere.

En ce qui concerne le rapport entre nos actes et le type de « fruits » qu'ils « rapportent » longtemps après, il y a bien sûr beaucoup à méditer sur le comportement très différent du Seigneur vis à vis de ces chameliers d'Anim, vivant en partie de brigandage, mais ayant fait preuve d'Hospitalité  deux fois en des moments tout à fait décisifs, et Son comportement vis à vis du vieux berger inhospitalier auquel Il était allé rendre visite le jour équivalent de notre 2 octobre, également en l'An 26 de notre Ere.

 

Le 8 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 9 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers la Grotte de David,

à deux lieux environs du Chêne de Mambré,

près d'Hébron.

 

Aujourd'hui, le Sauveur, accompagné de plusieurs de ses hôtes reconnaissants, pleins de respect et d'égards pour Lui, s'éloigna d'Anim pour gagner le lieu où, l'avant-veille, Il avait donné rendez-vous à Ses disciples. A un moment, ses hôtes L'ayant laissé continuer Seul Son chemin, Il passa à une heure de marche environ de la forêt de Mambré, près d'Hébron, là où les trois Anges annoncèrent à Abraham et à Sarah, tous deux déjà âgés, la naissance d'Isaac. Non loin d'une vallée, à l'endroit même qu'Il leur avait indiqué, près d'une grotte, Il retrouva Ses disciples.

Reprenant alors Sa marche avec eux, Il changea de direction, et Se dirigea vers un autre Lieu,  une grotte également, spacieuse, mais à présent environnée de broussailles et presque inaccessible. C'est là qu'ils passèrent la nuit. Cette grotte avait été, leur dit-Il, la sixième station de la Sainte Famille lors de la Fuite en Egypte. Et, ajouta-t-Il, le lieu d'où Il revenait à présent, vers Anim, avait été leur station suivante, la septième.

 

  

Retour en arrière.

Entre le 30 du mois de Ab et le 10 du mois d'Elul,

soit, entre le 3 et le 10 septembre de l'An 5 avant notre Ere.

En chemin, puis dans une grotte

à deux lieues environ du Chêne de Mambré.

 

Dans sa Fuite vers l'Egypte, la Sainte Famille, arrivée, depuis Nazareth, jusqu'au-delà des environs de Bethléem, descendit vers Hébron, mais toujours en évitant les grandes routes. Il s'agissait de sortir le plus tôt possible du territoire qui dépendait d'Hérode. A deux lieues environ de la forêt de Mambré, où Abraham manifesta son Hospitalité envers les trois Anges, ils entrèrent dans une belle grotte sauvage, assez grande. Ils arrivèrent là accablés de fatigue et de tristesse. Comme ils prenaient des chemins détournés, évitant les villes et les auberges publiques, ils souffraient de toutes sortes de privations. Ils avaient très soif et Marie pleurait.

Mais, d'En Haut, on continuait à veiller sur eux. Une chèvre sauvage vint vers eux et se laissa traire. Un Ange leur apparut et les consola, indiquant à Joseph qu'ils parviendraient à bon port jusqu'en Egypte. Et à la prière fervente de Marie, une Source jaillit dans la grotte.

Bien des siècles plus tard, dans un ouvrage intitulé « Le Voyage à Jérusalem », paru à Anvers en 1679, le Franciscain Antoine Gonzalès raconta qu'à deux petites lieues d'Hébron, en allant dans la direction de Bethléem, il avait été dans un village nommé « Le Village de Marie », un village où, selon la Tradition, elle s'était arrêtée lors de la Fuite en Egypte. Au bas de la montagne sur laquelle on trouvait un bourg, il y avait une Source appelée « Source de Marie ». Une église avait été bâtie dans le bourg; elle avait trois arcades et trois portes. Et sur un mur, la Fuite en Egypte avait été représentée; on y voyait, avec beaucoup de vérité, Marie, sur l'âne, tenant l'Enfant Jésus dans ses bras, et Joseph qui conduisait leur monture.

 

Le 8 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 9 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans la Grotte de David.

 

Jésus avait raconté à Ses disciples ce qui s'était produit environ trente et un ans plus tôt dans cette grotte où ils étaient. La nuit commençant à tomber, l'un des disciples, ayant frotté habilement l'un contre l'autre deux morceaux de bois, alluma un feu. A la lueur de ce feu, le Sauveur leur parla alors de la sainteté du Lieu où ils se trouvaient. En effet, un prophète s'y retira souvent pour y prier. Anne-Catherine n'est pas absolument sûre d'elle ici, mais elle croit que ce prophète fut Samuel, celui qui avait d'abord déconseillé aux Hébreux d'avoir, à l'imitation des autres peuples, un Roi. Yahvé, l'Eternel, n'était-Il pas leur Roi ? Mais les Hébreux ayant persisté dans leur vouloir malgré les avis du prophète, Samuel avait oint Saül. Puis, ce dernier ayant cessé d'être à la hauteur de sa très haute fonction, l'Eternel avait tourné les yeux vers un jeune berger qui faisait paître les troupeaux de son père dans les environs de cette grotte, le plus jeune des enfants de Jessé, un homme de Bethléem, un membre de la Tribu de Juda. Cet enfant, c'était David. Il venait souvent prier ici, dans cette grotte, et il y recevait, par l'intermédiaire des Anges, les injonctions et les ordres du Seigneur. C'est dans cette grotte qu'il lui fut dit d'aller combattre, lui, avec sa fronde, le Géant philistin Goliath.

Or, par Nathan, fils de David, et toute une lignée allant jusqu'à Joachim l'Essénien, aussi nommé Héli, Marie de Nazareth descendait du Roi David, fils de Jessé.

Et le prophète Isaïe ne dit-il pas :

 

Un rejeton sortira de la souche de Jessé,

un surgeon poussera de ses racines.
Sur Lui reposera l'Esprit de Yahvé,

Esprit de Sagesse et d'Intelligence,

Esprit de Conseil et de Force,

Esprit de Connaissance et de Crainte de Yahvé :

Son inspiration est dans la Crainte de Yahvé.
Il jugera mais non sur l'apparence,

Il Se prononcera, mais non sur le ouï-dire.
Il jugera les faibles avec Justice,

Il rendra une sentence équitable pour les humbles du Pays.
Il frappera le Pays de la férule de Sa Bouche,

et du Souffle de Sa Bouche fera mourir le méchant.

La Justice sera la ceinture de Ses reins,

et la Fidélité la ceinture de Ses hanches ».

                                                                 Isaïe, XI, 1 à 5.

 

 

Cette grotte où ils étaient réunis ce soir, à la lueur d'un feu de bois, était donc, de cette façon encore, à travers les siècles, un lien entre David, qui  y reçut l'ordre d'aller combattre Goliath, et Marie qui y était venue, plus de mille ans plus tard, pour protéger son Enfant, au temps de la Fuite en Egypte.

 

Jésus parla alors aux disciples des épreuves auxquelles devaient s'attendre ceux qui voulaient Le suivre, de Ses souffrances à venir et de celles de Sa mère, de la Miséricorde de Son Père céleste, et à nouveau de la sainteté du Lieu où ils étaient ce soir. Il leur annonça qu'un jour, on élèverait un lieu de prière et de culte en cet endroit, et Il le bénit, comme pour le consacrer d'avance. Nous avons vu que ce lieu de culte fut une église, décrite plus d'un millénaire et demi plus tard, en 1673, par Antoine Gonzalès lors de son voyage en Terre Sainte.

Jésus et Ses  disciples mangèrent ensuite des fruits et quelques petits pains qu'ils avaient emportés.

 

Le 9 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 10 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers Mizpa-Benjamin.

 

Au matin, Notre Seigneur quitta la grotte de David avec Ses disciples. Après un temps de marche, où ils prirent d'abord la route de Bethléem, firent le tour de l'autre versant de la colline et de la bourgade qui s'y trouvait, puis dépassèrent cette bourgade, ils arrivèrent jusqu'à une hôtellerie qui faisait partie d'une petite agglomération. Là, ils prirent un léger repas, se lavèrent les pieds et firent leur toilette matinale. Les maîtres de cette hôtellerie étaient bien disposés à l'égard du Seigneur et désireux de L'entendre. Il leur parla du Salut qui approchait, de la nécessité de faire pénitence pour toutes les fautes qui avaient pu être commises, et de ce qu'il fallait faire pour Le suivre. Ils Lui demandèrent pourquoi, autrefois, sa mère s'était condamnée à ce long voyage de Nazareth à Bethléem alors qu'elle aurait pu rester tranquillement chez elle, comme les fonctionnaires qui avaient inscrit Joseph sur les listes du recensement et des impôts pour l'Empereur romain le lui avaient dit à l'époque. Nous avons vu que cela aurait été aussi le souhait d'Anne, la mère de Marie, qui avait fait tous ses préparatifs avec l'idée que Marie accoucherait chez elle, à Nazareth. Jésus leur répondit en leur rappelant les Promesses faites aux prophètes à propos de Bethléem, Promesses qui devaient se réaliser; de plus, étant Lui-Même un Pasteur destiné à rassembler les brebis dispersées de son Peuple, il devait naître en effet au milieu des Bergers, près de la Vallée des Bergers, dans cette grotte devenue désormais une Crèche et qui leur avait servi depuis des temps immémoriaux pour abriter leurs troupeaux, les brebis et les agneaux dont ils avaient, eux, à s'occuper. C'était pour la même raison qu'Il avait voulu rendre visite à ces Bergers aussitôt après le moment où Son Père céleste Lui avait rendu Témoignage lors du Baptême qu'il avait reçu dans la petite île qui avait surgi du Jourdain, Baptême qui Lui avait été administré par Jean, par André le Galiléen et par Saturnin.

De cette hôtellerie, ils prirent alors la direction de Maspha, ou Miçpa, ou Mizpa-Benjamin, à quelques kilomètres au nord de Jérusalem, un peu à l'ouest de la route qui montait vers Gophna (aussi nommée Jifna) et, au-delà, vers la Samarie, puis la Galilée.

Un siècle environ auparavant, un homme nommé Charioth avait vécu à Maspha avec son épouse. Ils faisaient partie tous les deux de ces Esséniens qui avaient le droit et le devoir de se marier. Mais, par consentement mutuel avec sa femme, Charioth s'était séparé de son épouse et ils avaient fondé tous les deux une Communauté d'Esséniens, lui, une Communauté pour les hommes, elle, une Communauté pour les femmes. En quelque sorte, ils avaient préféré l'un et l'autre, finalement, la vie des Esséniens qui ne se mariaient pas. Charioth fonda ensuite une seconde Communauté d'Esséniens, pour les hommes, aux environs de Bethléem. Ce fut là qu'il mourut. C'était un homme d'une grande sainteté. Au moment du Tremblement de terre qui suivit la mort du Sauveur, au jour de la Pâque, en l'An 29 de notre Ere, donc, presque trois ans plus tard, il se montrera hors de son tombeau, comme un certain nombre d'autres personnes décédées, pour que même les morts viennent rendre Témoignage à Celui que les Grands Prêtres  venaient de faire crucifier comme un malfaiteur. Ces apparitions de défunts contribuèrent à l'effroi, au désarroi, à la panique qui envahirent alors tous ceux qui, à Jérusalem, avaient si obstinément voulu la mort du Sauveur.

 

Par ailleurs, c'est à la Communauté d'Esséniens fondée par Charioth à Maspha qu'avait appartenu Manahem, celui qui avait prophétisé à Hérode encore enfant que, plus tard, il porterait la couronne.

 

Plus haut dans le passé, vers l'An 166 avant notre Ere, Judas Maccabée succéda à son père, le prêtre Mattathias. Il mena la lutte contre le roi de Syrie et d'Egypte Antiochos IV Epiphanès, un Ptolémée que ses contemporains avaient surnommé « Epimanès » (le maniaque). Ce roi avait voulu donner de la cohésion à son royaume en favorisant partout le culte de Zeus. Le 15 décembre de l'An 167 avant notre Ere, ce fut, pour le judaïsme, « l'abomination de la désolation » : l'édit d'Antiochos III qui reconnaissait la Loi de Moïse fut aboli, le Temple à Yahvé des Samaritains fut consacré à Zeus, le Sabbat fut supprimé; il y eut ordre de ne sacrifier désormais dans les Temples qu'aux divinités grecques. La circoncision fut bannie. Le Temple et l'autel de Jérusalem ne furent plus consacrés qu'à Zeus.

Le prêtre Mattathias refusa de sacrifier à Zeus, tuant un commissaire du Roi et un Juif qui lui cédait. Ce fut le début de la révolte. Par la suite, le fils de Mattathias, Judas Maccabée infligea plusieurs défaites à l'armée d'Antiochus IV. Le premier Livre des Maccabées au chapitre III, 46 à 57, raconte la réunion des Juifs à Maspha, et, au chapitre IV, évoque la victoire à Emmaüs des troupes conduites par Judas Maccabée. Après la victoire, Judas fit organiser la purification du Temple de Jérusalem et une nouvelle Dédicace de ce Temple à l'Eternel.

Un peu plus tard, en mars de l'An 160 à Adasa, dans le bas-pays de Juda, Judas Maccabée remporta une nouvelle grande victoire, cette fois sur Nikanor, qui fut battu et tué. Cette victoire était célébrée par les Juifs chaque année le 13 du mois hébraïque d'Adar; c'était « le jour de Nikanor ».

Jésus, donc arriva à Maspha avec Ses disciples; la ville, un haut lieu de pèlerinage pendant très longtemps, était entourée de tours et de murailles et l'on pouvait la voir de loin, même la nuit, car elle était éclairée par des feux allumés dans des corbeilles de fer placées aux abords des grandes routes qui la traversaient. Anne-Catherine Emmerick raconte qu'avant de livrer bataille, Judas Maccabée adressa à Dieu depuis Maspha des prières solennelles; il rappelait les Promesses de l'Eternel à Son Peuple et les édits abominables publiés récemment par Antiochus IV. Il exposa devant le peuple les vêtements sacerdotaux. Alors, cinq Anges lui apparurent au pied des remparts de la ville et ils lui assurèrent qu'il remporterait la victoire. Ce qui advint.

 

Des siècles  avant cette victoire de Judas Maccabée, le prophète Samuel avait rendu la Justice à Maspha.

 

Plus loin encore dans le temps, il y eut non loin d'ici le crime de Gibéa, où des membres de la Tribu de Benjamin, voulurent, à la façon des habitants de Sodome et de Gomorrhe autrefois, contraindre un Lévite nouvellement arrivé dans la ville à des relations sexuelles. L'homme d'Ephraïm qui lui avait offert l'hospitalité ne put les détourner de ce crime qu'en leur permettant d'en commettre un autre : la concubine de ce Lévite fut livrée aux voyous qui abusèrent d'elle toute la nuit. Le Lévite la retrouva morte au matin devant la porte, les mains sur le seuil, comme une suppliante. Le crime provoqua une guerre des Israélites contre la Tribu de Benjamin. Après la défaite de leur Tribu, le crime ayant eu lieu au pied d'un arbre, on entoura cet arbre d'un mur, et il était désormais défendu de s'en approcher.

 

Il y avait à Maspha plusieurs hôtelleries. A peine le Seigneur était-Il entré dans l'une d'elles que les voisins furent informés et, de toute part, les gens arrivèrent au lieu où Il logeait. On Le conduisit à la synagogue, où Il expliqua la Loi. Le Seigneur lut et commenta des extraits du premier Livre des Maccabées évoquant les Evènements qui s'étaient déroulés ici même, et les cinq Anges annonciateurs de victoire qui étaient apparus à Judas Maccabée.

Il y avait parmi ceux qui étaient venus au Temple avec Lui plusieurs espions qui affectèrent un grand empressement mais qui espéraient Le surprendre en Ses Paroles afin de pouvoir nourrir contre Lui un dossier d'accusation auprès de Grands Prêtres de Jérusalem. Ils étaient irrités contre Lui parce qu'on leur avait rapporté qu'Il voulait admettre les Gentils à l'Héritage des Enfants de Dieu. Dans le même sens, ils Lui faisaient aussi un crime des grands Eloges qu'Il avait prononcés devant les Bergers au sujet des Rois Mages, qui faisaient partie de ces Gentils.

On en vint à vanter la magnificence du Temple de Jérusalem que Judas Maccabée avait fait purifier avant de faire procéder à une nouvelle Dédicace à l'Eternel; on parla aussi des avantages que les Juifs avaient sur « les Goys », les Gentils. Le Seigneur leur fit voir alors que l'existence d'un Peuple Elu et d'un Temple unique était maintenant sans objet. Car le Seigneur avait Envoyé Celui qu'Il avait promis aux Prophètes, Celui Qui devait fonder sur la Terre entière le Royaume et le Temple du Père céleste.

Ce que dit ici le Seigneur dans la synagogue de Maspha est bien sûr extrêmement important : l'Accomplissement de la Promesse faite au Peuple Juif a une portée universelle, concerne tous les humains, toute l'Humanité. Et donc, dans toute l'Humanité des Temples peuvent être érigés par chaque Peuple. On peut dire que ce que Jésus annonce ici sans être compris vraiment par Ses auditeurs à ce moment, c'est par exemple la magnifique floraison ultérieure des Cathédrales dans un grand nombre de Pays sur la Terre. Ce qu'Il dit également sur la non-nécessité, désormais d'un Peuple Elu peut être opposé à la prétention qui sera, bien plus tard, celle des nazis : ces derniers attaquaient les Juifs aussi parce que ces derniers revendiquaient encore le statut de peuple Elu alors que, pour Hitler et ceux qui le suivaient, comme auparavant pour Hegel, à la fin de sa vie, c'est le Peuple allemand qui était désormais « le Peuple Elu ». Dans le même sens, ce que dit ici le Seigneur peut être opposé à tous ceux qui considèrent ou considéreront que leur Peuple est désormais « le Peuple Elu », qu'il s'agisse aujourd'hui du Peuple américain, ou du Peuple français, ou d'un autre Peuple, ou de l'union entre des Peuples que constitue la Communauté Européenne. Le Peuple Elu, désormais, c'est, sur toute la Terre, l'ensemble de ceux qui croient ce que l'Envoyé du Père a dit et fait, ceux qui appliquent dans leur vie ce qu'ils ont entendu de Lui, ceux qui ont compris la Parole de l'Envoyé et en ont été changés.

On pourrait dire aussi que ce qui est annoncé en filigrane ici, dès ce moment, dans la synagogue de Maspha, c'est le besoin d'un Apôtre pour les Gentils, ce qui sera la Mission dévolue à Paul.

Toujours est-il que Jésus parla dans le Temple de Maspha avec Sévérité; Il dit aux espions et aux Pharisiens qui étaient là que le Temps de la réalisation des Promesses était arrivé, que tous ceux qui recevraient le Baptême, croiraient en Celui que le Père avait Envoyé et observeraient Ses Commandements seraient appelés au Royaume de Dieu. Tous ceux qui consentiraient à Le suivre seraient Ses Héritiers. Mais les Promesses s'éloigneraient des Juifs qui refuseraient de croire, et elles iraient chercher les Gentils, les Goys, dans le monde entier. Puis Il leur dit qu'Il savait qu'ils voulaient L'espionner; au reste, ils pouvaient aller dire à Jérusalem tout ce qu'ils avaient entendu.

 

Lorsqu'Il eut terminé Son Enseignement à Maspha, Il Se rendit environ à une lieue de là, à l'est, dans  une métairie isolée qui appartenait à un parent de Joseph. Le père de Joseph, Jacob, fils de Matthan, avait un beau-fils qui s'était marié en cet endroit. Les enfants de ce beau-fils y demeuraient encore, s'étaient eux-mêmes mariés, et avaient reçu le Baptême. L'un s'appelait Aminadab et l'autre Manassès. Ils accueillirent le Seigneur avec beaucoup d'affabilité et beaucoup d'humilité. Des voisins ayant été conviés chez eux, Il les instruisit et accepta ensuite un repas qu'ils Lui offrirent. Après le repas et le départ des voisins, Il S'entretint en particulier avec Aminadab et Manassès; ils Lui demandèrent s'ils pouvaient dès maintenant se déclarer ses Disciples. Il leur répondit que non; il suffisait pour l'instant qu'ils Lui appartiennent en secret. Ils se mirent alors à genoux devant Lui et reçurent ainsi Sa Bénédiction. Ils se déclarèrent Ses Disciples quelque temps avant Sa mort. Jésus accepta très volontiers leur hospitalité et passa la nuit chez eux.

 

Le 10 du mois de Tishri, Jour Des Expiations (Yom hakkipurim),

jour de Jeûne, jour sans travail.

L'équivalent de notre 11 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans une métairie,

environ à quatre heures de marche de Bethléem.

 

L'équivalent de notre 11 octobre, Il Se rendit avec Ses disciples à quelques lieues de là, jusqu'à une métairie située à quatre heures de marche de Bethléem. Ce lieu avait été l'avant-dernière station de Marie lors du voyage depuis Nazareth vers la Grotte de la Crèche, quelques jours avant la Naissance du Seigneur.

 

 

Retour en arrière.

Le 9 du mois de Kisleu,

l'équivalent de notre 21 novembre,

en l'An 6 avant notre Ere.

Même métairie.

 

Marie enceinte, et Joseph conduisant l'âne sur lequel elle était assise, arrivèrent en plein jour dans une grande maison de bergers, à quelques lieues de Bethléem. Près de cette maison, se trouvait une grange où étaient déposés les instruments de labourage et également ceux dont se servaient les bergers. Le maître de maison avait des propriétés étendues et c'était une exploitation considérable. Plusieurs domestiques étaient là; Anne-Catherine Emmerick les vit aller et venir à leurs tâches, puis prendre leur repas. Il y avait aussi des enfants dans cette propriété.

Le maître de maison accueillit très amicalement les voyageurs, se montra fort serviable et les fit conduire dans une chambre commode. Un domestique lava les pieds de Joseph à une fontaine, et lui donna d'autres habits, pendant qu'on nettoyait les siens, qui étaient couverts de poussière. Une servante rendit les mêmes services à Marie. Ils prirent leur repas dans cette maison et y dormirent.

La maîtresse de maison, cependant, était d'un caractère assez bizarre; elle resta enfermée dans sa chambre. Elle avait regardé les voyageurs à la dérobée, et, comme elle était jeune et très imbue de sa propre personne, la beauté exceptionnelle de Marie lui avait déplu. Elle craignait en outre que Marie ne s'adresse à elle et ne lui demande de rester  dans sa maison pour y accoucher. Aussi fit-elle en sorte de ne pas se montrer. Tout ceci afin que les voyageurs quittent bien son logis dès le jour suivant.

Ce qui se produisit en effet.

L'équivalent de notre 22 novembre,

en l'An 6 avant notre Ere.

Même métairie.

 

Vers midi, Marie et Joseph quittèrent cette demeure. Quelques  uns des habitants de la maison les accompagnèrent jusqu'à une certaine distance en faisant montre de prévenance pour les voyageurs et surtout pour Marie et son état de grossesse très avancé. La maîtresse de maison, bien sûr, ne faisait pas partie de ces accompagnateurs prévenants.

Retour au 11 octobre de l'An 26 de notre Ere.

Même métairie.

 

Jésus, donc, en ce Jour des Expiations (Yom Kippour), S'était rendu avec Ses disciples jusqu'à cette maison où Sa mère, trente ans plus tôt, avait pu passer une bonne nuit de repos. Les gens du logis étaient allés plusieurs fois entendre Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, et ils connaissaient les circonstances extraordinaires du Baptême du Seigneur. Ils vinrent à Sa rencontre, se jetèrent à Ses genoux et L'invitèrent à entrer. Il les suivit, et on Lui fit un excellent accueil. On Lui prépara un bain chaud, on disposa pour Lui un beau lit pour la nuit, et on Lui prépara un festin. Ainsi qu'Il le faisait d'ordinaire, le Seigneur instruisit Ses hôtes.

La maîtresse de maison, qui, trente ans plus tôt, avait été contrariée en voyant la beauté de Marie et qui avait craint qu'elle ne lui demande de rester chez elle pour y accoucher, vivait encore, seule, dans l'appartement principal, tandis que ses enfants occupaient l'autre partie de la maison et pourvoyaient à son entretien.

Après que Jésus eut pris le bain chaud qu'on Lui avait préparé, Il alla rendre visite à cette femme. Depuis plusieurs années, elle n'y voyait plus du tout et était toute courbée. Jésus lui parla de la Miséricorde, des vertus de l'Hospitalité qui avait été accordée ici autrefois à Sa mère et à Son père nourricier. Il évoqua aussi les actions louables dont on perd cependant le mérite. Il lui parla de  l'amour-propre qui s'était installé et développé en elle et de ce que cet amour-propre lui avait fait faire  en ces circonstances, trente ans plus tôt. Et Il lui fit voir que ses souffrances actuelles étaient le châtiment de sa faute d'autrefois.

Elle fut touchée au plus profond d'elle-même par ces Paroles du Seigneur, et Lui confessa sa faute. La guérison de sa courbure du dos lui vint aussitôt et elle put se redresser avec beaucoup de joie et de Gratitude. Jésus lui dit alors d'aller se laver  le visage avec l'eau qui venait de Lui servir pour Son bain. Elle se fit guider jusque dans la pièce où était ce baquet, utilisa en effet cette eau, passa un linge mouillé sur son visage et retrouva complètement la vue. Jésus, cependant, lui ordonna de ne pas parler pour l'instant hors de cette maison de ce qui venait de lui arriver.

On voit bien, par cet exemple, comment une maladie physique peut être dans un rapport figuratif avec la faute spirituelle qui est à son origine : une femme trop imbue de sa personne, trop centrée sur elle-même, trop orgueilleuse pour pouvoir s'incliner avec Joie devant la beauté de Marie se retrouve avec un corps tout courbé, comme si son corps lui montrait en permanence et dans la douleur ce qu'elle aurait dû faire autrefois, spirituellement, et dans la Joie : s'incliner devant celle qui portait en son ventre le Sauveur si longtemps promis au Peuple Juif. N'ayant pas su voir  qui venait lui demander l'Hospitalité à elle et à son mari, n'ayant pas voulu se montrer afin de couper court à toute demande de prolongation éventuelle de cette Hospitalité, elle perd la vue, elle ne peut plus voir (alors que, par orgueil et insuffisance du sens de l'Hospitalité, elle avait fait en sorte de ne pas être vue). Et c'est lorsqu'Il l'a amenée à prendre conscience de ses fautes et à les confesser que le divin Thérapeute la délivre de ses deux infirmités. Nous sommes ici sur un plan bien plus élevé et fondamental, parce que spirituel et en rapport avec le divin, que ce qui est envisagé par toute thérapeutique se bornant aux rapports du somatique et du psychique, et donc ne pouvant avoir affaire qu'à ce que l'on nomme, sans prendre conscience de ses propres limites, « des maladies psycho-somatiques ».

Jésus étant revenu vers l'ensemble des gens qui habitaient cette demeure, les enfants de cette femme demandèrent ensuite au Sauveur avec simplicité qui était le plus Grand de Jean ou de Lui.               Il répondit : « Le plus Grand est Celui auquel Jean ne cesse de rendre Témoignage ». Les habitants de la maison vantèrent alors le courage et le zèle du Précurseur et la beauté noble et mâle des traits du Sauveur. Jésus leur dit, comme si leur admiration ne prenait pas la bonne direction, que trois ans plus tard, ils ne pourraient même plus Le reconnaître, tellement Il serait défiguré. Il vanta cependant à Son tour le courage et le zèle de Son Précurseur :

« Il frappe à la porte pour réveiller les serviteurs endormis, et leur annoncer l'arrivée du Maître.

Il prépare les Voies dans le Désert pour l'Entrée Triomphale du Roi.

Il est un Torrent impétueux qui doit purifier le lit du Fleuve ».

 

Le 11 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 12 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Second jour de la Fête des Expiations.

En chemin vers le lieu où Jean baptise.

 

Ce matin à la pointe du jour, Jésus, accompagné de Ses disciples et de ceux qui venaient de se joindre à eux, S'est dirigé vers le Jourdain, qui se trouve à plusieurs heures de marche.  

Depuis le lieu où Jean donnait le Baptême, on jouissait d'un magnifique point de vue sur les deux rives du Jourdain, qui, en amont (c'est à dire en remontant dans la direction du Lac de Tibériade), étaient fertiles l'une et l'autre. On cultivait ici du blé, le légume appelé la « dourra », de l'ail, des concombres; il y avait aussi de vastes prairies.

 

L'équivalent de notre 12 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.
Au lieu où Jean donne le Baptême.

 

Jésus et ceux qui L'accompagnaient se rapprochèrent du lieu où se trouvait le Baptiste. Comme cela a été dit, ce fut là la troisième fois que, dans l'univers physique, les chemins de Jésus et celui de Son Précurseur se croisèrent. La vue bien dégagée en cet endroit permit au Baptiste de voir la petite troupe qui s'approchait, avec Jésus précédé et suivi par Ses disciples. On était au second jour de la Fête des Expiations, Fête au cours de laquelle le Grand Prêtre charge un bouc de tous les péchés du Peuple et l'envoie mourir dans le Désert. S'adressant alors à ceux qu'il allait baptiser ainsi qu'à ses propres disciples, Jean, saisi tout à coup par l'Esprit Saint, désigna le Sauveur qui passait à quelque distance et dit :

« Voici l'Agneau de Dieu,

voici Celui Qui efface les péchés du monde ».

 

 

 

 

La parole du Baptiste devait prendre toute sa Force et tout son Sens deux ans et demi plus tard, le jour de la Crucifixion : le Vendredi Saint, tous les agneaux qui devaient être sacrifiés par les Prêtres pour la Pâque, dans le Temple de Jérusalem, bêlaient, leur cri se faisant entendre jusque sur les lieux du supplice de Jésus, « l'Agneau de Dieu », qui, Lui, Se taisait, Victime expiatoire mise à mort le jour de la Pâque juive. D'âge en âge, les Prophètes se répondent : le Baptiste, en sa formulation, faisait aussi écho au si important Quatrième Chant du Serviteur, où l'on peut lire :

 

 « Maltraité, Il S'humiliait, Il n'ouvrait pas la bouche,

comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir ».

                                                                             Isaïe, Chapitre 53, Verset 7.

 

Lorsqu'Il passa avec Ses disciples non loin du lieu où se trouvait le Baptiste, Jésus n'ouvrit pas la bouche  et ne S'arrêta pas. Jean ayant rendu son Témoignage à Celui dont il était chargé de préparer les Chemins, plusieurs de ses auditeurs se rendirent précipitamment sur la route que le Sauveur et ceux qui Le suivaient empruntaient. Ils Le saluèrent de leurs acclamations, mais d'assez loin, et sans pouvoir ce jour-là s'entretenir avec Lui comme ils l'auraient souhaité.

Certains des auditeurs de Jean revinrent alors vers le Précurseur, mais avec un esprit d'acrimonie : il y avait trop de monde qui suivait Jésus. Et puis on leur avait dit que certains des disciples de Jésus avaient également donné le Baptême. Qu'allait-il advenir de tout cela ?

Jean répéta alors à ceux qui revenaient  ainsi vers lui ce qu'il avait dit tant de fois : bientôt, il se retirerait devant Celui dont il n'avait été que le Précurseur; il était, lui, celui qui court en avant pour dégager les chemins, pour frayer les voies. Mais ces paroles ne calmèrent pas l'irritation de ses disciples qui revendiquaient en quelque sorte pour Jean et pour eux-mêmes le droit, on pourrait presque dire, le monopole, de Baptiser. Ils ressentaient vis à vis des disciples du Sauveur une sorte de jalousie, comme si Jésus, et ses disciples à sa suite, avaient usurpé une partie de ce qui était le rôle du Baptiste et le leur.

Pendant ce temps, Jésus et Ses disciples avaient pris la direction de la ville de Gilgal,                                          à douze kilomètres environ au nord de Jéricho. L'agglomération actuelle se trouve un peu à l'ouest de la route qui remonte depuis Jéricho jusqu'au Lac de Tibériade, et qui longe le Jourdain sur une certaine distance, quelques kilomètres après Gilgal. Sur le trajet, Jésus S'était arrêté en plusieurs localités; là, des enfants, en Le voyant venir de loin avec ceux qui L'accompagnaient, rentraient vite chez eux en engageant leurs parents à venir Le regarder passer. Puis, ils faisaient une partie de chemin avec Lui tout en chantant Ses Louanges.

 

Le 11 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 12 octobre,

vers le soir,

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers Gilgal.

 

Avant d'entrer dans la ville de Gilgal, Jésus S'arrêta en un endroit habituellement fermé et que l'on n'ouvrait qu'aux grands Docteurs de la Loi et aux Prophètes. Plusieurs des amis du Seigneur, entre autres Lazare, Joseph d'Arimathie, Obed et le fils de l'une des trois veuves de Jérusalem, avaient attendu Jésus en cet endroit et Le reçurent dans une hôtellerie où ils Lui lavèrent les pieds ainsi qu'à ceux qui L'accompagnaient. Ils leur offrirent ensuite un léger repas.

Une foule nombreuse s'était rassemblée ici; beaucoup s'étaient réunis sur une terrasse élevée d'où l'on pouvait voir le bras du Jourdain où ils souhaitaient recevoir le Baptême de Jean. Il y avait là  également un établissement de Bains couvert d'une tente et qui servait pour les Purifications. Aux alentours, on voyait de beaux jardins, du gazon, et des bosquets.

 

C'est à Gilgal que Josué avait révélé aux Israélites les Bénédictions et les Malédictions que Moïse avant de mourir n'avait communiquées qu'à lui et à Eliézer (on dit aussi : Eléazar), le fils d'Aaron. Quarante ans avant ce moment, les Hébreux avaient manqué de foi : effrayés par les récits de ceux qui, quarante jours durant, avaient été envoyés en exploration dans la Terre  que l'Eternel leur avait promise, ils avaient craint les hommes de très grande taille et la puissance militaire de ceux qui régnaient sur les Territoires à conquérir, s'étaient révoltés contre Moïse et avaient même demandé à retourner en Egypte.

Une année pour un jour, avait dit l'Eternel; et les  Hébreux, oublieux de la Puissance de Yahvé Qui menait campagne avec eux,  Qui combattait pour eux, furent condamnés à errer quarante ans dans le Désert, jusqu'à ce que la génération fautive soit éteinte, ainsi que les enfants de cette génération. Seuls leurs petits enfants franchirent le Jourdain et entrèrent en Canaan, guidés par les seuls qui, parmi les Anciens, avaient conservé la foi, Josué et Eliézer.

Ces Bénédictions (si les Hébreux suivent la Loi donnée à Moïse) et ces Malédictions (s'ils se détournent de la Loi) étaient destinées à éviter que ce qui avait eu lieu quarante plus tôt (le manque de courage et de foi et la condamnation à 40 ans d'errance dans le Désert) ne se reproduise un jour. Et puis, non loin de là, comme les deux générations d'hommes qui avaient été circoncis avaient péri peu à peu au cours de ces quarante années, Josué fit circoncire tous ceux qui allaient combattre; une trace de cet événement était le mur qui entourait « la Colline des Prépuces », lieu de renouvellement de l'Alliance entre l'Eternel et Son Peuple. Lorsqu'Il S'adressa à la foule qui s'était rassemblée pour l'Entendre, Jésus évoqua le passage du Jourdain par les Hébreux  et Il expliqua que c'était à cause de la circoncision qui s'était pratiquée en cet endroit qu'Il avait voulu venir y parler et y donner le Baptême. A présent cependant, ce n'était plus la circoncision du corps, mais la circoncision du coeur qui devait être pratiquée, car toutes les Figures de la Loi ancienne devaient désormais être réalisées dans un sens spirituel. Cette « circoncision du coeur » était d'ailleurs exigée également par la Loi ancienne : « Circoncisez votre coeur et ne raidissez plus votre nuque » dit le Deutéronome, X, 16.

Le Seigneur évoqua également l'Esprit-Saint et Ses Dons; et Il mentionna les marques qui permettent à quelqu'un de  prendre conscience  qu'il avait en effet reçu l'Esprit-Saint, indiquant même jusqu'à quelle degré de profondeur tel ou tel avait pu recevoir cette Bénédiction de l'Esprit.

Saturnin, et deux disciples de Jean qui avaient à présent rejoint Jésus, donnèrent le Baptême à ceux qui le demandèrent. Il y avait plusieurs différences avec le Baptême que donnaient Jean et ses disciples : avant de pouvoir recevoir le Baptême de renaissance du Seigneur, chacun devait confesser ses fautes personnelles les plus graves. Jésus insistait sur ce point, et Il ne se contentait pas, dit Anne-Catherine Emmerick, d'une confession sommaire accompagnée de contrition et d'une promesse d'amendement. Assez souvent, même, Il faisait connaître tel ou tel péché de ceux que leur orgueil ou une mauvaise honte empêchaient d'être complètement sincères. Ceux qui recevaient le Baptême de Notre-Seigneur ne descendaient pas dans l'eau; ils se contentaient   d'incliner la tête au-dessus d'un bassin. On ne les couvrait pas d'un vêtement blanc complet, on se bornait à couvrir leurs épaules d'un simple linge. Les disciples du Sauveur ne se servaient pas, comme le Baptiste, d'une écaille à trois conduits pour l'eau; ils prenaient à trois reprises de l'eau avec la main dans le bassin placé devant eux. Jésus bénissait l'eau et y mêlait un peu de l'Eau qui avait servi à Son Propre Baptême.

Ce jour-là, une trentaine de personnes demandèrent à être baptisées. La Cérémonie terminée, ils se sentirent profondément touchés, pleins de Joie et dirent qu'ils comprenaient bien, à présent, ce que voulait dire « avoir reçu le Saint-Esprit ».

Le soir, lorsque Jésus Se dirigea vers la ville de Gilgal pour la célébration du Sabbat, la foule qu'Il venait d'instruire Le salua de ses acclamations.

 

 

Le 12 du mois hébraïque de Tishri, jour du Sabbat,

l'équivalent de notre 13 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

A Gilgal.

 

Le jour du Sabbat, Anne-Catherine Emmerick raconte qu'elle vit Jésus conduit jusqu'à la Synagogue avec des cris de triomphe. La synagogue, vaste, très ancienne, située à l'extrémité orientale de la ville, comportait trois Ecoles, une à chacun des étages. On accédait à l'étage supérieur par un escalier extérieur; et, à chacun des étages, un corridor extérieur longeait le mur.

A l'intérieur des bâtiments, légèrement rectangulaires, les angles avaient été coupés et « muraillés » pour obtenir une forme octogonale. De petites guérites étaient percées dans ces quatre angles  maçonnés, et l'on pouvait y voir, de loin et de haut, la campagne environnante et, à l'est, une partie des méandres majestueux du Jourdain.

La synagogue était entourée de jardins, sur deux de ses côtés. De même qu'au Temple de Jérusalem, il y avait à l'entrée un vestibule et une chaire. Un peu plus loin, on trouvait un portique avec un autel à ciel ouvert, où l'on avait autrefois offert des sacrifices. Il y avait aussi, non loin de là, des galeries couvertes, pour les femmes et pour les enfants. Par plusieurs de ses aspects donc, cette antique synagogue rappelait le Temple de Jérusalem. Ce Lieu avait été d'ailleurs sanctifié parce que l'Arche d'Alliance y avait séjourné un temps.

C'était l'Ecole du rez-de-chaussée, destinée aux adultes, qui était la plus décorée. A la place où, dans le Temple de Jérusalem, s'élevait le Saint des Saints, on trouvait ici une colonne octogone en pierre blanche et polie, admirablement travaillée. De place en place, sur cette colonne, il y avait des cases dans lesquelles se trouvaient des rouleaux, ceux sur lesquels était écrite la Torah. Vers le bas de la colonne se trouvait une large table qui s'appuyait contre elle, et sous cette table une sorte de niche assez profonde; c'était là qu'on avait autrefois installé l'Arche d'Alliance.

Jésus parla d'abord dans cette Ecole du rez-de-chaussée, en présence du peuple, des Prêtres et des Docteurs de la Loi. Il rappela que c'était en cet endroit que le Royaume promis aux Juifs avait été établi : c'était ici la première grande localité de la Terre Promise qui avait été conquise et administrée par les Hébreux au temps de Josué. Prenant des rouleaux dans les cases de la colonne blanche, Il lut et commenta plusieurs passages du Prophète Nahum rédigés avant la prise de Ninive par les Mèdes en l'An 612 avant notre Ere  et prophétisant la chute de cette ville. Mais, si la chute de cette capitale de l'Empire assyrien, cette menace persistante pour le Royaume d'Israël, avait pu susciter des espérances chez les Hébreux, elles furent de courte durée puisque en l'An 597, puis, à nouveau, en l'An 587 avant notre Ere, Jérusalem fut prise, avec, suite à cela, une première puis une deuxième déportation à Babylone pour les Juifs et le début de la Diaspora, c'est à dire leur dispersion en un grand nombre de Pays de la Terre.

La déportation à Babylone a d'ailleurs encore des conséquences aujourd'hui sur l'esprit d'un certain nombre d'historiens qui s'appuient sur le calendrier imparfaitement reconstitué à Babylone par les Juifs de l'Exil et omettent de faire la différence entre ce calendrier babylonien de l'Exil et le calendrier judéo-galiléen qui était en usage à Jérusalem au moment où Jésus parcourait le Pays en tous sens comme nous Le voyons faire à présent.

Jésus donc lut des passages du prophète Nahum annonçant le Châtiment de Ninive :

 

« Les Portes des Fleuves s'ouvrent, le Palais fond.

 L'Idole est découverte et enlevée;

ses servantes roucoulent comme d'une voix de palombe

et tambourinent de leur coeur.
Ninive était comme l'eau d'une piscine depuis toujours.
Ils s'enfuient :  « Arrêtez ! Arrêtez ! »

Mais nul ne fait face ».

 

Dans Ninive l'immense ville, dit le Seigneur, on n'avait pu compter que cinq Justes.

Il en aurait fallu dix

pour que les villes de Sodome et de Gomorrhe ne soient pas détruites au temps d'Abraham.

Cinq Justes pour une ville immense,

la Mesure n'était pas pleine,

et la désolation s'abattit sur Ninive.

 

Mais, ne jugeons pas trop vite les autres, et regardons ce qu'il en a été ici même.

Dans Gilgal autrefois, au temps où les mariages avec des femmes non juives avaient peu à peu répandu l'idolâtrie parmi le peuple, on aurait eu de la peine à compter sept Justes.

Mais, Gilgal étant beaucoup plus petite que Ninive, l'Eternel avait épargné la ville.

Cependant, l'époque présente a ses exigences; les habitants de Gilgal doivent aujourd'hui, comme tous les Hébreux, répondre à l'Appel de Jean, faire pénitence, et recevoir le Baptême un peu plus loin, dans le Jourdain. Ils doivent aussi ne pas repousser l'Envoyé promis de longue date et annoncé par Jean à maintes et maintes reprises. Car il n'est, dit-il, lui, Jean, que le Précurseur de Celui Qui doit venir accomplir la Promesse et auprès de Qui un Baptême, non plus de pénitence, mais de régénération peut être obtenu.

 

Le Seigneur alla parler ensuite aux jeunes gens dans l'Ecole religieuse du second étage et aux enfants dans l'école religieuse du troisième étage. Il montra beaucoup d'amitié aux enfants, les bénit, les prit dans Ses bras. Et les enfants, de leur côté, venaient vers Lui avec confiance.

Il instruisit les femmes dans une galerie de la vaste synagogue et s'adressa ensuite aux jeunes filles. Il leur recommanda la chasteté, la simplicité dans les vêtements, la sévérité des moeurs, le triomphe sur les vains désirs. Il leur dit qu'elles devaient cacher leurs cheveux  et se voiler la tête au Temple et à l'Ecole religieuse, car Dieu et les anges sont présents en ces lieux sacrés, et les anges eux-mêmes se voilent la face devant le Seigneur. Il leur dit que les anges se trouvent en grand nombre autour des humains au Temple et dans tous les lieux où l'on donne l'instruction religieuse.

Tout le peuple de Gilgal était plein de Joie et d'admiration, et, lorsqu'Il dut s'éloigner de la synagogue, on L'accompagna en criant :

« Que les Promesses de Dieu S'accomplissent bientôt !

Qu'elles demeurent avec nous, ces Saintes Promesses,

et que jamais elles ne s'éloignent ! ».

 

Le 13 du mois hébraïque de Tishri

(calendrier judéo-galiléen),

l'équivalent de notre 14 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Fin du séjour à Gilgal.

 

Après les Prédications qu'Il avait faites à Gilgal, on voulut Lui amener des malades, mais Il n'y consentit pas. Les circonstances n'étaient point convenables, Il devait S'éloigner. Il était appelé ailleurs.

Lazare et les autres amis du Seigneur qui étaient venus Le rejoindre et L'entendre parler à Gilgal étaient à présent repartis. Jésus avait fait savoir à Sa mère, par leur intermédiaire, en quel endroit Il désirait la voir avant d'effectuer Sa retraite dans le Désert; c'était aux environs de Chorazein-la-Grande (on disait aussi Chorozaïm), un peu à l'est du Lac de Tibériade. Les Saintes Femmes n'étaient plus à Thébez où le rendez-vous prévu il y a quelque temps avec le Seigneur avait dû être annulé. Elles ne retournaient pas volontiers à Capharnaüm à ce moment, car on y critiquait vivement leurs courses et leurs voyages à travers le Pays.

 

Pendant ce temps,

à Jérusalem.

 

Pendant ce temps, à Jérusalem, on s'agitait beaucoup au sujet de Jésus. On recueillait et étudiait les différents rapports que les espions et les émissaires envoyés en divers lieux avaient fait remonter vers le Sanhédrin. Cette Institution, un Tribunal composé de soixante et onze Prêtres et Docteurs de la Loi, chargea alors une Commission de vingt membres d'instruire l'affaire. Puis, cette Commission se fractionna en quatre sous-Commissions de cinq membres chacune.

On consulta les tables généalogiques, et l'on fut bien obligé de constater que Joseph et Marie appartenaient bien à la famille du Roi David, fils de Jessé, ce qui correspondait à l'annonce faite par le Prophète Isaïe : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé » à propos de Celui sur Qui « reposera l'Esprit de Yahvé ». On établit aussi que Marie était de la Tribu d'Aaron, le lévite, le frère de Moïse, celui qui avait été son porte-parole tout au long de sa Mission exceptionnelle.

On en fut réduit à dire que les familles de Marie et de Joseph étaient considérablement déchues aujourd'hui du point de vue de leur rang social et de leur fortune, ce qui ne pouvait convenir, semblait-il, pour la famille d'où serait issu le Libérateur d'Israël. On dit aussi que Jésus se faisait tort en s'entourant de petites gens sans aveu, qu'il violait les Lois par ses relations ici et là avec des publicains et des goys (des « gentils », des non juifs), qu'il flattait même les esclaves. Les membres de la Commission trouvèrent mauvais que Jésus, dernièrement, aux environs de Bethléem, ait parlé avec bonté à de pauvres Sichémites qui revenaient de leur travail, et l'on prétendit qu'il voulait se servir de ces malheureux pour faire une révolution, pour ébranler l'ordre social.

Plusieurs supposèrent que Marie n'était pas sa mère, qu'on ne connaissait pas son origine et qu'il voulait se faire passer pour un fils de Roi, tout cela à cause de Ses Paraboles que l'on prenait au pied de la lettre et que l'on défigurait. On ajouta que, souvent, il se séparait de ses disciples pour s'isoler, aller seul sur les montagnes ou dans des endroits sauvages ou désertiques. On voit que leur système d'espionnage était efficace et qu'ils n'ignoraient presque rien de ses allées et venues.

Il avait reçu, disaient-ils, une instruction mystérieuse, car les connaissances dont il semblait disposer ne correspondaient pas à ce que pouvait savoir un fils de charpentier de Nazareth. Ce savoir mystérieux, c'était sans doute à l'Adversaire, à Satan qu'il le devait.

Plusieurs des membres de la Commission, Nicodème, Joseph d'Arimathie, Obed (le fils du vieillard Siméon qui avait prophétisé dans le Temple lors de la présentation de l'Enfant par Joseph et Marie), connaissaient pourtant personnellement Jésus, ils avaient été touchés de Sa Parole, venaient L'entendre parler ici ou là, et Lui appartenaient même en secret. Ils crurent qu'il valait mieux ne pas contredire les ennemis de Jésus pour pouvoir continuer à Le servir en Lui faisant connaître ce que l'on disait de Lui et ce qui se tramait contre Lui à Jérusalem. Toujours est-il que la  majorité de la Commission de vingt personnes décida que Jésus de Nazareth, qui voulait se faire passer pour une espèce de Prophète, devait en réalité sa science au Démon; et cette décision de la Commission mise en place au sujet de Jésus par le Sanhédrin fut bientôt publiée dans Jérusalem comme une mise en garde adressée à tous pour qu'ils ne se laissent pas abuser.

 

Sur les bords du Jourdain.

 

Pendant ce temps, également, sur les bords du Jourdain, les disciples du Baptiste se plaignaient à Jean du Baptême que Jésus et ceux qui le suivaient avaient donné à Gilgal. Ils y voyait une usurpation de ses droits à lui, Jean le Baptiste. Il leur répondit une nouvelle fois avec humilité qu'il lui fallait s'effacer, que bientôt il se retirerait devant Celui dont il n'avait été que le Précurseur, mais ses disciples, attachés à lui, ne furent pas satisfaits de sa réponse et conservèrent un sentiment de jalousie et d'animosité contre celui qu'ils considéraient comme une sorte de rival et d'usurpateur.

 

En chemin vers la rive droite du Jourdain.

 

Depuis Gilgal, en ce 14 octobre, Jésus, accompagné d'une vingtaine de personnes, quitta l'agglomération et, après une marche d'environ deux heures, la petite troupe parvint jusqu'à un ruisseau que l'on passa en posant les pieds sur un petit pont fort sommaire qui consistait simplement en un tronc d'arbre jeté entre les deux rives. Ils traversèrent ensuite une forêt, et prirent un chemin qui les conduisit jusqu'au Jourdain, assez large en cet endroit. Ils franchirent le Fleuve au moyen d'un radeau que l'on gouvernait avec des rames. L'embarcation était entourée de petits bancs pour les voyageurs et comportait deux enclos où l'on plaçait d'ordinaire les chameaux pour les empêcher  de glisser entre les planches et de tomber à l'eau. On pouvait mettre trois chameaux dans chaque enclos, mais, ce soir-là, il n'y avait pas de chameliers ni de chameaux à faire traverser, il n'y avait  que le Seigneur et Ses disciples; le soir obligeait à se servir de torches.

Pendant la traversée, qui dura  bien un quart d'heure car il fallait ici lutter contre le courant, assez rapide, Jésus leur raconta la Parabole du Semeur.

 

Voici que le Semeur est sorti pour semer.

 

Et comme Il semait,

une partie de la semence tomba le long du chemin,

et les oiseaux du ciel étant venus, la mangèrent.

 

Une autre tomba dans des endroits pierreux,

où elle n'avait pas beaucoup de terre,

et elle leva aussitôt,

parce que la terre où elle était n'avait pas de profondeur.

Ainsi, le soleil s'étant levé,

elle en fut brûlée,

et comme elle n'avait point de racine, elle sécha.

 

Une autre tomba dans des épines,

et les épines venant à croître, l'étouffèrent.

 

Une autre enfin tomba dans la bonne terre,

et elle porta du fruit,

quelques grains rendant cent pour un,

d'autres, soixante,

et d'autres, trente.

 

Que celui-là entende,

qui a des oreilles pour entendre !

 

 Non loin de l'endroit où ils laissèrent le radeau, bien accroché à la berge, se trouvaient des maisons habitées par « des publicains »; dans tout l'Empire des Césars, on appelait « Publicains », les riches chevaliers romains qui prenaient à ferme le recouvrement des impôts; mais, par extension, ce terme de « publicains », cette fois sans majuscule, désignait les employés subalternes de ceux qui étaient chargés du recouvrement des impôts pour Rome. Ces publicains, travaillant pour la puissance d'occupation, nous pourrions dire « des collaborateurs », étaient méprisés par les Juifs, et surtout par ceux qui espéraient un Libérateur pour Israël. Leurs maisons se trouvaient dans le fond d'une vallée, à peu de distance du Jourdain.

Certains de ces publicains, cependant, avaient reçu le Baptême de Jean, et Jésus leur rendit visite. Plusieurs parmi ceux qui accompagnaient ici le Sauveur s'étonnèrent de la familiarité qu'Il témoigna à ces hommes si généralement méprisés, et ils se tinrent à l'écart. Jésus et Ses disciples, cependant, passèrent la nuit en ce lieu, les publicains leur ayant humblement offert l'Hospitalité. Un peu plus loin, il y avait des hôtelleries où purent se loger ceux qui ne voulaient pas se commettre avec des gens que l'on tenait ordinairement à l'écart. Ces auberges étaient fréquentées le plus souvent par les caravaniers, et il y avait des écuries pour les chameaux. Ce soir-là, beaucoup de ces animaux étaient au repos à cause de la Fête des Tabernacles, qui commençait le lendemain (le 15 du mois hébraïque de Tishri). La plupart des caravaniers étaient des païens, mais, en territoire hébreu, ils respectaient le calendrier en vigueur et donc les Fêtes juives.

Les publicains qui avaient offert l'Hospitalité à Jésus et à Ses disciples demandèrent au Sauveur ce qu'il fallait faire du bien mal acquis. Il leur répondit qu'ils devaient le consacrer au service du Temple. Le mot « Temple » était pris ici en un sens spirituel et désignait la Communauté qui allait se rassembler autour de Jésus. Plus tard, dit-Il aux publicains, vous verrez, avec cet argent mal acquis, vous ferez l'acquisition d'un champ non loin de Jérusalem, et ce champ sera destiné à l'entretien des veuves pauvres. Il leur expliqua pourquoi ils devaient acheter un champ et cela L'amena à raconter ici aussi la Parabole du Semeur. Ceux qui l'avaient entendue sur le radeau eurent alors l'explication de la Parabole, qu'il donna aux publicains :

 

Lorsqu'un homme écoute la Parole du Royaume de Dieu

et ne l'applique point,

le Malin arrive,

et enlève ce qui a été semé dans son coeur.
C'est là le cas de celui qui reçoit le grain qui a été semé le long du chemin

et que mangent les oiseaux.

 

Celui qui reçoit ce grain dans des endroits pierreux

est celui qui, écoutant la Parole, La reçoit d'abord avec Joie.

Mais comme il n'a pas en soi de racines,

il est l'homme d'un moment,

et lorsqu'il survient des tribulations et des persécutions à cause de la Parole,

aussitôt, il est scandalisé.

Celui qui reçoit la semence parmi les épines est celui qui entend la Parole,

mais ensuite, les sollicitudes du siècle et l'illusion des richesses

étouffent en lui cette Parole,

et elle devient stérile.

 

  Enfin, celui qui reçoit la semence dans la bonne terre

est celui qui écoute la Parole, qui la comprend,

qui porte du fruit,

et qui rend cent, ou soixante, ou trente pour un.

 

***

Le 14 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 15 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

La Fête des Tabernacles  commence le soir.

En chemin vers Hisbân, en actuelle Jordanie.

 

Le lendemain matin,  Jésus Se promena avec les publicains sur les bords du Jourdain. Il leur parla encore de la Parabole du Semeur et de la Moisson prochaine, sans doute à cause de la Fête des Tabernacles qui commençait le soir et où l'on célébrait aussi cette récolte que sont les vendanges. Anne-Catherine dit ici à Clément Brentano que lorsque le Seigneur était avec les bergers, puis lorsqu'Il avait parlé avec les Sichémites, elle avait vu, mais oublié de dire, que l'on cueillait le raisin.

Ensuite, ils reprirent la route en direction de l'actuelle ville jordanienne de Hisbân. Les voyageurs qui, un 15 octobre d'une prochaine année, voudront mettre leurs pas dans ceux de Jésus, pourront vérifier qu'en partant le matin depuis les bords de la rive orientale du Jourdain, un peu au sud par rapport à Gilgal ( sur l'autre rive), et en marchant bien, il est possible d'arriver pour le soir à Hisbân, une petite ville au sud-ouest d'Amman, et à partir de laquelle on peut gagner Mâdabâ.

Au lieu de « Hisbân », le texte de Clément Brentano parle ici de « Dhibân », ou « Dibon » mais cette ville de Dhibân, située bien plus au sud dans le Royaume de Jordanie, après Mâdabâ et Yahça, pourrait très difficilement être atteinte en une journée de marche depuis les bords du Jourdain par un groupe d'une vingtaine de personnes et il faut ici corriger la lettre (une consonne) de ce qui nous a été transmis pour en sauver l'esprit. Il faudrait courir sur une bonne partie du chemin et être vraiment en très bonne santé pour partir un matin des bords du Jourdain et arriver le soir jusqu'à Dhibân.

Sur le chemin de Hisbân, donc, on avait dressé ici et là des tentes ou des huttes de feuillage ornées de bouquets de fleurs, de fruits, et notamment de grappes de raisin. Ainsi voyait-on un peu partout que l'on se préparait aux célébrations de la Fête que l'on nommait soit « la Fête des Tentes », soit « la Fête des Huttes », soit « la Fête des Tabernacles », soit aussi « la Fête des récoltes de fin d'année », Fête qui dure huit jours, et où le peuple remercie l'Eternel pour ces récoltes et se souvient de tout ce qu'il doit à son Dieu.

Il y avait là, d'un côté de la route, des tentes de feuillage et des cabanes destinées aux femmes; de l'autre côté, d'autres cabanes où l'on préparait des aliments, et où l'on présentait avec Hospitalité des rafraîchissements aux voyageurs. Des groupes d'enfants étaient parsemés sur le chemin et couraient sans cesse d'une tente à l'autre. Ces enfants, la tête ornée de couronnes de fleurs et de branches, chantaient des cantiques et faisaient de la musique. Ils avaient à la main des instruments triangulaires munis d'anneaux, qu'ils agitaient en cadence. On voyait aussi, et l'on entendait, d'autres instruments triangulaires, munis de cordes, et un instrument à vent terminé par des tuyaux qui s'enroulaient comme des serpents.

Jésus S'arrêta en plusieurs endroits pour adresser la Parole à ceux qui fêtaient ainsi les récoltes envoyées par Dieu. On Lui présenta notamment du raisin sur de petits bâtons dont chacun supportait deux grappes.

Le soir de ce 15 octobre, la marche terminée, Il S'arrêta dans une hôtellerie située à peu de distance de la grande et belle synagogue d'Hisban. Le Sauveur parla encore un moment à proximité de cette synagogue, puis Il passa la nuit sous une tente de feuillage, auprès de l'hôtellerie.

 

 

L'équivalent de notre 16 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

A Hisbân.

 

Le lendemain, pour la Fête des Tabernacles, le Sauveur parla au peuple de la ville d'Hisbân dans la belle synagogue. Là encore, il dit la Parabole du Semeur sorti pour semer, puis Il parla du Baptême et du Royaume de Dieu, le Baptême préparant les âmes à l'entrée dans le Royaume de Dieu. Et Celui qui sème vise à ce que le plus possible d'âmes puissent être admises à l'entrée dans ce Royaume de Dieu. Il sème, et ici, la récolte fut de cent pour un, ailleurs, de soixante pour un, ailleurs encore de trente pour un. Et, en certains lieux, bien que le Semeur ait semé, la terre où Il a semé ne porte pas de fruit. Il n'y a rien à récolter. Cela L'amena à  évoquer le sens de la Fête des Tabernacles, la Fête de remerciements à Dieu pour les récoltes obtenues. Ces récoltes assurent  que chacun sera nourri dans son corps. Mais il y a aussi, en un sens spirituel, la récolte d'âmes et le fruit que chacun doit rapporter pour le Royaume de Dieu.
Dans la région d'Hisbân, il y avait des Moabites auxquels les Israélites s'étaient alliés par des mariages. Ici, un Juif avait épousé une Moabite, ou bien un homme parmi les Moabites avait épousé une femme juive. Ces mariages mixtes pour cause d'alliances avaient entraîné l'adjonction de certaines particularités dans les célébrations religieuses et Jésus reprocha aux habitants d'Hisbân d'avoir ainsi laissé mêler, ici et là, des rites païens à la célébration du culte. C'était là le chemin qui menait à l'idolâtrie et même à la disparition d'une partie du Peuple que Dieu S'était choisi : si les hommes du Peuple hébreu prenaient leur épouse en dehors de ce Peuple, comment trouvera-t-on encore des Hébreux dans cette région d'ici quelques décennies ou quelques siècles ?

Les avertissements que le Sauveur leur donna peuvent être rapprochés du phénomène étonnant que constitue, au cours de l'Histoire, la disparition de dix des douze Tribus d'Israël, celles de Ruben, de Siméon, de Dan, de Nephtali, de Gad, d'Acher, d'Issachar, de Zabulon, d'Ephraïm et de la moitié de la Tribu de Manassé. On sait que la rive droite du Jourdain avait été conquise par les Hébreux avant la rive gauche, et ces territoires d'outre-Jourdain avaient été donnés aux Tribus de Ruben, de Gad et à la demi-Tribu de Manassé (Livre de Josué, I, 12 à 18). Par ailleurs, les Samaritains faisaient partie de ces Hébreux qui avaient épousé des non-Juifs, qui avaient laissé des éléments païens se mêler au culte, et donc qui étaient tenus à distance. Au temps de Jésus, tous ces phénomènes étaient en quelque sorte  déjà inscrits dans l'espace puisque la Samarie se trouvait entre la Judée (avec Jérusalem et Bethléem), et la Galilée (avec Nazareth et le Lac de Tibériade). Aujourd'hui, les Samaritains, considérés comme les héritiers de ces dix Tribus perdus, ne sont plus que quelques centaines, entre Holon, en Israël et Naplouse (l'ancienne ville de Sichem), en Cisjordanie.

Quoi qu'il en soit, après avoir parlé dans la synagogue de Hisbân, Jésus sortit et trouva sur la Place un grand nombre de malades que l'on avait transportés sur des civières. En Le voyant, les malades Lui crièrent : « Seigneur, Tu Es un Prophète, Tu Es l'Envoyé de Dieu, Tu peux nous porter secours, Seigneur, daigne nous secourir ! ». Jésus S'approcha d'eux, et, pour la plupart, dit Anne-Catherine Emmerick, ils furent guéris.

Le soir de ce 16 octobre, on donna au Sauveur et à Ses disciples un grand repas dans l'hôtellerie. Il parla pendant le festin, et Il eut parmi Ses auditeurs beaucoup de marchands païens du voisinage ainsi que des caravaniers. Il leur parla de la vocation « des Gentils », de l'Etoile qui s'était montrée aux Rois Mages et de la docilité exemplaire avec laquelle ces trois Rois, qui n'étaient pas des Hébreux, étaient venus rendre leurs hommages à l'Enfant nouveau-né.

Lorsque vint le début de la nuit, Il sortit de l'hôtellerie et alla prier Seul dans la montagne. Il avait dit à Ses disciples qu'Il les retrouverait le lendemain matin sur une route qui remonte depuis Hisbân vers Succoth (écrit aussi Sukkoth), une ville qui, comme Hisban, se trouve actuellement dans le Royaume de Jordanie, sur la rive droite du Jourdain, donc, presque à la hauteur de Naplouse (sur la rive gauche). C'est aujourd'hui l'agglomération de Ghor Abû Ubeida. Celui qui partirait de la capitale de la Jordanie, Amman, arriverait aux environs de l'ancienne Sukkot en prenant simplement la route du nord-ouest.

 

Le 16 du mois hébraïque de Tishri,

second jour de la Fête des Tabernacles.

L'équivalent de notre 17 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

A la Maison de l'Hysope et sur la route vers Sukkoth,

actuellement en Jordanie.

 

En remontant  vers Sukkoth, à deux lieues environ du Jourdain, une ville qui appartenait alors à la Tribu de Gad, Il traversa avec ses disciples une pauvre bourgade dont les maisons étaient couvertes de roseaux; les habitants occupaient encore les tentes de feuillage qui servaient pour la Fête des Tabernacles. En hébreu, le nom de cette localité signifie « la Maison de l'hysope ». L'hysope est un arbrisseau à fleurs bleues et qui était souvent opposé au cèdre, un peu comme chez nous on oppose le chêne et le roseau, le plus grand et le plus petit. En traversant cette bourgade, le Seigneur parla des arrêts sévères qui pèseraient bientôt sur le monde et leur prédit des temps de famine et d'horreur où une mère dénaturée en viendrait même à faire rôtir son enfant pour apaiser sa faim. Et la scène  ici prophétisée fut montrée à Anne-Catherine Emmerick : pendant le siège de Jérusalem (un peu après  la Pâque juive de l'An 70 de notre Ere jusqu'au 29 août de la même année), une femme originaire de la localité qu'ils traversaient (« La Maison de l'Hysope »), mais qui n'était pas encore née à ce moment, fit en effet rôtir son propre enfant et dévora sa chair.

Ils arrivèrent ensuite à une petite ville où Jésus enseigna. Mais les habitants y étaient mal disposés contre Lui; il y avait là des espions de Ses ennemis de Jérusalem; ils Le contredirent dans Son Enseignement et se moquèrent de ce qu'Il leur dit de Son Père céleste. De ce fait, Il ne passa que quelques courts moments dans cette agglomération.

 

A Sukkot,

aujourd'hui Ghor Abu Ubeida, en Jordanie.

 

Il traversa un cours d'eau, S'éloigna, et, vers le soir, Il parvint à Sukkot (on dit aussi Soukkot), une ville de dimension moyenne. Il vint cependant beaucoup de monde pour rencontrer le Sauveur, notamment des malades. Il enseigna dans la synagogue puis fit donner le Baptême. Plusieurs disciples se joignirent à Saturnin pour administrer ce Baptême. Et, parmi les anciens disciples du Baptiste qui avaient suivi le Seigneur lorsqu'Il était passé non loin de Jean le 12 octobre dernier, se trouvaient deux frères; le nom de l'un était Aram et le nom du second Théméni. Du côté de leur mère, ils étaient neveux de Joseph d'Arimathie. C'est en grande partie parce qu'ils étaient devenus orphelins que Joseph avait quitté sa ville d'Arimathie (à une douzaine de kilomètres à l'est d'Antipatris et à une trentaine de kilomètres à l'est de Tel Aviv, l'ancienne ville de Joppé et de Jaffa) pour venir s'installer à Jérusalem et veiller sur eux. Aram et Théméni étaient en partie propriétaires, avec leur oncle, du jardin dans lequel, plus tard, sera enterré le Sauveur. Ces deux neveux de Joseph d'Arimathie avaient fait la connaissance de Luc à l'époque où il s'occupait de médecine et de peinture. Comme la Fête de Saint Luc est célébrée le 18 octobre, la pensée d'Anne-Catherine Emmerick se tourna vers lui déjà ce 17 octobre et elle vit qu'il était dans la vallée de Zabulon, en Galilée, avec Barthélémy qui demeurait là. Ils parlaient du Baptême de Jean, que Barthélémy avait reçu, et des bruits qui couraient concernant le Messie annoncé par le Baptiste. Luc ne pouvait comprendre pourquoi Jésus allait si souvent avec de si petites gens. Anne-Catherine Emmerick ne parvient pas bien à déterminer quelle était sa religion à l'époque; ni Juif, ni « Gentil », dit-elle, il était avant tout un savant curieux qui recherchait les occasions de s'instruire. Il était né à Antioche, s'habillait à la romaine plutôt que selon la façon juive. Il avait étudié la médecine en Egypte, l'exerçait, et recueillait fort souvent des plantes médicinales (ce que l'on nomme des « simples »), au cours de ses voyages, pour élaborer ses remèdes. Il pratiquait également la peinture et gagnait même certaines sommes d'argent en envoyant en Egypte des peintures d'idoles égyptiennes qu'il réalisait. Il avait des relations assez fréquentes avec des disciples du Sauveur mais il ne se joignit finalement à eux que peu de temps avant la Passion. Anticipant sur le futur, Anne-Catherine voit que Théméni et Aram accompagnèrent quelque temps l'Apôtre Paul dans ses voyages, sous des noms différents, qu'ils avaient reçus au moment de leur Baptême, et qu'ils suivirent Luc en Egypte, ainsi que dans le pays où il fut martyrisé, la Bythinie.

A Soccoth, en ce 17 octobre de l'An 26 de notre Ere, le Baptême fut donné avec l'eau d'un puits placé dans une grotte qu'on avait creusé dans la roche. La partie occidentale de cette grotte était orientée vers le Jourdain, qu'une colline empêchait d'apercevoir d'ici. Mais l'eau de ce puits venait du Jourdain. Le jour pénétrait dans cette grotte au moyen d'ouvertures pratiquées vers le haut; en face de l'entrée de la grotte, il y avait un grand et magnifique jardin avec du gazon, des arbres et des plantes aromatiques. Cette grotte, ce puits et ce jardin que vous retrouverez peut-être à Ghor Abû Ubeida, dans l'actuelle Jordanie, formaient un lieu consacré car on y voyait une pierre commémorant une des apparitions de Melchisédech à Abraham.

Jésus parla en ce Lieu du Baptême de Jean, Baptême de pénitence, qui cesserait bientôt pour faire place au Baptême du Saint-Esprit et de la rémission des fautes. Il exigea de ceux qui se présentèrent au Baptême une confession de leurs fautes. Plusieurs, qui voulaient cacher certaines mauvaises actions qu'ils avaient commises, furent confondus par Lui et durent alors faire une confession plus authentique. Après la confession, pour les absoudre de ces fautes, Il élevait Sa Main devant eux, un peu au-dessus. Sur la pierre qui commémorait la venue en ce Lieu de Melchisédech et du Patriarche Abraham, on avait disposé un grand bassin au-dessus duquel celui qui voulait être baptisé se plaçait, les épaules découvertes. Celui qui administrait le Baptême (Saturnin, ou un autre des disciples) puisait à trois reprises de l'eau dans ce bassin et la versait sur la tête du baptisé. Beaucoup de personnes furent baptisées ainsi en ce Lieu, ce jour-là, à Succoth.

Abraham habita Succoth avec sa nourrice Maraha. Il possédait trois champs dans ce pays, et y fit un premier partage avec Loth, son neveu. C'est en ce Lieu que Melchisédech Se montra pour la première fois à Abraham, un peu à la façon dont les Anges, parfois, peuvent apparaître. Il lui ordonna de faire un sacrifice où il immolerait des colombes, des oiseaux au bec aigu, et des animaux d'une autre espèce. Anne-Catherine Emmerick ne se souvenait plus de quels genres d'animaux il s'agissait. Le livre de la Genèse, XV, 9, mentionne « une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un pigeonneau ». Melchisédech indiqua à Abraham qu'il reviendrait pour offrir un autre Sacrifice, celui du Pain et du Vin. Il parla aussi de plusieurs Grâces qu'Abraham devait demander à Dieu. Et Il l'avertit de ce qui devait arriver à Sodome et à Loth. A cette époque, Melchisédech n'était plus fixé à Salem.  

A un moment, par la suite, le petit-fils d'Abraham, le Patriarche Jacob, demeura lui aussi à Succoth. Cette grotte située à Ghor Abû Ubeida en Jordanie et où se trouve un puits dont l'eau provient du Jourdain est donc un Lieu tout à fait exceptionnel spirituellement puisque, d'après Anne-Catherine Emmerick, Melchisédech, l'une des incarnations de la Trinité, y est apparu à Abraham, que Jacob y est venu, et que le Christ y a donné le Baptême, aidé en cela par Saturnin (martyrisé bien plus tard à Toulouse) et par Aram et Théméni, les deux neveux de Joseph d'Arimathie (qui, plus tard, accompagnèrent l'Apôtre Paul et l'Evangéliste Luc en leurs voyages, et qui, avant cela, avaient offert avec leur oncle un  jardin qu'ils possédaient pour que le corps du Seigneur y soit enseveli).

 

Le 17 du mois hébraïque de Tishri,

troisième jour de la Fête des Tabernacles,

l'équivalent de notre 18 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

En direction de Chorazaïm-la-Grande,

au nord-est du Lac de Tibériade.

 

Depuis Succoth, le Sauveur continua vers le nord et commença à prendre la direction de la ville de Chorazaïm-la-Grande. Il avait donné là rendez-vous à Sa mère et aux Saintes Femmes qui, déjà, s'étaient jointes à elle, dans une hôtellerie voisine de cette ville.

 

Le 19 du mois hébraïque de Tishri,

5ème jour de la Fête des Tabernacles.

Jour du Sabbat.

L'équivalent du 20 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

A Gabara,

aujourd'hui Umm-Qeis, en Jordanie.

 

Sur Son chemin, le Sauveur traversa la ville de Gabara, qui se nomme aujourd'hui Umm-Qeis, et Il y célébra le Sabbat. Le voyageur qui, de nos jours, voudrait utiliser la route et l'automobile pour effectuer le même trajet pourrait, à partir de Ghor Abû Ubeida prendre la route qui passe par Kuraiyima, Arab el Mashra et Waqqäs; toutes ces localités se trouvant dans l'actuel Royaume de Jordanie.

 

Le 20 du mois hébraïque de Tishri,

6 ème jour de la Fête des Tabernacle.
L'équivalent de notre 21 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

A proximité de Chorazaïm-la-Grande.

 

Pour se rendre de l'ancienne Gadara (aujourd'hui Umm Qeis) jusqu'à la ville qui se nommait au temps de Jésus « Chorazaïm-la-Grande », il faut longer la rive droite du Lac de Tibériade. Chorazaïm-la-Petite et Chorazaïm-la-Grande étaient situées à peu de distance du Mont des Béatitudes, légèrement au nord-est du Lac de Tibériade.
Jésus et Ses disciples arrivèrent dans une hôtellerie située à peu de distance du Lac de Tibériade. Tout était encore disposé, ici, du point de vue de l'aspect extérieur, pour la Fête des Huttes, des Tentes ou des Tabernacles. C'est là que le Sauveur retrouva, comme convenu, Sa mère et les Saintes Femmes. Ces dernières s'y trouvaient depuis plusieurs jours et c'est là qu'elles avaient célébré la Fête des Tabernacles en faisant sans doute venir de Gadara tout ce qui avait été nécessaire pour la Fête. Il y avait là, avec Marie, entre autres, la femme de Simon-Pierre et Suzanne de Jérusalem. Séraphia par contre n'y était pas.

Jésus eut un entretien en particulier avec Sa mère. Marie était grave et inquiète: elle avait entendu parler des mauvaises dispositions des membres du Sanhédrin à son sujet et elle conjura son fils de ne pas Se rendre à Jérusalem. Jésus lui dit qu'Il allait à Béthanie, chez Lazare, et que, de là, il partirait au désert pour un certain temps. Elle n'avait donc pas à s'inquiéter.

Vers le soir, alors que commençait le 7ème jour de la Fête des Tabernacles, Jésus S'adressa au peuple depuis une colline qui comportait une chaire de pierre dont les Prophètes s'étaient servie autrefois pour lancer leurs avertissements aux Hébreux. Beaucoup de gens étaient venus des environs. Une trentaine de femmes étaient là aussi, toutes ensemble, et séparées des hommes. Jésus parla du Baptême de Jean, qui allait cesser bientôt, et des persécutions qui seraient dirigées contre Lui et contre Ses disciples.

Ayant terminé Sa Prédication destinée à l'ensemble des assistants, Il S'adressa à Ses disciples; Il les prévint qu'Il allait S'éloigner d'eux pour quelque temps. Il dit également aux Saintes Femmes qu'elles devaient se disperser jusqu'à Son retour.

 

Le 21 du mois hébraïque de Tishri,

7ème jour de la Fête des Tabernacles.
L'équivalent de notre 21 octobre.
En chemin vers la ville de Ruma.

 

Le soir du 21 octobre, le Seigneur quitta l'hôtellerie des environs de Chorazaïm-la-Grande avec une vingtaine de personnes et Il prit la direction du sud-ouest, avec l'intention de Se rendre à la ville de Ruma, au nord-est de Silo et à l'est de Phasaël (aujourd'hui Peza'El, non loin de la grande route qui descend depuis le Lac de Tibériade vers Jéricho). 

 

Le 22 octobre de l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers Ruma.

 

En ce 22 octobre au soir, quelque part sur la route menant à Ruma (au nord-est de Silo et à l'est de Phasaël), Il parvint jusqu'à une hôtellerie qui avait été établie il y a peu pour Le recevoir, Lui et les Siens. Marthe, la soeur de Lazare, dont le premier voyage en compagnie des Saintes Femmes avait été celui de Gérasa (aujourd'hui Oemm el-Qanatir), l'avait fondée récemment. Les amis que le Sauveur avait à Jérusalem en supportaient les frais et les gens chargés d'y assurer le service demeuraient dans le voisinage. A Chorazaïm-la-Grande, les Saintes Femmes avaient parlé au Sauveur de cette hôtellerie mise à Sa disposition et à celle de Ses disciples.

Des Esséniens qui demeuraient dans le voisinage se rendirent dans cette hôtellerie, s'entretinrent avec Lui et partagèrent Son repas.

Il alla à la synagogue de Ruma et y parla du Baptême de Jean, un Baptême de pénitence, une préparation, qui différait du Baptême donné par Celui que Jean ne cessait d'annoncer. Des Pharisiens l'ayant interrogé sur les Signes qui permettraient de reconnaître la venue du Messie, Il leur répondit  en rappelant plusieurs des textes de l'Ancien Testament qui précisaient quelques uns de ces Signes. Dans cette synagogue, Jésus S'éleva aussi contre les mariages mixtes avec des Samaritains ou des Gentils (des païens).

Judas Iscariote était venu seul et il entendit ici pour la première fois l'Enseignement du Sauveur.  La ville d'Ischariot est située à peu près à mi-chemin  entre les villes actuelles de Naplouse (l'ancienne Sichem) et de Jénin (l'ancienne Ginéa), un peu à l'est de ces deux villes. Ou encore, la ville se trouve au nord de l'ancienne Thanat-Silo. Judas s'occupait de commerce et d'écritures et avait un certain empressement à rendre service aux gens.

 

Le 23 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 24 octobre.

En l'An 26 de notre Ere.

A Phasaël, aujourd'hui Peza'El.

 

Peu de temps après avoir fini Son Instruction dans la synagogue de Ruma, Jésus Se rendit à Phasaël, où un Essénien l'avait invité à venir chez lui. Il se nommait Jaïre, avait pour ancêtre Charioth, cet Essénien qui avait fondé les Communautés Esséniennes de Bethléem et de Maspha, faisait partie, lui, des Esséniens ayant droit de se marier, et sa femme vivait encore. Il avait plusieurs enfants, deux garçons, Ammon et Caleb, et une fille, que le Sauveur guérit par la suite, mais qu'il ne faut pas confondre avec la fille de Jaïre dont parle l'Evangile.

L'Essénien Jaïre, de Phasaël, connaissait un grand nombre de détails relatifs à la Sainte Famille et à l'enfance du Sauveur. Sa charité faisait de lui la providence de la localité : il nourrissait les pauvres et instruisait à jours fixes les enfants et les ignorants, car il n'y avait ni prêtre ni école religieuse à Phasaël. Il soignait aussi des malades. Il se rendit avec ses deux fils au-devant de Jésus et Le reçut chez lui avec de grands témoignages d'humilité. Le Sauveur prit chez lui un repas. Il parla, là encore, du Baptême de Jean comme d'un Baptême de pénitence et dit que la pénitence a le privilège de détruire tous les effets pernicieux des fautes commises. Il évoqua ensuite l'établissement prochain du Royaume de Dieu.

Il visita plusieurs malades avec Jaïre, et il leur prodigua des consolations, mais sans vouloir les guérir. Il leur promit de revenir dans quatre mois et, à ce moment, de les guérir. Il fit allusion à ce qui s'était passé autrefois dans les environs de Phasaël; c'était là qu'Esaü, tout à sa colère contre son frère Jacob, s'était retiré pendant une certaine période après avoir quitté la demeure de son père Isaac à Bersabée (Beer-Shéba). C'était cette colère d'Esaü contre son frère qui avait attiré ensuite sur cette bourgade l'espèce de mauvaise réputation qu'elle avait. Il parla aussi de la Miséricorde du Père céleste qui réalisait toutes Ses Promesses en faveur de ceux qui croyaient en Son Envoyé, faisaient pénitence pour leurs fautes et recevaient le Baptême de régénération.

Le soir, Il partit avec Ses disciples de Phasaël pour Béthanie. Jaïre et ses deux fils L'accompagnèrent sur une bonne partie du chemin avant de s'en retourner chez eux.

 

  Le 24 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 25 octobre,

en l'An 26 de notre Ere,

dans une Hôtellerie proche de Béthanie.

 

Le lendemain (25 octobre), Jésus et Ses disciples étaient dans une Hôtellerie proche de Béthanie. Le Sauveur y parla longuement, et, en faisant Ses adieux provisoires à Ses disciples, Il les informa des dangers qui Le menaçaient ainsi que tous ceux qui s'attacheraient à Lui et L'accompagneraient à l'avenir dans Ses courses. Il leur dit qu'ils pouvaient Le quitter; avant de s'attacher définitivement à Lui, ils devaient voir s'ils étaient capables de persévérer malgré les dangers annoncés et les persécutions qui viendraient.

Lazare vint alors chercher le Seigneur à l'Hôtellerie et la plupart des disciples retournèrent chez eux, méditant ce qui leur avait été dit. Aram et Théméni, les deux neveux de Joseph d'Arimathie, L'accompagnèrent seuls, avec Lazare, à Béthanie, où Il était attendu par plusieurs de Ses amis de Jérusalem, par plusieurs Saintes Femmes,  avec, parmi elles, Séraphia, la future Véronique.

 

Judas, après avoir entendu pendant deux jours les Enseignements du Sauveur, était allé s'entretenir à Son sujet avec les Pharisiens, Ses ennemis. Il se rendit ensuite dans une localité voisine, qui avait d'ailleurs une assez mauvaise réputation. Il y parla en très bonne part de Jésus devant un homme pieux qui, plus tard, invita le Seigneur à Se rendre chez lui. Dans la bourgade où il était, Judas, dit Anne-Catherine Emmerick, fit un grand éloge de Jésus parce que c'était un hypocrite dont le langage changeait suivant les circonstances et les opinions de ceux avec lesquels il se trouvait.

 

Le 25 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 26 octobre,

en l'An 26 de notre Ere,

à Béthanie, chez Lazare.

 

Chez Lazare se trouvaient Joseph d'Arimathie, qui retrouva donc aussi ses deux neveux,   Nicodème, lié d'amitié avec Joseph d'Arimathie, Obed (le fils du vieillard Siméon) et Simon le lépreux, un pharisien de Béthanie ami de Lazare, et qu'il ne faut pas confondre avec « Simon le Pharisien » mentionné par Luc, VII, 36 à 50.

A un moment, dans un appartement un peu isolé qui donnait sur des jardins où se trouvaient des bains, on ouvrit, en présence de Lazare et, seulement, de quelques autres amis, des rouleaux des Ecritures qu'on avait apportés de Jérusalem. Jésus y expliqua les principaux passages des Prophètes qui se rapportaient au Libérateur promis. Il fut ensuite question de l'endroit où Il Se fixerait. On Lui conseilla de ne pas S'établir à Jérusalem, et on Lui communiqua tout ce qui se disait là-bas contre Lui. On Lui conseilla de Se fixer à Salem, tout près du Jourdain, non loin du lieu où Jean, près d'Ainon, avait baptisé un moment, parce qu'il ne se trouvait là qu'un petit nombre de Pharisiens. A propos de Salem, Jésus évoqua alors Melchisédech, qui y avait résidé, et dont le Sacerdoce figuratif du Pain et du Vin allait enfin être réalisé. Melchisédech avait eu l'honneur, dit Jésus, de mesurer toutes les voies et de prendre possession de toutes les localités qui, selon les Desseins du Père céleste, devaient être à présent visitées par le Fils de l'Homme. Cependant, Jésus leur dit que, le plus souvent, Il résiderait, Lui, en Galilée, sur les bords du Lac de Tibériade. Lazare  alors conçut bien sûr beaucoup d'espoir au sujet de sa soeur Marie qui logeait elle aussi près du Lac de Tibériade, à Magdala.

Après cela, devant un auditoire plus large, Jésus parla à nouveau du Baptême de Jean et de celui du Messie, de la pénitence et de la régénération, de la Loi et de Ses Promesses, enfin des différentes sectes qui divisaient le Judaïsme, les Pharisiens, trop attachés à la lettre, les Sadducéens, qui ne croyaient pas à la résurrection, les Zélotes, qui concevaient le rôle du Libérateur d'Israël dans un sens trop terrestre et politique, le plus grand nombre des Esséniens, enfin, qui, presque tous, avaient reçu le Baptême de Jean et venaient L'entendre parler lorsqu'Il Se déplaçait ici et là.

Ensuite, dans les anciens appartements de Magdeleine, qui donnaient sur la route qui, de Béthanie, va à Jérusalem, Jésus rendit visite aux Saintes Femmes. Après un moment, sur la demande du Sauveur, Lazare alla chercher sa soeur Marie la Silencieuse. Puis il laissa Jésus Seul avec elle, les autres Femmes se retirant dans une sorte d'antichambre voisine.

Aujourd'hui, le comportement de Marie la Silencieuse vis à vis de Jésus fut différent de ce qu'il avait été la fois précédente. Elle se prosterna devant le Sauveur et lui baisa les pieds. Il la laissa faire, puis Il la releva doucement en la prenant par la main. Pendant tout l'entretien, elle garda alors, comme la première fois, les yeux constamment fixés vers le Ciel.

Elle parla avec une simplicité admirable des Mystères les plus sublimes et les plus profonds; elle parla de Dieu, de Son Fils, de Son Royaume à peu près comme une paysanne naïve et ignorante aurait parlé du seigneur du village et de son château. La Prophétie se mêlait à la Vision dans son discours.  Comme si elle avait entendu une sorte de Parabole, elle rappela les grandes iniquités qui avaient été commises et la manière indigne dont les serviteurs avaient abusé de la confiance de leur Maître. Le Père de famille avait envoyé Son Fils pour rétablir l'ordre et expier leurs fautes. Mais on devait Lui faire mauvais accueil; il devait mourir au milieu des tourments. Son Sang rachèterait Son Héritage, et Il effacerait les crimes de Ses serviteurs, qui redeviendraient, grâce à Lui, les enfants de Son Père.

Elle racontait cette Parabole avec tant de détails, en lui donnant une forme si naturelle, qu'on aurait dit qu'elle décrivait des scènes qui se passaient sous ses yeux. Elle passait de la joie à la douleur. Ainsi, elle se plaignait amèrement de n'être qu'une pauvre fille inutile et de voir les tourments infinis du Fils de Son Père et Seigneur. Elle s'attristait aussi de ce que les serviteurs ne la comprenaient pas; cependant ce qu'elle disait était si vrai, si facile à entendre !

Elle n'oublia pas d'évoquer la Résurrection : un jour, dit-elle, le Fils descendrait auprès des serviteurs enfermés dans les cachots souterrains; Il les consolerait, les délivrerait parce qu'Il les avait rachetés, et Il retournerait avec eux auprès de Son Père céleste. Pour ceux qui refuseraient de reconnaître les fruits de la satisfaction qu'il avait donnée à la Justice de Son Père, et qui continueraient à se livrer à des oeuvres mauvaises, à l'époque où Il reviendrait, Lui, sur la terre,     ils seraient condamnés à être jetés dans le Feu.

Elle parla aussi de la mort et de la résurrection de son frère Lazare : « Lazare quitte la terre et visite l'autre monde. Et on pleure sur lui comme si on ne devait plus le revoir. Mais le Fils de l'Homme le rappelle depuis le trépas, et il travaille à la Vigne ». Elle évoqua aussi sa chère Magdeleine. Sa soeur était maintenant dans le désert affreux qu'ont traversé les enfants d'Israël, dans ces lieux maudits où règnent les Ténèbres et où jamais homme n'a pénétré. Mais elle en sortira pour aller dans un autre désert où elle réparera, par la pénitence, les fautes de sa vie passée. Marie la Silencieuse avait donc eu, ici, dès ce moment, la Vision, sans la nommer, de la Grotte de la Sainte Baume où Marie-Magdeleine demeurera, une dizaine d'années plus tard, et durant plus de trente ans.

Marie la Silencieuse se considérait comme une captive; son corps était pour elle une prison; elle ne comprenait rien à la vie présente, et soupirait après « la Patrie ». On ne la comprenait pas; ceux qui l'entouraient lui semblaient frappés d'aveuglement. Cependant, elle consentait à rester sur la terre et à souffrir en prenant patience. Elle ne méritait pas d'être mieux traitée.

Le Seigneur lui parla avec beaucoup d'amitié. Il la consola et lui dit : « Tu retourneras dans la Patrie après la Pâque, lorsque Je serai revenu ». Il la bénit, et, quand elle se fut agenouillée, Il étendit les Mains sur elle, prit un flacon et répandit sur sa tête une partie de l'huile qui y était enfermée.

Marie la Silencieuse était une sainte personne, dit Anne-Catherine Emmerick; on se trompait sur son compte et on ne la comprenait pas. Elle avait continuellement des Visions relatives à l'oeuvre de la Rédemption, que nulle autre personne n'avait à l'époque et qu'elle expliquait avec une naïveté toute enfantine. On croyait généralement qu'elle n'avait pas l'usage de sa raison.

Le Sauveur, après lui avoir dit que, bientôt, ses liens seraient brisés, et lui avoir fait connaître l'époque de sa mort, versa de l'huile sur sa tête, comme pour l'embaumer, en raison de sa mort prochaine. On peut en conclure, ajoute Anne-Catherine, que la cérémonie de l'embaumement n'est pas aussi futile qu'on le pense généralement. Personne, peut-être, n'aurait songé à rendre ce devoir à la pauvre fille que l'on considérait comme folle, et dont la sainteté était un Mystère. Le Sauveur eut pitié d'elle et ne dédaigna pas de lui rendre, à l'avance, ce devoir suprême.

Peu de temps après, Marie la Silencieuse quitta Jésus et elle rentra dans la partie de la maison qui constituait son logis personnel.

Revenu avec Ses autres amis et les Saintes Femmes, Jésus compara à nouveau le Baptême de Jean et le Baptême du Saint-Esprit. L'une des différences principales entre le Baptême du Précurseur et celui que donnèrent les disciples du Sauveur jusqu'à la période qui a précédé Sa mort, était que la confession des fautes commises était publique et générale chez le Baptiste, alors qu'elle était particulière, individuelle, donc plus exigeante, avec Jésus ou avec ses disciples. Anne-Catherine précise qu'aucun de ceux que le Précurseur avait baptisés ne fut rebaptisé avant la Pentecôte de l'An 29.

Les amis du Seigneur qui demeuraient à Jérusalem retournèrent chez eux avant l'heure à laquelle commençait, dès le vendredi soir, la préparation du Sabbat. Aram et Théméni partirent avec Joseph d'Arimathie. Jésus leur dit qu'Il allait Se retirer quelque temps, mais Il ne leur parla pas du Jeûne auquel Il voulait Se livrer dans le Désert.

 

Le 25 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 26 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers le Mont de la Quarantaine.

 

Avant l'heure à laquelle commençait la préparation du Sabbat, Jésus, accompagné de Lazare, Se rendit à l'hôtellerie que le frère de Marthe avait établie dans le voisinage du désert. Jésus dit alors à Lazare, ce qu'Il n'avait dit à aucun autre, qu'Il ne reviendrait que dans quarante jours. On voit  ici, une fois de plus, la très grande amitié qui existait entre Lazare, le futur évangélisateur de Marseille, et le Seigneur.

 

Au sortir de l'hôtellerie de Lazare, Jésus, marchant une fois de plus pieds nus, continua Seul Son chemin. Après avoir d'abord pris la direction du sud, comme s'Il voulait aller à Bethléem et passer entre la maison des parents d'Anne et celle du parent de Joseph qui demeurait à Maspha (aujourd'hui, Mizpé-Yériho, à quelques kilomètres au sud de Jéricho), Il emprunta un certain nombre de sentiers, et arriva à l'endroit où l'Arche avait été déposée et où Jean-Baptiste avait célébré une Fête vers la fin du mois d'août. Puis, de là, Il Se dirigea vers ce que nous nommons encore aujourd'hui « le Mont de la Quarantaine ». La nuit était déjà venue lorsque le Sauveur gravit le Mont. Là, Il S'enfonça dans une grotte large et profonde. Et c'est en ce lieu qu'Il commença Son Jeûne de quarante jours. C'est là également qu'Il le terminera. Mais, nous le verrons, ce n'est pas là qu'Il passera la presque totalité des quarante jours.

 

Retours vers le passé du Mont de la Quarantaine.

 

Au temps de Josué, au début de la conquête de la Terre Promise, les Israélites avaient leur camp au bas du Mont de la Quarantaine lorsque, faisant sonner les trompettes célèbres, ils promenèrent l'Arche d'Alliance autour des remparts de Jéricho. Et l'on sait, comme Victor Hugo l'a magnifiquement conté dans son poème

« Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée »,

qu'

« A la septième fois, les murailles tombèrent ».

 

Par la suite, le Prophète Elie se cacha quelque temps dans la grotte où le Seigneur vient de parvenir; c'était à l'époque où Elie devait se mettre à l'abri de la colère du Roi Achab, qui régna de l'an 874 à l'an 853 avant notre Ere.

 

Après le départ d'Elie sur le Char de Feu, Elisée vint aussi en ces lieux et, dans le voisinage, il y adoucit l'eau d'un puits, ainsi que le raconte le Second Livre des Rois, chapitre II, versets 19 à 22.

Enfin, cent cinquante ans avant l'époque où Jésus vint dans cette grotte, une vingtaine d'Esséniens y avaient établi leur séjour.

 

 

Retour au Commencement.

 

Cependant, pour essayer de nous approcher, au moins un peu, de ce qui était en jeu et de ce qui a eu lieu pendant ces Quarante jours de Jeûne, nous devons à présent effectuer, avec Anne-Catherine Emmerick, un immense retour en arrière.

 

La Création de l'univers matériel n'avait pas encore eu lieu.

 

Il y a un Espace de Lumière Infini.

Il y a, très haut dans cet Espace,

comme un Globe Lumineux semblable à un Soleil.

Dans Ce Globe,

Se trouve

l'Unité

 des Trois Personnes Divines.

Il y a, Très Haut dans cet Espace,

comme un Globe Lumineux semblable à un Soleil.

 

Il y a un Consentement Divin.

Une Opération Créatrice Se produit,

et des Choeurs d'Anges infiniment éclatants,

infiniment puissants et beaux,

apparaissent sous le Globe Lumineux,

comme des Anneaux émanant du Globe

en cercles concentriques

immensément brillants.

Ce Monde de Lumière se tient au-dessous du Soleil Supérieur,

comme un autre soleil.

 

D'abord, ces Choeurs évoluent tous,

comme animés par l'Amour issu du Soleil Divin.

Tous les Anges, créés libres,

sont continuellement tirés hors d'eux-mêmes

par un Mouvement supérieur à eux.

Et l'Amour pour le Très Haut

est Ce Qui, continuellement,

les tire hors d'eux-mêmes.

Gratitude Infinie.

Merveille.

 

Mais voici que plusieurs, parmi les Choeurs des Anges,

se fixent en eux-mêmes.
Créés libres,

ils sont assez nombreux à s'abîmer en leur propre beauté.

Ils se tournent sur eux-mêmes et vers eux-mêmes,

ils voient la beauté d'abord en eux-mêmes.

Ils se complaisent en eux-mêmes,

ils sont centrés désormais sur eux-mêmes.

 

Fascinés par eux-mêmes

et la Beauté Qui est en eux,

ils  ressentent désormais leur propre plaisir.
Leur amour, tourné vers eux-mêmes,

devient amour-propre,

et chacun de ces anges déchus

est comme un Narcisse amoureux de lui-même,

admiratif de lui-même.

Chacun d'eux est devenu

un Orgueilleux de soi-même.

 

Au lieu d'être continuellement tirés hors d'eux-mêmes

par l'Amour et la Gratitude

pour leur Créateur,

ils ont fait usage de la liberté

pour se fixer en eux-mêmes.
Immobilité en soi-même.

A la place d'un continuel Mouvement d'Amour.

ils deviennent comme statiques,

tandis que dans les Choeurs des Anges

demeurés fidèles,

tout vibre,

 en un continuel mouvement d'Amour.

 

Alors,

tous ces anges déchus

désormais centrés sur eux-mêmes,

admirant leur propre beauté

et leur propre puissance,

ont commencé  à s'obscurcir,

à descendre,

 à chuter.

Vers l'Abîme ils se précipitaient,

tous les orgueilleux de soi-même.

 

Les Anges demeurés fidèles s'écartent d'eux

et se disposent de façon à venir combler les rangs

qui se sont éclaircis,

les rangs de tous ceux qui ont sombré

dans l'amour de soi-même.

 

Et tandis que les anges déchus tombaient,

immobilisés en eux-mêmes,

devenus intérieurement obscurs et statiques,

les anges fidèles,

toujours en mouvement,

occupaient leurs rangs.
Et tout ceci était une seule et même chose.

 

Celui qui se détourne du Soleil Créateur,

de la Source de toute Lumière,

celui-là, bien sûr,

devient obscur.

Amoureux désormais de lui-même

et de l'amour de soi,

centré sur lui-même,

coupé de la Lumière Divine,

il devient ténébreux,

d'une triste beauté de ténèbres

amoureuses d'elles-mêmes.

 

Lorsque ces anges déchus se furent précipités

vers l'abîme,

en bas, il y eut un disque de ténèbres.

Et l'espace dont dispose les déchus

est bien moins vaste

que celui où ils se trouvaient chez eux,

avant la chute.

 

Anne-Catherine enfant

avait eu la Vision de la Chute des anges,

et depuis, elle était effrayée jour et nuit de leur action.

Car ils sont nombreux,

car ils sont toujours autour de la terre,

car ils y provoquent beaucoup de mal,

et s'ils avaient un corps,

on les verrait planer entre la terre et le soleil,

comme de sombres nuées,

et la lumière du soleil en serait obscurcie.

 

Après la Chute d'une partie des anges dans l'abîme,

il y eut une Requête

de la part de ceux qui étaient toujours

dans les cercles lumineux.

Ils se présentèrent humblement

devant le Globe de la Divinité

et ils demandèrent avec respect

que ce qui était tombé fut de nouveau rétabli.

 

Il y eut un Mouvement,

il y eut une Opération qui S'effectua

après cette demande

qui avait été espérée.

Et à la suite de ce Mouvement et de cette Opération,

les Choeurs angéliques furent désormais

préservés de toute chute.

 

Les anges déchus ayant fait si mauvais usage de la liberté,

les choeurs angéliques offrirent leur propre liberté

à l'Eternel,

ils renoncèrent volontairement à cette liberté,

afin de vibrer éternellement

dans l'Amour pour Dieu.

 

Cependant une Parole de l'Eternel fut proférée alors

comme Loi pour le Réel :

tant que les places laissées vides par les Choeurs des anges déchus

n'auront pas été comblées,

tant que le Nombre des Anges ne sera pas rétabli,

IL Y AURA UN COMBAT.

Un Combat dont la durée est si infiniment longue,

dit Anne-Catherine,

que pour son âme,

cela apparaissait impossible,

in-envisageable.

 

C'est cette Parole du Réel comme Combat

qui a entraîné la Création

du lieu où le Combat se déroulerait,

la Terre.

Car, désormais,

il ne peut plus y avoir de Combat dans le Ciel,

où les Anges ne font que VIBRER

dans la Puissance et l'Amour de l'Eternel.

 

La liberté dont une partie des anges a fait si mauvais usage,

fut offerte à l'être humain.

Et l'âme humaine, l'esprit humain,

devinrent donc les lieux du Combat

entre la Lumière et les Ténèbres,

entre le Seigneur et les Anges déchus et faisant déchoir,

entre les Anges restés fidèles

et ceux qui ont préféré l'abîme.

Entre l'Amour du Seigneur

et l'amour de soi, l'amour centré sur soi.

Entre l'amour, la bienveillance et l'hospitalité pour les autres,

d'un côté,

et l'orgueil et la volonté de puissance et de gloire pour soi-même,

de l'autre.

 

S'il ne peut plus y avoir de Combat dans le Ciel,

certains Anges parmi les Fidèles

sont orientés pour le Combat

qui se déroule sur la terre.

Et c'est ce que dit le Nom même de l'Archange Micha-Ël :

« Qui est comme Dieu ? »,

« Qui osera dire qu'il est comme Dieu ? ».
Celui qui parlera ainsi,

dit le Nom de l'Archange Michaël,

je le combattrai.
Et ainsi est-il le chef des Milices célestes.
Et ce qu'il combat c'est l'orgueil et la prétention

de se dire Dieu ou de s'identifier à Dieu,

ou de se prendre pour Dieu.

 

Un écho de ce Combat

dans l'âme et l'esprit  de l'épouse d'Adam

nous est raconté dans le Livre de la Genèse.

C'est sur l'orgueil spirituel

que joue le Tentateur :

« Vous serez comme des Dieux ».

(Genèse III, 5).

Vous aurez la Puissance.

Vous pourrez vous admirer vous-mêmes.

Vous pourrez admirer votre propre beauté,

vous pourrez admirer votre propre puissance.

Ainsi, les Anges qui se sont complus en eux-mêmes

ont-ils réussi à inciter

Eve, puis Adam,

à s'abîmer eux aussi

dans la complaisance et la célébration d'eux-mêmes.

 

Mais si je me complais en moi-même,

je deviens jaloux de ce dont l'autre dispose,

même si c'est une Bénédiction divine

ou une Grâce.
Et Caïn jaloux de son frère Abel

dont le Sacrifice avait été agréé,

montra par le meurtre de son frère

à quoi conduisait la liberté centrée sur soi-même

et l'amour de soi préféré à l'Amour de Dieu pour nous

et pour tous les êtres humains.

 

*

 

Ensuite, les Anges qui planent sans être vus

et tentent de faire déchoir tous les humains,

ont trouvé belles les filles des hommes.
« Les fils de Dieu, les Elohim,

 trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient,

et ils prirent pour femmes toutes celles qui leur plaisaient ».

Livre de la Genèse, VI, 2.

 

Anne-Catherine Emmerick raconte

comment les anges déchus apprirent aux femmes

toutes les ressources de la Séduction la plus perverse,

puisqu'ils sont du parti du Séducteur.

 

Eux-mêmes, donc, les Elohim,

qui n'avaient pas de corps,

réussirent à prendre possession de tel et tel corps parmi les humains,

et des géants orgueilleux naquirent de ces unions

entre ces Elohim incorporés, ne regardant plus vers Dieu,

et les filles des hommes.

 

Et ainsi la déchéance se répandit sur la terre,

et ce fut comme une victoire ironique

pour les forces des Ténèbres.

 

L'Eternel y répondit par le Déluge,

pour une humanité avilie et pervertie

par les anges  déchus.

Il y répondit aussi par l'Arche

pour Noé et pour les siens.

 

*

 

Plus tard, il y eût même orgueil, mêmes aspirations à la Puissance,

même vouloir de s'égaler à Dieu

lors de la construction de la Tour de Babel.

Anne-Catherine Emmerick raconte dans

« Les Mystères de l'ancienne Alliance »

 comment l'Envoyé de Dieu,

Melchisédech,

Prêtre du Très Haut,

intervint parmi les dirigeants de la construction

et les contremaîtres de la gigantesque Tour.
Il critiqua leurs agissements

et annonça le Châtiment divin.
Et la confusion s'établit

chez les bâtisseurs d'orgueil.

 

« Beaucoup, qui avaient jusqu'alors travaillé très régulièrement,

commencèrent à se prévaloir de leur habileté

et exigèrent des salaires pour leur travail;

ils s'organisèrent en factions

et revendiquèrent tel ou tel privilège.
Les autres protestèrent

et il s'établit un climat d'hostilité et de révolte.

On rejeta la responsabilité sur deux Tribus,

qui furent expulsées;

mais elles se rebellèrent.
Tous en vinrent aux mains,

et ils s'entretuèrent ».

 

*

 

 

 

Le 26 du mois hébraïque de Tishri

l'équivalent de notre 27 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.
Au Mont de la Quarantaine.

 

Dans la grotte du Mont de la Quarantaine,

Anne-Catherine Emmerick vit le Sauveur prier à genoux,

les bras étendus en forme de Croix.

Il demande à Son Père la Force et la Consolation nécessaires

dans toutes les souffrances qui s'offrent à Ses Regards.

Jésus voit à l'avance tout ce qu'Il aura à endurer,

et Il S'y prépare par la prière.

J'ai vu dans une suite de tableaux,

dit Anne-Catherine,

toutes les douleurs, toutes les souffrances par lesquelles Il devait passer

et pour lesquelles Il implorait la Miséricorde de Son Père;

j'ai vu  également, dit-elle,

les Consolations et les Grâces de Force qu'elles Lui ont values,

les mérites qu'Il nous a acquis,

le secours et la victoire dans nos luttes.

Comment Il a rendu méritoires nos combats et nos triomphes,

nos jeûnes et nos oeuvres,

comment Il offrit à Dieu le Père tous Ses Travaux

et toutes Ses Douleurs,

donnant ainsi une valeur inappréciable

aux prières et aux oeuvres

de tous ceux qui croiraient en Lui dans la suite des Siècles.

 

Pendant Sa Prière, cependant, Jésus éprouva une sueur de Sang.

 

*

 

 

Le 27 du mois hébraïque de Tishri,

le 28 du mois d'octobre

en l'An 26 de notre Ere.

En chemin vers la grotte de Yahça,

près de la ville de Libb, en Jordanie .

 

Le jour commençait à poindre. Jésus descendit alors du Mont de la Quarantaine et Se dirigea vers le Jourdain, entre Gilgal et le lieu où Jean continue à donner le Baptême. Le Sauveur passa le Fleuve sur une longue poutre qu'on avait disposé là, en un lieu où le lit du Jourdain est à la fois profond et étroit. Il S'avança alors dans ce qui est aujourd'hui la Jordanie, laissant Bethabara pour suivre, un long moment, dans la direction du sud-est, des sentiers sauvages et escarpés. Il passa un petit cours d'eau, le Wadi Zarqa (Ma'in) et arriva à un Mont situé en face de la vallée au sein de laquelle se trouve l'ancienne ville de Jahça, qui se nomme aujourd'hui Libb. Le Deutéronome (II, 26 à 33) et le Livre des Nombres (XXI, 21 à 26) racontent la bataille importante qui eut lieu jadis ici, au début de la conquête de la Terre Promise. La ville d'Hisbân, au nord de Madaba, était alors la capitale du Roi des Amorites (on dit aussi « des Amorrhéens »), Sihôn. Les Hébreux, ayant achevé leur marche de quarante ans dans le désert, désiraient se rendre vers le nord  afin de traverser le Jourdain et d'entrer en Terre Promise; pour cela, ils avaient besoin de traverser le royaume de Sihôn.

« Israël envoya des messagers dire à Sihôn, roi des Amorites : « Nous voudrions traverser ton pays. Nous ne nous écarterons pas à travers les champs ni les vignes; nous ne boirons pas l'eau des puits; nous suivrons la route royale, jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire ».
Mais Sihôn ne laissa pas Israël traverser son pays. Il rassembla tout son peuple, marcha dans le désert à la rencontre d'Israël et atteignit Yahaç » (on disait aussi Jahça), « où il livra bataille à Israël Israël le frappa du tranchant de l'épée et conquis son pays, depuis l'Arnon jusqu'au Yabboq, jusqu'aux fils d'Ammon, car Yazèr se trouvait à la frontière ennemie. Israël s'empara de toutes les villes des Amorites, de la capitale Hisban et de toutes ses dépendances ».

Les Nombres, XXI, 21 à 25.

 

Lors de cette bataille où les Israélites combattirent à trois contre seize, un prodige inespéré leur donna la victoire : les Amorrhéens furent effrayés par un bruit confus, persistant et puissant, dont ils ne connaissaient pas la cause; ils se débandèrent alors et laissèrent la victoire à leurs adversaires.

 

En venant accomplir à  Jahça la plus grande partie de Son Jeûne de quarante jours, le Seigneur faisait ressentir que la victoire des Hébreux ici, au début de l'entrée dans la Terre Promise, était comme un Figuratif militaire de la victoire spirituelle que Jésus voulait remporter sur les Forces des Ténèbres au cours de Son Jeûne de quarante jours.

 

Celui qui voudrait aujourd'hui retrouver ces lieux pourrait, à partir d'Amman, en Jordanie, prendre la route du sud jusqu'à Madaba; continuant sur cette route, à mi-chemin environ entre Madaba et Dhibân, il parviendra à la petite ville de Libb. A lui de se rendre ensuite jusqu'au Mont  « situé en face de la vallée au sein de laquelle se trouve la ville de Jahça ». Puis, sur ce Mont de 7 à 800 mètres d'altitude, le voyageur pourra retrouver, j'espère, la Grotte Sacrée où le Seigneur séjourna pendant presque la totalité de son Jeûne de quarante jours.

 

L'équivalent de notre 28 octobre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans la Grotte de Yahça,

non loin de la ville de Libb, en Jordanie.

 

Arrivé dans la Grotte de Yahça, le Seigneur Se remit en prière. Il vit de nouveau, avec ce qu'elles ont d'affreux, toutes les Souffrances qui Lui sont réservées.

Satan ne s'est pas encore approché du divin Sauveur. Il ne connaît ni Sa nature divine, ni la Mission qu'Il doit remplir. La Parole du Père éternel « Voici Mon Fils Bien-Aimé dans lequel J'ai mis toute Ma Complaisance » lui avait semblé ne désigner qu'un Prophète, un homme agréable à Dieu par Ses Vertus.

Cependant, Jésus Est déjà en proie à des Peines intérieures aussi variées que cruelles.

La première Tentation contre laquelle Il a à lutter est celle-ci :

« Ce Peuple est trop enfoncé dans le Mal

pour qu'il soit possible de le sauver.

   Dois-Je donc tant souffrir,

et ensuite ne pas même pouvoir réaliser Mon Oeuvre ? ».

 

Mais Voici que surmontant la Tentation du « A quoi bon tout cela ? », le Sauveur accepte enfin toutes ces Souffrances avec un Amour et une Miséricordes infinis pour nous, pour chacun de nous.

 

Le 28 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 29 octobre,

dans la Grotte de Yahça.

 

Ce 29 octobre, le Sauveur est à genoux dans la Grotte de Yahça et son ardente Prière S'élève sans cesse vers Son Père céleste.

Il voit la Chute du premier homme,  et toutes les fautes, tous les crimes qui l'ont suivie. Toutes ces iniquités se présentèrent devant « Ses yeux » (en fait : devant Son Esprit), et s'abattirent sur Lui sous la forme de nuages sombres et affreux. Il vit tout ce qu'Il aurait à souffrir pour expier tout cela, Il vit tous ceux de Ses Mérites qui porteraient réellement fruit à l'homme et tous ceux qui seraient perdus, oui, Il vit toutes celles de Ses Souffrances Qui auront été subies par Lui en vain.

Des Anges de Consolation s'approchèrent encore de Lui dans cette épreuve.

 

Satan rôde autour de la Grotte. Les Royaumes de ce monde sont contrôlés par lui et les Anges de perdition. Pour qui pourrait voir, les Ténèbres enveloppent la terre presque entièrement. Dans l'Empire romain, par exemple, partout, les foules sont entraînées à fréquenter les sinistres Jeux du Cirque, où elles participent aux mises à mort des gladiateurs par une sorte de « vote » avec le pouce : si le pouce est dirigé vers le sol, le gladiateur vaincu peut et doit être mis à mort devant tous les spectateurs. Voir donner la mort, y contribuer, s'en réjouir, voilà les plaisirs pervers auxquels les foules sont massivement entraînées.

Et puis, au milieu de ces Ténèbres accroissant leur emprise sur les âmes, voici qu'autour de ce sage énigmatique, ce Jésus, ce fils de charpentier, il y a comme une Lumière qui S'accroît et sur laquelle les pièges des Ténèbres n'ont pas de prise. Comme si la coque de Ténèbres enveloppant la terre avait été percée en un point, comme si une Lumière venant du plus Haut avait réussi à parvenir jusque sur la terre. Pour les Ténèbres, il y a là comme un début d'usurpation, car, depuis le temps, elles se sont comme habituées à ce que la terre entière soit « dans leur zone d'influence ».

Alors Satan s'inquiète, il s'approche de l'entrée de la Grotte, faisant grand bruit pour attirer l'attention de Jésus, pour le détourner de sa prière.  Le Tentateur avait pris les traits du fils de Léa (l'une des trois veuves de Jérusalem) nommé Eustachius, que le Seigneur chérissait particulièrement. Satan espérait que Jésus s'emporterait en voyant qu'un de ses disciples l'avait suivi

 

 

jusqu'ici, malgré la défense qu'il en avait faite. On peut voir par là que le fait de « s'emporter » peut être une faute grave, puisque le Tentateur essaie de faire en sorte que Jésus la commette. Ce qui, bien sûr, n'eut pas lieu.

Satan, cependant, continua ses manoeuvres contre celui qu'il prenait simplement pour un humain ami de Dieu. Il fit allusion à une colère ressentie par le Baptiste lorsqu'il avait appris que Jésus faisait donner le Baptême, alors que ce n'était pas son affaire. On voit ici que l'Adversaire utilise des réactions de jalousie mesquine et d'incompréhension de certains des disciples du Baptiste pour attribuer cela faussement à Jean-Baptiste lui-même et chercher ainsi à semer la discorde entre Jésus et Jean. Là encore, le Tentateur échoua. Et il dut s'éloigner.

 

L'équivalent de notre 30 octobre.

 

Nous ignorons ce qui eut lieu dans la Grotte de Yahça ce jour-là.

 

Le 30 du mois hébraïque de Tishri,

l'équivalent de notre 31 octobre,

dans la Grotte de Yahça, en Jordanie.

 

Lorsqu'elle revient, en esprit, jusqu'au lieu où Jésus accomplit Son Jeûne et prie, Anne-Catherine Emmerick remarque que la Grotte de Yahça est plus grande qu'elle n'avait cru d'abord. Elle y perçoit aussi une ouverture par où un vent froid et piquant peut pénétrer dans la Grotte, qui a un aspect sauvage, un sol raboteux et inégal. Une végétation éparse est comme accrochée à la roche ici et là. Il y avait suffisamment d'espace pour que le Sauveur, à genoux ou couché, puisse se mettre à l'abri du vent lorsqu'il était froid.

Au moment où Anne-Catherine arrive, Jésus prie, couché sur le sol, bras en Croix, Face contre terre. Elle reste longtemps auprès de Lui, considérant Ses pieds, que Son vêtement ne recouvrait pas. Comme le Seigneur avait marché tout le long pieds nus, malgré le mauvais état des chemins, Ses pieds étaient ensanglantés et portaient la trace de meurtrissures nombreuses. L'ancienne bergère devenue religieuse pouvait tout distinguer facilement à proximité du Seigneur, car Il était tout environné d'une Lumière Qui émanait de Lui.

Tout à coup, un grand bruit se produisit et des flots de Lumière pénétrèrent de toutes parts dans la Caverne. Une troupe d'Anges assez nombreuse arriva, et leurs mains portaient avec respect des objets différents, des objets qui provoquaient l'effroi. En les voyant, Anne-Catherine ressentit une telle  inquiétude, une telle anxiété, qu'il lui sembla qu'elle était tout à coup comme clouée à la paroi de la roche.

Les Anges s'inclinèrent profondément devant le Sauveur, Le saluant avec un immense Respect; puis, ils Lui demandèrent la permission de remplir auprès de Lui la Mission qui leur avait été confiée. Le Seigneur le leur permit.

Alors les Anges Lui demandent s'Il a encore l'Intention de Souffrir pour les êtres humains, comme au Jour où, sortant du Globe de la Divinité, Il avait pris Chair parmi les humains dans le corps de la Vierge Marie de Nazareth. Jésus, de nouveau accepta toute cette Souffrance.

Alors les Anges dressèrent devant Lui, dans la Grotte, une Croix qui, ici, paraissait immense et dont ils avaient apporté les différentes parties. Vingt-cinq Anges environ étaient là; cinq avaient apporté la poutre principale de la Croix, trois la partie supérieure, trois chacun des deux bras, trois le support sur lequel les pieds devaient reposer et trois autres une échelle composée d'un montant central, d'une dizaine de barreaux perpendiculaires, et de supports obliques, en bas, pour assurer une stabilité; l'échelle, une fois dressée, s'élevait un peu plus haut que la Croix. Un Ange tenait en ses mains une corbeille remplie de cordes et de divers instruments; d'autres enfin portaient la lance,     le roseau, les verges, la couronne d'épines, les clous, les vêtements d'ignominie, bref, tous les instruments de la Passion.

La Croix apportée par les Anges était creuse et pouvait s'ouvrir; elle renfermait, en chacune de ses parties, un nombre considérable d'instruments de supplice. Anne-Catherine remarqua surtout la partie centrale, l'endroit le plus proche du coeur de Celui Qui devait être « élevé » sur cette Croix. Les tourments les plus cruels y étaient réunis sous la forme d'instruments affreux et la seule couleur qui y était visible était la couleur du sang. Les diverses parties de la Croix Qui fut montrée ici au Sauveur présentaient à l'oeil des teintes différentes, chacune de ces teintes étant un symbole des Souffrances que Jésus aurait à y ressentir. Les lignes principales convergeaient toutes vers le coeur. Les instruments de torture qui remplissaient chaque partie étaient également en rapport avec les douleurs qu'elles annonçaient au divin Sauveur. La Croix renfermait aussi des vases avec du fiel et du vinaigre, ainsi que d'autres avec de la myrrhe et des huiles précieuses qui figuraient la mort et la sépulture de Notre Seigneur. On y voyait roulées un grand nombre de longues banderoles de couleurs différentes sur lesquelles étaient écrits les Labeurs et les Souffrances du Rédempteur. Ces couleurs désignaient la nature et l'intensité plus ou moins grande des Ténèbres que le Sauveur devait pénétrer de Sa Lumière et dissiper. Le noir indiquait ici les Dons perdus et profanés, le brun, l'agitation, les aridités de l'âme, les sécheresses de coeur, la confusion, la négligence, le rouge, la pesanteur des âmes, leur attachement à la terre et au monde, le jaune, la paresse spirituelle et l'horreur de la Souffrance. Il y avait aussi des banderoles roses ou d'un jaune pâle qui, les unes et les autres devaient devenir blanches. Je vis aussi, dit Anne-Catherine, un grand nombre de banderoles qui étaient blanches; les inscriptions qu'elles portaient étaient en lettres lumineuses, et elles étaient elles-mêmes transparentes. Je compris, dit la religieuse augustinienne, qu'elles répondaient aux idées de Perfection et de Triomphe.

On pouvait lire sur ces différentes petites banderoles, en un langage mystérieux, les peines que le divin Sauveur devrait endurer de la part de Ses Disciples et du reste des humains. Notre Seigneur vit en même temps passer sous Ses yeux tous ceux qui devaient le plus déchirer Son Coeur, ainsi les perfides Pharisiens, le traître Judas, et ces Juifs endurcis qui devaient rester impassibles devant les scènes de la Douloureuse Passion.

Les Anges disposèrent ces différents Tableaux de la Passion future et les déroulèrent sous les yeux du Sauveur avec un Respect inexprimable et le Recueillement que les Prêtres les plus saints apportent à leurs fonctions.

Quand tout eut été exposé et expliqué, Jésus et les Anges pleurèrent.

Puis, les Anges se retirèrent et Anne-Catherine Emmerick eut, dans une sorte d'extase, une vision relative à toutes les pauvres âmes du Purgatoire. Toutes ces âmes auxquelles, par Sa Passion, le Sauveur allait pouvoir porter secours.

  

 

Ce qui eut lieu le 1er du mois hébraïque de Marheshvân

est regroupé plus haut avec le 30 du mois de Tishri,

c'est à dire l'équivalent de notre premier novembre, la Fête de la Toussaint.

 

Le 2 du mois hébraïque de Marheshvân,

veille du Sabbat,

l'équivalent de notre 2 novembre,

Fête de tous les Défunts.
En l'an 26 de notre Ere,

dans la Grotte de Yahça.

 

En ce 2 novembre, lorsque j'arrivais, dit Anne-Catherine Emmerick, je vis le Sauveur Qui priait, Face contre terre.

Alors Satan se montra à Lui sous les traits de sept ou huit de Ses disciples. Ces fantômes s'introduisirent successivement dans la Grotte et Lui dirent qu'ils avaient appris d'Eustochius (on disait aussi Eustachius) le lieu où il était et qu'ils avaient voulu se rendre auprès de lui. Ils Le conjurèrent de ne pas les abandonner et de ne pas S'user inutilement dans cette montagne sauvage et désertique. On répandait sur son compte les bruits les plus étranges; il ne devait pas les autoriser par son éloignement de tout.

Jésus Se borna à dire : « Eloigne-toi, Satan, le Temps n'est pas encore venu ».

Et aussitôt, les fantômes disparurent.

 

Le 3 du mois hébraïque de Marheshvân,

jour du Sabbat.

L'équivalent de notre 3 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Dans la Grotte de Yahça,

Royaume de Jordanie.

 

Aujourd'hui, dit Anne-Catherine, j'ai vu le Sauveur prier tranquillement dans la Grotte, tantôt à genoux, tantôt couché sur le côté. Peu après, j'aperçus à l'extérieur un vieillard tout cassé, à l'extérieur respectable, et qui gravissait péniblement la montagne escarpée vers le sommet de laquelle était la Grotte. Il paraissait tellement souffrir qu'il inspira une vive compassion à la bergère devenue religieuse. Il vint tomber pesamment à l'entrée de la Grotte. Anne-Catherine était étonnée de constater que le Sauveur ne l'aidait pas. Il ne Se tourna même pas de son côté.

Le vieillard, s'étant lui-même relevé avec peine, se fit connaître à Jésus : il était, disait-il un Essénien de la Montagne des Prophètes. Il avait entendu parler du nouveau Prophète, et, malgré son grand âge et ses infirmités, il avait voulu lui rendre visite. Il désirait passer quelque temps auprès de lui pour s'entretenir avec lui de ce qui concernait Dieu. Depuis longtemps, il avait l'habitude du Jeûne et de la Prière. D'ailleurs, lorsque deux ou plusieurs personnes se réunissent pour des oeuvres saintes, l'édification devient mutuelle et elle est bien plus grande.

Jésus lui répondit par ces seules Paroles : « Retire-toi, Satan, le Temps n'est pas encore venu ». Alors, alors seulement, dit Anne-Catherine, je compris que c'était Satan qui m'avait, de mon côté, bernée jusqu'ici. Je le vis en effet enveloppé de Ténèbres, au moment où, exhalant bruyamment sa fureur, il s'éloigna. Je ne puis m'empêcher de rire, dit la religieuse, en pensant à la peine qu'il s'était donnée de se jeter à terre, et à l'embarras qui avait été le sien lorsqu'il lui avait fallu se relever seul.

Comme nous l'avons dit déjà, Satan ne connaissait pas le Mystère de la Divinité du Sauveur et il le considérait seulement comme un prophète; cependant, tout comme, jadis, il avait trompé Eve sur son identité à lui et sur les conséquences de ses actes à elle lors du péché originel, il devait, cette fois, être trompé sur la nature du Sauveur au moment de la Nouvelle Alliance destinée à effacer à la fois les conséquences des fautes d'Eve, d'Adam, de Caïn et de leurs successeurs.

Certes, depuis longtemps, le Tentateur était frappé de la sainteté de Jésus. Il avait également remarqué la sainteté de la Vierge qui, ne faisant pas du tout attention ni à lui, ni à ses tentations, avait rendu tous ses efforts inutiles. Ce qui l'étonnait surtout, c'était que bien qu'elle soit d'une Beauté parfaite, Marie n'avait jamais songé au mariage jusqu'au jour où un Prodige accompli dans le Temple lui avait révélé qu'elle devait prendre un époux.

 

Retour en arrière.

Le 7 du mois hébraïque de Ab,

veille du Sabbat,

l'équivalent de notre 5 août,

en l'An 7 avant notre Ere.

Au Temple de Jérusalem.

 

Ayant quatorze ans et vivant encore dans le Temple, Marie avait appris qu'elle devait se marier alors que, dit-elle au Prêtre qui était venu lui annoncer, comme Essénienne, son devoir de se marier, elle n'avait pas de goût pour le mariage et souhaitait se consacrer à Dieu (c'est à dire faire partie de ces Esséniennes qui ne se mariaient pas). Après son entretien avec le Prêtre, elle priait Dieu en ce sens avec ferveur dans son oratoire. A un moment, ayant très soif, elle descendit avec sa petite cruche pour puiser de l'eau à une fontaine ou au réservoir du Temple. Là, sans Apparition visible, elle entendit une Voix qui la consola et la fortifia tout en lui faisant connaître qu'elle devait consentir à se marier. Anne-Catherine Emmerick qui avait vu plusieurs fois cette scène dès sa jeunesse avait confondu, pendant quelque temps, cet incident avec l'Annonciation. Elle ne fut détrompée que plus tard, lorsqu'elle vit la scène de l'Annonciation elle-même.

 

 

Le 3 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 3 novembre,

en l'An 26 de notre Ere,

dans la Grotte de Yahça,

Royaume de Jordanie.

 

Autre chose contribuait à tromper le Tentateur : l'Indulgence avec laquelle Jésus tolérait chez Ses disciples telle ou telle infraction aux prescriptions nombreuses et rigides que les Pharisiens, ici et là, avaient ajoutées à la Loi. Se bornant à cette Loi modifiée et à ces règles, l'Ennemi, comme d'ailleurs beaucoup des Pharisiens eux-mêmes, ne voyait en Jésus qu'un homme qui ne réprimait pas certaines fautes commises par ses disciples, ce qui scandalisait un certain nombre de Juifs.

 

Le 29 octobre et le 2 novembre, Satan avait essayé de profiter de ce qu'il percevait comme « du zèle » chez Jésus pour tenter de le porter à la colère, par le spectacle de transgressions de ceux qui l'entouraient vis à vis de ce qu'il leur avait indiqué et demandé. Tenant compte à présent de la Compassion de celui qui était pour lui une espèce de prophète un peu bizarre, il avait voulu aujourd'hui l'émouvoir par le spectacle de ses infirmités d'emprunt, et l'amener ainsi à un entretien qu'il espérait bien voir tourner à son avantage. On a vu qu'il n'y eut pas d'entretien et que Jésus ne Se laissa pas abuser par les ruses du Trompeur, qui avait été suffisamment habile cependant pour induire un moment Anne-Catherine Emmerick à un mouvement de compassion ... envers Satan !

 

 

Le 4 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 4 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Dans la Grotte de Yahça,

en Jordanie.

 

Ce jour, dit Anne-Catherine Emmerick, j'ai vu aux abords de la caverne un petit nuage où il y avait, m'a-t-il semblé, comme des faces humaines. Sortant de ce nuage, des Anges, en effet, prirent alors   la forme humaine et, s'étant approchés du Sauveur, ils Le fortifièrent dans Son Combat et Lui offrirent leurs Consolations.

 

 

Le 5 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 5 novembre,

au même Lieu.

 

Le divin Maître prie dans la caverne, allongé sur le sol, la Face contre terre. Ensuite, Sa Prière continue, à genoux. Il Se tient également debout lorsqu'Il prie. Comme la veille, plusieurs Anges sont venus, auprès de Lui, mais, cette fois, l'un après l'autre.

 

 

Le 6 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 6 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Dans la Grotte de Yahça,

Royaume de Jordanie.

 

Tandis que Jésus est dans la Caverne, couché sur le côté,  le démon se présente à Lui; il avait pris cette fois les traits  du vieil Essénien Eliud, celui devant lequel, nous l'avons vu, Jésus avait été Transfiguré dans la nuit du 21 septembre dernier. Le Tentateur lui dit qu'il avait appris, par révélation, les grandes luttes qui lui étaient réservées; et il avait senti que ces luttes immenses étaient tout de même au-dessus de ses forces : jeûner complètement durant quarante jours est une chose impossible à l'homme. Conduit par l'amitié, il lui rendait visite dans son lieu de retraite, et il le conjurait de lui permettre de partager sa demeure et de le soulager d'une partie de son fardeau en s'en chargeant lui-même. Peut-être, pense Anne-Catherine Emmerick, avait-il appris quelque chose de la présentation de la Croix mystérieuse qui avait été faite ici, ce Fardeau immensément lourd dont Jésus allait avoir à se charger.

Quoi qu'il en soit, Jésus, au lieu de prêter attention à ses discours, Se leva et, joignant les mains, Il S'écria : « Mon Père, éloignez de Moi cette Tentation ». Au même instant, Satan s'éloigna sous sa forme la plus épouvantable.

Le Sauveur S'étant mis de nouveau à genoux, et ayant continué Sa Prière, Anne-Catherine Emmerick raconte qu'elle vit arriver trois jeunes gens qui, il y a quelques mois, L'avaient accompagné lors de Son premier départ de Nazareth et qui L'avaient ensuite abandonné. S'étant approchés d'un air timide et humble, ils se prosternèrent devant Jésus en lui disant qu'ils n'auraient plus un moment de tranquillité s'il ne leur pardonnait pas; ils le conjurèrent donc d'avoir pitié d'eux, de les recevoir auprès de lui et de leur permettre de jeûner avec lui, en expiation de leur faute; ils seraient désormais ses disciples les plus fidèles. Ils joignirent les larmes aux prières et paraissaient en proie à un violent désespoir.

Jésus, S'étant levé, joignit les mains et pria Son Père céleste; au même instant, les soi-disant jeunes gens disparurent.

Le lecteur vigilant remarquera que le Tentateur, un Archange déchu, dispose d'un savoir très étendu; il connaît bien des détails de la vie de Jésus et a le pouvoir de se présenter à Lui sous la forme de ceux qui L'ont approché. Au cours de ces apparitions, il glisse ici et là ce qui pourrait inquiéter, décevoir, et, on pourrait dire « démoraliser » insidieusement celui qu'il s'agit d'égarer et de faire échouer. Toutes ces scènes de Tentation auxquelles Anne-Catherine Emmerick a pu assister en revivant et revoyant le Jeûne du Seigneur pendant quarante jours sont aussi, bien sûr, un Enseignement et un Avertissement à la Vigilance adressé à chacun de nous.

Nous pouvons également en quelque sorte mesurer l'importance de la Grâce qui a été faite à l'ancienne petite bergère qui avait des Visions dès son enfance, car elle manifeste ici une très grande proximité avec le Christ, nous permettant, après elle, d'accompagner le Seigneur presque tout au long de ces quarante jours où, humainement parlant, Il était absolument Seul.

 

Le 7 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 7 novembre,

en l'An 26 de notre Ere,

dans la Grotte de Yahça,

en Jordanie.

 

Tandis que Jésus prie à genoux dans la Grotte, Satan, revêtu d'une éclatante Robe de Lumière, tente de Lui apparaître dans la Puissance et la Beauté d'un Archange. Il s'est placé du côté le plus escarpé du rocher, à l'est, là où se trouvent les ouvertures qui laissent passer l'air et, parfois, le froid.

Mais Jésus ne regarda même pas le Démon.

Pour tenter de tromper le Sauveur, Satan avait voulu prendre la forme d'un Ange, ou plutôt de l'Archange qu'il est, mais, remarque Anne-Catherine Emmerick, la lumière dont il était environné manquait de transparence et son vêtement était lourd et sans grâce, à la différence de celui des Anges non déchus, qui est plein de Grâce et de légèreté. Après avoir comme volé, ou plané, ou voleté, ici et là, il s'abattit à l'entrée de la Caverne et dit à Jésus qu'il était envoyé par le Père céleste pour le consoler.
Jésus ne le regarda pas.

Alors, s'étant montré à une des ouvertures de la Caverne, du côté où la pente est extrêmement rude, il lui dit : « Je puis m'élever dans les airs et gravir ce rocher inaccessible. Tu vois bien que ma nature est celle de l'Ange ». Et il  escalada en effet le rocher.

Mais Jésus continua à ne pas faire attention à lui.

Le Démon furieux sembla essayer de saisir le Sauveur de ses griffes à travers l'ouverture dans la roche. Il était devenu affreux à voir. Puis il disparut sans que Jésus Se soit tourné de son côté.

 

Le 8 du mois hébraïque de Mahreshvân,

l'équivalent de notre 8 novembre.
Grotte de Yahça.

 

En ce jour, Anne-Catherine, auprès de Jésus, Le voit prier à genoux dans la Caverne.

 

La nuit du 8 au 9 du mois de Mahreshvân,

entre le 8 et le 9 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Dans la Grotte de Yahça.

En Jordanie.

 

Pendant la plus grande partie de la nuit du 8 au 9 novembre, Anne-Catherine Emmerick est restée aux côtés du Sauveur, priant à genoux. Jésus, Lui, était tantôt à genoux, tantôt couché par terre, tantôt debout. Ce fut une nuit pénible et même affreuse : le vent soufflait avec force, la température était froide, et, à l'extérieur de la Grotte, la pluie tombait en abondance. Surtout, Anne-Catherine voyait une partie de ce qui était présent à l'Esprit du Sauveur : les crimes du monde entier et ses propres manquements à sa tâche à elle qui était d'expier par la souffrance pour les fautes commises par les autres. J'ai vu, dit-elle, les souffrances de l'Eglise et l'état malheureux d'un grand nombre de prêtres. J'ai vu, dit l'ancienne petite bergère, la quantité immense de Grâces et de moyens de Salut que le Sauveur nous a ménagés; j'ai compris tout ce qu'Il nous avait déjà obtenu de mérites par les privations et les luttes de ces premiers jours de Jeûne. J'étais déchirée et désolée par toutes ces Souffrances que le Sauveur devait assumer pour nous. Au moment où mon inquiétude était arrivée à son comble, Il m'adressa ce seul mot : « Patience ». Et cette Parole me rendit le calme.

Je restai encore longtemps à côté de Lui; je sentis en moi les rigueurs de la température, l'horreur de ce Lieu désertique et les Souffrances du Sauveur.

Tout à coup, l'atmosphère parut s'échauffer, et j'éprouvai un vif sentiment de bonheur. Trois âmes s'approchèrent de moi dans la Grotte; chacune d'elle était accompagnée de deux Anges. Elles me remercièrent de ce que j'avais souffert pour les soulager et disparurent. Sur le moment, je les reconnus, mais, à présent, dit Anne-Catherine, j'ai oublié leurs noms. Je suis encore très souffrante.

  

 

Le 9 du mois de Mahreshvân,

l'équivalent de notre 9 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Grotte de Yahça.

 

Lorsque je suis retournée dans la Grotte où la Prière du Sauveur se continue de façon quasi ininterrompue (« Il faut prier sans cesse » nous a-t-il été dit), il me fut demandé de prier pour de grands malheurs dont nous sommes menacés et qui m'ont été montrés, particulièrement à l'occasion des mariages mixtes dont j'ai vu les conséquences désastreuses pour l'Eglise.

 

Le 10 du mois hébraïque de Mahreshvân,

l'équivalent de notre 10 novembre,

en l'An 26 de notre Ere,

dans la Grotte de Yahça,

dans l'actuel Royaume de Jordanie.

 

Aujourd'hui, dit Anne-Catherine, j'ai vu le Sauveur occupé comme toujours à prier; tantôt il est à genoux, tantôt couché par terre, tantôt enfin, debout. Il porte Ses vêtements ordinaires, seulement ils sont lâches et flottants, car il n'a pas mis Sa ceinture. Ses pieds sont nus. Son manteau, Sa ceinture, une paire de poches que l'on porte habituellement en Palestine à cette époque, sont par terre, à côté de Lui. Il ne prend ni boisson ni nourriture; Il souffre beaucoup de la faim. Par les soins des Anges, un léger nuage s'approche parfois de Lui, et il en sort une espèce de rosée qui rafraîchit Sa bouche altérée.

Si Notre Seigneur jeûne ainsi pendant quarante jours, et si les Israélites ont jadis passé quarante ans dans le désert, c'est que ce Nombre de « quarante » a comme des propriétés mystérieuses. Mais Anne-Catherine a oublié les raisons qui mettent ce Nombre, d'une certaine façon, à part parmi les autres. Il y a aussi, bien sûr, les rapports de sanction et de figuration : quarante éclaireurs avaient été envoyés par les Hébreux pour explorer la Terre Promise pendant quarante jours avant de s'y engager pour la conquérir. Mais presque tous les éclaireurs et, à leur suite, les Israélites, avaient été effrayés de la force des peuples qu'il s'agissait de vaincre. A cause de leur manque de foi en l'Eternel Qui avait montré en Egypte qu'Il combattait pour eux et leur donnait la victoire, les Hébreux furent condamnés à errer quarante années dans le désert : « Vous avez reconnu ce Pays pendant quarante jours. Chaque jour vaut une année; quarante ans vous porterez le poids de vos fautes, et vous saurez ce que c'est que M'abandonner », Les Nombres, XIV, 34. Ces quarante ans dans le désert avant le début de la conquête de la Terre Promise sous la direction de Josué, le Seigneur les évoquait implicitement comme un Figuratif en S'imposant un Jeûne rigoureux de quarante jours juste avant de S'engager dans Son Combat pour arracher ce monde, et d'abord une de ses parties, la Terre Promise, à l'emprise des Anges déchus et de l'Archange des Ténèbres.

Chaque jour, les Occupations du Seigneur sont différentes; chaque jour, Il nous obtient des Grâces, d'une nature différente de celles qu'Il nous a méritées la veille. Sans les Douleurs du divin Maître, dit mystérieusement Anne-Catherine Emmerick, il n'aurait pas été méritoire pour l'être humain de lutter contre la Tentation (peut-être sans forcément réussir à vaincre dans ce combat à chaque fois). Lutter contre la Tentation est devenu un mérite même si, au niveau des actes, la victoire sur le Tentateur n'a pas encore pu être obtenue. Comme si, au lieu des actes seuls et de leurs résultats,   par cette lutte solitaire, Notre Seigneur avait renforcé les mérites et la valorisation de la vie intérieure et de ses combats.

 

Le 11 du mois de Marheshvân,

l'équivalent de notre 11 novembre.

 

Ce jour du 11 novembre, j'ai vu, dit Anne-Catherine, le Sauveur occupé, comme d'habitude à prier.

 

Le 12 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 12 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Grotte de Yahça,

en actuelle Jordanie.

 

Ce jour, dit Anne-Catherine Emmerick, j'ai vu Satan descendre depuis le Mont Sinaï sous les traits d'un vieux solitaire accablé par les travaux non moins que par les années. Il se dirigea vers la Grotte du Sauveur. Il gravit péniblement la montagne. Il était presque nu, n'ayant qu'une peau de bête autour des reins. Il avait une longue barbe, comme les solitaires; mais son visage portait l'empreinte de la ruse et de la fausseté.

Il dit à Jésus qu'un Essénien de la Montagne des Prophètes lui avait rendu visite, lui avait parlé de son baptême, de sa sagesse, de ses miracles, ainsi que du jeûne rigoureux qu'il avait commencé. Aussi, malgré son grand âge, avait-il voulu se rendre auprès de lui. Il aimerait s'entretenir avec lui. Au reste, il n'était pas sans expérience en matière de pénitence et de privations volontaires. Jésus pouvait en rester là avec son jeûne; il le déchargerait, lui, d'une partie de sa pénitence.
Il parla assez longtemps sur ce ton.

Le Sauveur, Se tournant de côté, lui dit : « Eloigne-toi, Satan ! ». Aussitôt, le faux solitaire fut enveloppé de Ténèbres, et Anne-Catherine Emmerick le vit tomber bruyamment au pied de la montagne sous une forme semblable à une sorte de grosse sphéricité noirâtre.

L'ancienne petite bergère devenue religieuse se demandait à ce moment comment on avait pu si longtemps ignorer la Divinité de Notre-Seigneur, comment les humains, et Satan également, avaient pu approcher Dieu de si près sans en prendre conscience. Anne-Catherine ne se souvint pas de toutes les réponses qui lui furent données. La Divinité Qui S'incarne a pouvoir de S'entourer comme de protections qui atténuent Sa fréquence vibratoire, laquelle sans cela, aurait été insoutenable et, par ailleurs, aurait permis Son identification presque à coup sûr. Or, dit Anne-Catherine, j'ai vu de la façon le plus claire qu'il était extrêmement utile à l'humanité que le Mystère de la Divinité du Christ soit ignoré longtemps, et du Démon, et des humains. Les êtres humains devaient trouver en cela un exercice profitable à la Foi.

Quant à l'Adversaire, à l'Accusateur de ses frères, Anne-Catherine nous rapporte une Parole Que le Seigneur lui a dite, à elle, en réponse à son interrogation :

« L'être humain n'a pas su que le serpent qui le tentait était le Démon.

Le Démon ne devait pas savoir que c'était Dieu Lui-Même Qui rachetait l'humanité ».

A ce sujet, j'ai vu, dit Anne-Catherine, de magnifiques Tableaux, et il me fut montré que          Satan n'apprit la Divinité du Sauveur qu'au moment où Jésus, après la Crucifixion du Vendredi Saint, délivra les âmes enfermées dans les limbes.

 

Du 14 au 16 novembre,

en l'année 1821,

les souffrances endurées par Anne-Catherine furent telles

qu'elle suspendit ses communications.

 

 

Le 17 du mois hébraïque de Mahreshvân,

l'équivalent de notre 17 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Dans la Grotte de Yahça,

en actuelle Jordanie.

 

Anne-Catherine indique qu'elle a pu retourner à la Grotte, qui n'est pas située tout à fait au sommet de la montagne. Le Seigneur y poursuit Son Jeûne et Sa Prière.

 

 

Le 18 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 18 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Grotte de Yahça.

 

Aujourd'hui,  dit Anne-Catherine Emmerick, j'ai vu Satan se rendre à la Grotte sous les traits d'un Juif riche et distingué qui habitait Callirhoé. Cette ville située au bord de la Mer Morte (à une vingtaine de kilomètres de Yahça et à peu près à sa hauteur en termes de latitude), était la résidence d'Hérode Philippe, le premier mari d'Hérodiade et le père de Salomé, Hérode Philippe étant le fils d'Hérode dit « le Grand » et de Mariamme II.

Ce Juif riche et faisant partie des notables de sa ville de Callirhoé commença par dire à Jésus qu'il s'intéressait beaucoup à lui car il savait qu'il était destiné à affranchir son peuple. Il était aussi au courant des divers jugements négatifs qu'on portait sur lui à Jérusalem, et il lui en fit part. Il venait lui offrir son concours. Jésus pourrait le suivre à Callirhoé et habiter en secret dans le Palais d'Hérode Philippe. Il se présenta comme l'un des officiers de ce Prince. Dans ce Palais, Jésus pouvait réunir discrètement, et même secrètement, ses disciples, et commencer la réalisation de ses plans. Pour atteindre ses buts, il fallait donc qu'au lieu de rester ici, stérilement en définitive, Jésus le suive là-bas, à Callirhoé, et, pour lui  et pour la réalisation de ses buts, le plus tôt serait le mieux.

On voit que Satan entendait l'oeuvre de Libération entreprise par Jésus dans un sens matériel, politique et militaire : préparer une sorte d'insurrection pour libérer Israël du joug des Romains ; beaucoup de Juifs, s'attendant à un Roi à la façon de David, avaient de telles conceptions et espérances. Et le Sauveur avait fort à faire pour les avertir que le Libérateur promis n'opérerait pas sur ce registre. Quoi qu'il en soit, Jésus ne regarda même pas le Tentateur; Il adressa à Son Père une fervente Prière. Et Anne-Catherine vit alors Satan se retirer; il était horrible à voir. En la forme sous laquelle il fut rendu visible pour Anne-Catherine, des flammes et de sombres vapeurs lui sortaient des narines. Enfin, il disparut.

 

Dans la nuit du 19 du mois de Marheshvân,

l'équivalent de notre 19 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Grotte de Yahça,

Royaume de Jordanie.

 

Au cours d'une nouvelle nuit terrible, Anne-Catherine vit comment Jésus, constamment en prières dans la Grotte de Yahça, eut la représentation d'un très grand arbre aux rameaux immenses; et cet arbre avec tous ses rameaux proliférant de tous côtés figurait l'ensemble des Souffrances qu'Il devait subir. Il vit en un grand nombre de Tableaux qui Lui étaient montrés, tous Ses Tourments, toutes Ses angoisses, toutes Ses douleurs jusqu'à la Crucifixion, et, après, jusqu'à Sa mort physique.

Comme l'orgueil, les désirs de gloire et de puissance sont à l'origine d'une très grande partie des fautes spirituelles des humains, « Celui Qui enlève les péchés du monde » devait subir le supplice le plus infamant, un supplice réservé aux criminels, entre deux criminels, à la place d'un criminel, un supplice accompagné de dérision, avec une couronne « pour rire », un titre de « Roi » dont on se moquait, et des vêtements d'ignominie. L'orgueil humain était ainsi comme heurté et châtié par son contraire, et un appel nous était adressé : puisque, par Amour pour vous, les êtres humains, la Divinité faite homme a accepté tout ce qui blesse l'orgueil, vous pouvez vous aussi, les humains, ne plus demeurer sous la domination de cette passion. Et des valeurs nous étaient proposées : l'amour pour les autres et l'humilité.

Comme la recherche des plaisirs, la sensualité et le goût pour les voluptés sont à l'origine d'une autre très grande partie des fautes spirituelles des humains, « Celui Qui enlève les péchés du monde » devait subir le supplice le plus douloureux : être frappé, très longuement flagellé, porter sa croix, être crucifié. La sensualité et la passion humaine pour les voluptés étaient ainsi comme heurtées et châtiées par leur contraire, et un appel nous était adressé : puisque, par Amour pour vous, les êtres humains, la Divinité faite homme a accepté tout ce qui répugne à la recherche des plaisirs et des voluptés, vous pouvez aussi, vous les humains, ne plus demeurer sous la domination de ces passions. Et des valeurs nous étaient proposées : le souci pour le Bien des autres et, au moins, la modération dans les désirs. 

La Croix m'apparut, comme je la vois toujours, dit Anne-Catherine : formée de cinq espèces différentes de bois, la partie principale étant en cèdre. On sait que Clément Brentano dessinait parfois sous les indications d'Anne-Catherine Emmerick, et ainsi nous savons que la croix de Jésus avait  la forme d'un « Y », avec deux montants obliques pour les bras; ces montants étaient emboîtés dans la partie principale et soutenus par une pièce de bois. Il y avait aussi une planchette pour recevoir les pieds. La partie qui s'élevait au-dessus des bras et à laquelle on attacha l'inscription

 

« Jesus nazarenys

Rex

Judaerum »

(« Jésus le nazaréen, Roi des Juifs »),

 

fut rajoutée à ce qui avait été prévu car le tronc n'était pas assez élevé d'abord pour qu'on puisse y fixer la planchette sur laquelle Pilate avait écrit.

En ce 19 novembre de l'An 26, le sacrement de l'Eucharistie, que Jésus devait instituer lors de la dernière Céne, au Cénacle, le Jeudi Saint, le 16 avril de l'An 29, fut aussi montré en Tableaux plein de sens et de profondeur dit Anne-Catherine Emmerich. Les Mystères qui se déroulent et s'opèrent lors de l'Eucharistie (« Ceci est Mon Corps donné pour vous », « Cette Coupe  est la Nouvelle Alliance en Mon Sang, versé pour vous ») et dans ce qui sera nommé « le Saint-Sacrement » étaient comme déployés devant Anne-Catherine avec toute leur force et tout leur sens. Et elle vit les Anges qui entouraient ce jour-là Jésus dans la Grotte de Yahça adorer eux aussi ces très profonds Mystères.

Au cours de cette nuit, plusieurs fois, la Vision fut interrompue car Anne-Catherine ressentait trop, sur son propre corps, les futures Souffrances qui lui étaient ainsi montrées. Elle se réveillait alors de sa Vision au milieu des douleurs les plus affreuses, mais, dit-elle, elle était heureuse de se rendormir pour offrir à nouveau, elle aussi, ses propres souffrances en expiation. Elle dit qu'elle voyait toujours le Sauveur dans la Grotte de Jahça, jeûnant et priant pour Se préparer à Sa Mission, et, de son côté, elle unissait à Ses Mérites ses propres prières, ses pénitences et les victoires qu'elle avait à remporter sur elle-même.

 

Du 19 au 27 du mois hébraïque de Marheshvân,

du 19 au 27 de notre mois de novembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Par suite des circonstances, aucune communication n'a pu être recueillie par Clément Brentano sur ce qui s'est passé du 19 au 27 novembre de l'An 26 de notre Ere dans la Grotte où le Sauveur mène Son Jeûne si rigoureux.

 

Le 28 du mois hébraïque de Marheshvân,

l'équivalent de notre 28 novembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Grotte de Yahça,

actuel Royaume de Jordanie.

 

Aujourd'hui, dit Anne-Catherine Emmerick, j'ai vu les Anges présenter au Sauveur, en une suite de Tableaux anticipant sur le futur, les ingratitudes des humains, leurs doutes, leurs insultes, leurs dédains, les perfidies de Ses ennemis, les lâchetés de Ses amis pendant Sa Passion et après Sa mort. Ils lui montrèrent aussi tous ceux de Ses Travaux et toutes celles de Ses Souffrances qui devaient être perdus.
La Douleur que Jésus en ressentit Lui causa une sueur de Sang.

Pour le consoler, les Anges Lui montrèrent alors ceux de Ses Bienfaits qui devaient profiter à l'humanité.

 

Le 29 du mois de Marheshvân,

l'équivalent de notre 29 novembre,

en l'An 29 de notre Ere.
Grotte de Yahça.

Ce jour, dit Anne-Catherine à Clément Brentano, j'ai vu le Sauveur profondément attristé et abattu à la pensée de tant de Grâces perdues, de tant d'efforts inutiles pour sauver les humains, alors que Son Amour pour nous est immense.

 

Le 1er du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 30 novembre, en l'An 26 de notre Ere.
Grotte de Yahça, en Jordanie.

 

Aujourd'hui, le Sauveur fut exposé à une Tentation nouvelle. Il commençait à souffrir beaucoup de la faim et surtout de la soif.

Plusieurs fois, j'ai vu les Anges Le rafraîchir au moyen d'une sorte de Rosée. Mais Il ne prit ni aliments ni boissons et ne quitta pas Sa Grotte. Le Jeûne ne L'avait pas amaigri, mais Il était à présent beaucoup plus pâle.

Tout à coup, le Démon s'approcha de Lui sous la forme d'un vieux solitaire très pieux et Lui dit :

« Je souffre de la faim. Je t'en prie, donne-moi de ces fruits qui croissent au pied de ta grotte; car je ne voudrais pas en prendre sans la permission du Maître; ensuite nous passerons quelque temps ensemble pour nous entretenir des choses de Dieu ».
Il y avait en effet auprès de la Grotte, non pas à l'entrée, mais à l'est, quelques figuiers, ainsi que des arbres dont le fruit a des analogies avec la nèfle et des arbustes avec différentes sortes de baies.

Et le Tentateur informait donc Jésus souffrant de la faim et de la soif que ces fruits étaient là, presque à portée de main. Il pouvait donc satisfaire ainsi rapidement et sa faim et sa soif. Le but étant de faire échouer le Jeûne de quarante jours que cet homme étrange, ce Jésus, avait entrepris contre toute raison.

Jésus lui dit : 

« Eloigne-toi, Satan ! Tu as trompé dès le Commencement; garde-toi de nuire à ces arbres ! ».

Aussitôt le faux solitaire, qu'Anne-Catherine Emmerick vit avec un corps noir et difforme, s'enfonça dans le massif voisin de la montagne. Elle aperçut derrière lui une sorte de vapeur noirâtre. L'ancienne bergère devenue religieuse ne croit pas qu'il ait pu nuire, en aucune façon, aux arbres et auxfruits; seulement l'odeur infecte qu'il exhala attesta sa colère impuissante.

 

Il faut noter que lorsque Jésus rappelle à Satan sa tromperie  « dès le Commencement », il fait allusion à la ruse du serpent qu'Eve n'a pas du tout identifié pour ce qu'il était. C'est à cause de cette tromperie « dès le Commencement » que le Tentateur doit être trompé cette fois et ne pourra pas identifier Jésus pour ce qu'Il Est, le prenant seulement pour « le nouveau Prophète ».

 

Comme nous sommes le 30 novembre et que l'Eglise fête ce jour-là la Saint-André, Anne-Catherine Emmerick tourna sa pensée vers le frère de Pierre. André, dit-elle, s'est rendu aujourd'hui chez son demi-frère Jonathan (qui, plus tard, sera disciple de St Thomas). André était triste et troublé depuis que le Sauveur était parti « au Désert »; il se demandait avec inquiétude quand Il reviendrait et il était en proie à des doutes pénibles. Cette tristesse, cette inquiétude, ces doutes, furent le sujet de l'entretien ce jour-là entre André et (son demi-frère) Jonathan, chez ce dernier.

 

 

Le 2 du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 1er décembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Grotte de Yahça,

actuel Royaume de Jordanie.

 

Aujourd'hui, le Démon se présenta au Sauveur sous la forme d'un voyageur qui L'engagea à manger de beaux raisins qui se trouvaient dans le voisinage. « Ils sont », ajouta-t-il, « excellents contre la soif ».

Jésus ne lui répondit rien et ne le regarda même pas.

 

Le 3 du mois de Kisleu,

l'équivalent de notre 2 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Grotte de Yahça.


En ce jour, le Démon Le tenta à nouveau en Lui offrant de l'eau puisée à une source voisine.

Et malgré Sa soif, le Sauveur, cette fois encore, écarta la Tentation et le Tentateur.

 

Le 4 du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 3 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Grotte de Yahça,

Jordanie.

 

Vers midi, le Démon entra dans la Grotte où le Sauveur priait. Il avait pris cette fois les dehors d'un magicien. « Je suis venu », dit-il, « parce que j'ai entendu parler de ta grande réputation de sagesse, et je veux te faire connaître les prodiges que je sais provoquer. Ils méritent d'attirer ton attention ».

Il avait dans les mains une machinerie semblable d'un côté à une sphère et de l'autre à une sorte de volière.
Jésus, au lieu de faire attention à lui, lui tourna le dos et sortit de la Grotte, ce que, dit Anne-Catherine Emmerick, je ne Lui avais jamais vu faire.

Anne-Catherine put voir alors les différents objets que le Tentateur voulait montrer à celui qu'il prenait pour un homme simplement remarquable par son esprit de sagesse et son comportement extérieurement ressemblant, pour lui, à celui d'un prophète.

En regardant dans la machine magique, dit Anne-Catherine (en 1821), on avait sous les yeux les vues les plus délicieuses; c'étaient les plus belles scènes de la nature, des jardins enchantés avec de riants bocages, des sources limpides, des arbres chargés d'excellents fruits, des vignes aux grappes empourprées. Il suffisait d'approcher la main pour cueillir les plus beaux fruits. Et la scène changeait à chaque instant pour charmer davantage les yeux.

Satan cependant disparut, avec sa machinerie, au moment où le Sauveur lui tourna le dos.

Tel est le nouveau moyen que le Tentateur a employé dans l'espérance de pouvoir séduire Jésus qui souffre beaucoup de la faim et de la soif; une espèce de machinerie du désir, montrant, à portée de la main, ce qui manque, ce qui serait désirable. On pourrait nommer cela, aujourd'hui, une sorte de « télévision » satanique où la main pourrait saisir et prendre et consommer ce qui manque et qui est montré sous des dehors chatoyants.

Le Démon, cependant, ne sait plus à quels artifices recourir pour tenter cet homme étrange. Satan connaît les Prophéties dont il est l'objet, et il sent que l'être mystérieux qui est dans cette grotte exerce sur lui un certain pouvoir. Mais il ne sait pas qu'Il Est Dieu; il ne sait même pas qu'Il Est le Messie, dont il craint l'arrivée. Car il le voit jeûner, lutter, souffrir de la faim et de la soif; il le voit pauvre et misérable, comme le premier homme venu. Ainsi, Satan n'est pas moins aveugle que les pharisiens. Il voit, certes, en Jésus, un personnage saint, mais il croit qu'il peut le tenter et même parvenir à l'entraîner au mal.

 

Le 5 du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 4 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Grotte de Yahça,

Royaume de Jordanie.

 

Aujourd'hui 4 décembre, dit Anne-Catherine Emmerick, j'ai vu Notre-Seigneur inquiet et agité, à l'entrée de la Grotte de Yahça. Il souffre de la faim et de la soif.

Vers le soir, le Démon gravit la montagne sous les traits d'un homme grand et robuste. Il ramassa deux pierres longues, assez semblables à de petits pains, mais anguleuses. Je vis que, tout en marchant, il leur donna l'apparence de pains.

Au moment où il entra dans la Grotte, son regard était plein de ruse et de fureur. Il avait à chaque main une des deux pierres. Il dit à Jésus :

« Tu as bien raison de ne pas manger de fruits; ils ne font qu'exciter l'appétit.

Voici des pierres auxquelles j'ai, moi, donné l'apparence de pains.

Si tu es bien, toi, « le fils bien-aimé de Dieu »,

comme il a été dit,

celui sur qui l'Esprit est descendu lors du baptême,

ordonne à ces pierres de se changer en pains ».

Jésus ne regarda pas Satan; et j'entendis alors ces seules Paroles : 

« L'homme ne vit pas de pain ».

Ce sont les seuls mots qui aient frappé mes oreilles ou que j'ai retenus dit Anne-Catherine Emmerick; dans l'Evangile, Jésus ajoute quelques autres mots que j'entendis aussi sans doute alors, mais sans les retenir.

En tous cas, à cet instant, Satan devint furieux; tenant les deux pierres serrées contre son apparence de corps, il étendit ses griffes comme pour saisir Notre-Seigneur. Puis il prit la fuite.
Et je me mis à rire, dit Anne-Catherine, en le voyant obligé de remporter ses pierres. 

 

 

Le 7 du mois hébraïque de Kisleu, au soir,

l'équivalent de notre 5 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.
Grotte de Yahça,

actuel Royaume de Jordanie.

 

Le 5 décembre au soir, dit Anne-Catherine, je vis Satan s'approcher bruyamment de Jésus; le Tentateur avait pris la forme d'un Ange majestueux et puissant. Il était armé et vêtu en guerrier, à la façon de l'Archange Saint-Michel (qu'Anne-Catherine Emmerick, allemande, a vu avec la fonction, ou l'identité précise, de Protecteur de la France). Cependant, lorsque Satan reprend l'apparence d'un Archange de Lumière, on voit toujours, dans l'éclat dont il brille, quelque chose de sombre et de funeste.

En abordant Jésus, il prit un ton hautain et dit :

« Je vais te montrer qui je suis, et ce dont je suis capable.

Tu verras comment les anges me portent sur leurs mains.

Tu vois Jérusalem ? Tu vois le Temple ?

Je vais t'emporter d'ici sur son faîte le plus élevé.
Alors tu me montreras ton pouvoir,

et nous verrons si les anges te porteront toi aussi entre leurs mains ».

 

Jésus ne répondit pas. Alors Satan le prend par les épaules, et, à travers les airs, sans s'élever beaucoup, il l'emporte jusqu'à Jérusalem en ligne droite, lui faisant ainsi survoler la Mer Morte vers le nord-ouest, en passant à une dizaine de kilomètres environ au nord et au-dessus de Callirhoé.

Le Tentateur déposa Jésus au sommet d'une des quatre Tours qui sont placées aux quatre angles de l'enceinte du Temple. A l'intérieur de l'une de ces quatre Tours sont conservés les vêtements les plus précieux du Grand Prêtre. La Tour où Jésus fut ainsi conduit par les airs se trouve à l'est de la Montagne de Sion, en face de la Forteresse Antonia. De ce côté, la Montagne est extrêmement escarpée. Les quatre Tours ont, dans leur partie supérieure, une terrasse, sur laquelle on peut se promener. Au centre de cette terrasse est une sorte de grand cône creux terminé par une boule sur laquelle deux hommes peuvent facilement se placer. De là, la vue s'étend sur tous les bâtiments du Temple.

 Ce fut sur cette partie la plus élevée, le pinacle de la Tour, que Satan déposa Jésus, Qui gardait le silence. Satan alors se porta rapidement à la base de la Tour et dit en élevant la voix :

« Si tu es le fils de Dieu,

montre ta puissance et viens me rejoindre.

Car il est écrit :

« Il enverra Ses Anges, et ils te porteront entre leurs mains,

afin que tu ne heurtes pas en chemin » ».

Jésus répondit :

« Il est aussi écrit :

« Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu » ».

Satan furieux revint alors auprès de Jésus Qui lui dit :

« Fais usage de la Puissance qui t'a été donnée ».

 

Satan, plus furieux encore, le saisit par les épaules et l'emporta au-delà du désert voisin de Jéricho. Cette fois, le vol du Démon me sembla moins rapide, dit Anne-Catherine. Tantôt, il s'élevait très haut, tantôt il rasait le sol. On voyait qu'il était furieux mais que sa rage était impuissante.               Alors, il transporta Jésus au sommet de la montagne où il avait commencé son Jeûne, le Mont de la Quarantaine.

 

Ce même 5 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Au sommet du Mont de la Quarantaine.

 

Le Tentateur, dans sa colère, et pour soumettre le Sauveur à sa dernière Tentation, déposa Jésus sur le sommet le plus élevé de la montagne, sur un rocher à pic, inaccessible et situé assez haut au-dessus de la Grotte où Il avait débuté Son Jeûne. Il faisait nuit. Mais quand le Démon le voulut, la nuit fut illuminée et l'on put voir au loin, dans toutes les directions, les contrées les plus riches du monde. Et voici à peu près ce qu'il dit au Sauveur :

« Je sais que tu es un grand Docteur de la Loi.

Tu veux maintenant réunir des disciples et propager ta doctrine.

Vois toutes ces contrées magnifiques,

tous ces peuples puissants

et compare-leur ta pauvre et chétive Judée.

Ce n'est pas ici que tu dois te fixer.
Je te donnerai tous ces pays,

si tu veux te prosterner devant moi et m'adorer ».

Tandis que Satan parlait, on vit défiler des images de riches contrées, de mers immenses, de villes magnifiques avec des Princes superbement vêtus et entourés de guerriers et de courtisans.

Tous ces tableaux étaient magnifiques; tout y était distinct et séduisant.

Jésus se borna à lui dire :

« Tu adoreras le Seigneur ton Dieu

et tu ne serviras que Lui.
Retire-toi, Satan ».

 

Aussitôt le Démon, ayant pris une forme affreuse, glissa le long du rocher, tomba dans l'abîme et disparut. On aurait dit que la terre s'était entrouverte pour le recevoir.

 

Alors, je vis une troupe d'Anges s'approcher du Sauveur et Lui présenter leurs hommages.

Puis, ayant pris le Seigneur avec respect et comme dans leurs mains,

ils Le déposèrent doucement

dans la Grotte où Il avait commencé Son Jeûne de quarante jours.

Les douze Anges qui L'avaient porté étaient accompagnés d'autres Anges en un Nombre mystérieux, peut-être soixante-douze, car pendant toute cette Vision, dit Anne-Catherine Emmerick, je songeai aux 12 Apôtres et aux 72 Disciples. Peut-être y avait-il là, qui sait, les 84 Anges Gardiens de ceux qui, plus tard, allaient entourer et seconder le Seigneur dans Son Oeuvre ?

La Grotte de la Quarantaine devint alors le Théâtre d'une grande Fête d'Actions de Grâce et de Triomphe, et l'on y fit les apprêts d'un magnifique Festin sacré.

Les Anges qui servirent le Sauveur appartenaient à différents Ordres et avaient des formes différentes. Ceux qui apportèrent le Pain et les Coupes de Vin avaient des habits semblables à ceux des Prêtres puisqu'il s'agissait d'une Figure du Sacrifice du pain et du Vin que le Sauveur allait être en mesure de pouvoir instituer le Jeudi Saint, le 16 avril de l'An 29 de notre Ere.

 

Lorsque Jésus fut ainsi restauré

sous les deux espèces du Sacrifice qu'il avait à instituer,

lorsqu'Il eut mangé le Pain et bu le Vin,

le Festin préparé pour lui  put se continuer.

 

Ensuite, les Anges s'éloignèrent de Lui.

 

A l'instant même, je vis Notre-Seigneur apparaître dans une Vision à Marie, Sa Sainte Mère (qui se trouvait alors à Cana), et la consoler par cette faveur.

Lazare et Marthe se sentirent touchés et pleins d'amour pour le Sauveur.

Un Ange, se montrant à Marie la Silencieuse lui apporta un des mets les plus exquis de la Table du divin Maître. Je vis l'Ange lui apparaître. Elle le reçut avec une candeur tout enfantine. Elle avait vu en esprit toutes les Souffrances et toutes les Tentations du Sauveur; elle était uniquement occupée de ces pensées et les sentiments qui la remplissaient la rendaient étrangère à tout ce qui se passait autour d'elle.

Marie Madeleine ne fut pas oubliée dans ces Faveurs célestes. Elle travaillait à une parure dont elle devait se servir pour une fête. Tout à coup, elle considéra avec dégoût l'existence qu'elle menait, sentit en elle le désir d'une vie nouvelle et jeta à terre l'objet auquel elle travaillait, ce qui excita les railleries de ceux qui l'entouraient.

Plusieurs des futurs Apôtres furent également consolés et remplis d'aspirations vers le Salut. Nathanaël que j'aperçus dans sa maison, dit Anne-Catherine, pensa sérieusement à tout ce qu'il avait entendu dire à propos du Sauveur et à ces impressions si fortes provoquées par Lui, et qu'il avait alors en partie oubliées.

Pierre, André et les autres furent également touchés et fortifiés. C'était un spectacle magnifique, mais je n'en ai retenu qu'une partie, dit Anne-Catherine.

 

Il faut noter que, d'après le témoignage d'Anne-Catherine Emmerick, tout de suite après Marie, Sa mère, les premières personnes prévenues du bon succès et de la fin du Jeûne de quarante jours de Notre Seigneur furent Lazare, Marthe, Marie la Silencieuse et Marie-Magdeleine, ce qui confirme la très grande proximité avec Jésus de cette famille qui (à part Marie la Silencieuse, laquelle regagna « la Patrie » spirituelle dès la Pâque de l'An 27), devait associer son destin de façon si marquante à la Provence.

 

Il faut remarquer également que la Grotte de Yahça, en Jordanie, est à jamais un très haut Lieu du Christianisme et de la spiritualité : depuis le 28 octobre  jusqu'au 5 décembre de l'An 26 de notre Ere, selon le Témoignage d'Anne-Catherine, soit pendant 39 jours, la présence du Sauveur y a été continuelle et une victoire très importante sur le Tentateur y a été remportée. Malgré l'action que Satan a essayé d'exercer sur Jésus pendant toute cette période, malgré cette espèce de proximité, l'Archange déchu a été maintenu ici, comme il le fallait à ce moment, et jusqu'au Temps de la venue de Jésus au Pays des Limbes, dans l'ignorance sur la nature divine de celui qu'il prenait simplement pour un prophète.

Retrouver cette Grotte, à proximité des lieux où se déroula la bataille racontée dans le Livre des Nombres XXI, 21 à 31 et dans le Deutéronome II, 26 à 33, y séjourner un temps, y prier et y méditer, peut constituer un grand but de voyage pour ceux qui, venant de bien des pays, auront occasion de se rendre dans le Royaume de Jordanie. Je rappelle qu'à partir d'Amman, la capitale, il faut parvenir, au sud-ouest, jusqu'à la ville de Mâdabâ, puis, à nouveau vers le sud,  jusqu'à l'actuelle ville de Libb;  le site de Yahça a été localisé à dix-huit kilomètres à l'est de la Mer Morte.

 

Pendant le début du séjour de Jésus au Mont de la Quarantaine, près de Jéricho, puis  dans la Grotte de Yahça, dans l'actuel Royaume de Jordanie, Marie se trouvait dans sa maison de Capharnaüm. Cependant, les choses allant à cette époque comme maintenant, dit de façon désabusée Anne-Catherine Emmerick, des femmes du voisinage, sous prétexte de consoler Marie, se répandaient en accusations contre le Sauveur : il était toujours en voyage, sans qu'on sache où il allait, il négligeait sa mère, lui qui, depuis la mort de Joseph, aurait dû travailler afin de pourvoir à son existence.

A cette époque, dit l'ancienne petite bergère devenue religieuse, on parlait beaucoup de Jésus dans tout le Pays à cause des Merveilles qui avaient accompagné Son Baptême, à cause du Témoignage que Jean Lui avait rendu, à cause de ce que Ses disciples racontaient depuis qu'Il S'était absenté. Jamais on ne s'entretint autant de Lui, dit-elle encore, sauf après la Résurrection de Lazare, et dans le Temps qui précéda immédiatement la Passion.

Marie était grave et constamment recueillie, occupée de Son Fils, elle contemplait Ses Oeuvres, et souffrait avec Lui.

Vers la fin de la Quarantaine, lassée des commérages hostiles qui, à Capharnaüm, visaient Son Fils, Marie se rendit à Cana, en Galilée, chez les parents de la fiancée des futures Noces de Cana. Ce sont, dit Anne-Catherine, des gens riches et qui paraissent occuper le premier rang dans la société. Ils habitent une belle maison, commode et bien bâtie, dans le centre de Cana. La ville, située sur une route qui descend des hauteurs voisines, est plus belle et moins irrégulière que beaucoup d'autres villes de Palestine. Le jeune homme doit se marier dans la maison. Les parents de la future mariée ont encore dans la ville une autre maison, qu'ils doivent donner toute meublée à leur fille. La Sainte Vierge habite actuellement chez eux. Le fiancé, du nom de Nathanaël (qu'il ne faut pas confondre avec l'autre Nathanaël, le fils d'Anne de Cléophas, celui que Jésus appelait familièrement « le petit Cléophas »), a, à peu près, l'âge du Sauveur; il est né du premier mariage de l'une des veuves de Nazareth, Sobé (ou Jobé), la soeur de Séba. Il dirige la maison de sa mère et veille à ses intérêts.    Je crois qu'il doit plus tard aider son futur beau-père dans ses travaux. Ces bonnes gens, dit Anne-Catherine, consultent la mère de Jésus pour tout ce qui concerne leurs enfants, et ils n'ont aucun secret pour elle. Marie s'entretient souvent avec la fiancée. Celle-ci, une personne d'une grande beauté, voit souvent son futur époux, mais en présence de témoins, et la tête couverte d'un voile.

 

Pendant ces quarante jours, dit encore Anne-Catherine, j'ai vu souvent le Précurseur occupé à baptiser. Hérode voudrait l'attirer auprès de lui. Il lui envoie un messager pour lui parler au sujet du Sauveur. Jean lui répondit en peu de mots, et confirma le Témoignage qu'il avait déjà rendu sur Jésus.

Des envoyés de Jérusalem viennent encore pour lui parler de Jésus et l'interroger sur ce qui le concerne lui-même. Jean répond comme précédemment, qu'il ne L'a vu qu'au Baptême, puis une fois ensuite, d'assez loin, et qu'il a été envoyé, lui, Jean, pour préparer Ses Voies.

Depuis le Baptême du Sauveur, Jean ne cesse de répéter que l'eau a été sanctifiée par Jésus et l'Esprit Saint Qui est descendu sur Lui. La descente de l'Esprit Saint sur Jésus a donné au Baptême de Jean une vertu nouvelle et enlevé à l'eau plusieurs principes impurs. C'est pour cela, dit Anne-Catherine Emmerick, que, peu après le Baptême, j'ai vu l'horrible image de Satan et des reptiles affreux sortir de l'eau et passer à travers la foule, au moment où l'Esprit Saint, descendant des Hauteurs, fit sur l'eau une sorte d'exorcisme.

Jésus, Qui n'avait pas besoin du Baptême, voulut cependant le recevoir, afin de sanctifier l'eau. Dès lors, le Baptême de Jean fut plus saint et plus pur. C'est pour cette raison que le Sauveur fut baptisé dans un Bassin particulier. Jean fit ensuite couler l'Eau de ce Bassin dans le Jourdain et dans le bassin qui servait au Baptême des autres. Nous avons vu que Jésus et Ses disciples recueillirent de cette Eau sanctifiée dans des outres de peau et qu'ils en firent usage pour baptiser à leur tour.

 

 

 

 

Le 7 du mois hébraïque de Kisleu,

l'équivalent de notre 6 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.

Du Mont de la Quarantaine

à Bethabara.

 

Anne-Catherine Emmerick vit le Sauveur traverser le Jourdain au point du jour, à l'endroit où Il l'avait passé le 28 octobre, lorsqu'il allait depuis le Mont de la Quarantaine jusqu'à la Grotte de Yahça. C'était là où le lit du Fleuve est si étroit; on y voyait de longues poutres posées entre les deux berges pour faciliter le passage d'une rive à l'autre. Ce n'était pas le passage du Fleuve par la grande route voisine, située un peu plus loin. Parvenu sur la rive orientale du Fleuve (donc en actuelle Jordanie), Jésus longea le Jourdain jusqu'à ce qu'il soit arrivé en face du lieu où Jean donnait le Baptême.

En L'apercevant de loin, Jean Lui rendit à nouveau Témoignage publiquement : 

« Voici l'Agneau de Dieu, Celui Qui prend sur Lui les péchés du monde ».

Alors, S'éloignant du Fleuve, le Seigneur Se dirigea vers Bethabara (ce qui, en hébreu signifie « La Maison du Gué »), identifiée avec la petite ville de « Béthanie au-delà du Jourdain », dont parle Jean l'évangéliste, en son chapitre I, verset 28. Bien sûr, il ne faut pas confondre avec Béthanie près de Jérusalem, là où Marthe, Lazare et Marie la Silencieuse avaient leur demeure. Le cours d'eau juste au sud de « La Maison du Gué » se nomme l'Hisban (et il se dirige vers la ville du même nom, plus à l'est).

André et Saturnin, qui se trouvaient, comme à l'ordinaire, auprès du Baptiste, se hâtèrent de passer sur les poutres jetées entre les deux rives du Jourdain, à l'endroit même où Jésus venait de traverser. Ils étaient accompagnés de l'un des neveux de Joseph d'Arimathie et de deux autres disciples de Jean. Quand ils furent sur l'autre rive, ils marchèrent sur les traces du Sauveur.

Anne-Catherine vit Jésus Se retourner, revenir sur Ses pas et leur demander ce qu'ils désiraient. André, tout heureux d'avoir retrouvé Celui que Jean leur avait si souvent annoncé, Celui auxquels le Baptiste, lui et Saturnin avaient donné le Baptême le vendredi 28 septembre dernier, demanda à, Jésus en quel lieu Il demeurait. Le Sauveur alors les engagea à Le suivre. Et il les conduisit à une hôtellerie placée au bord de l'eau, à quelque distance de Béthabara. Ils s'arrêtèrent là, et Jésus passa le reste de la journée avec eux dans cette ville. Il prit un repas avec les cinq hommes qui venaient de quitter Jean le Baptiste pour, désormais, Le suivre, Lui. Notre-Seigneur leur dit qu'Il allait à présent commencer Sa Mission et réunir des disciples autour de Lui.

André alors Lui parle de plusieurs de ses connaissances ou de parents à lui sur lesquels Il pouvait compter; il nomma entre autres son frère Simon-Pierre, Philippe et Nathanaël.

Le Sauveur ayant parlé du Baptême et dit que plusieurs d'entre eux devraient baptiser en ce lieu, ils Lui dirent qu'il n'y avait pas d'endroit convenable, sinon celui que Jean occupait. Or il n'était pas convenable de le troubler dans l'exercice de son Ministère en s'établissant à ses côtés. Alors, Il les instruisit sur le caractère de la Mission de Jean, leur annonça qu'elle se terminerait bientôt, et confirma tout ce que le Précurseur leur avait dit, tant sur sa propre personne que sur la Personne du Sauveur. Puis Il leur parla de ce qu'Il avait fait « au Désert », dans la Grotte de Yahça, pour Se préparer à Son Ministère. Il évoqua à ce propos l'obligation faite à l'être humain de se disposer intérieurement avec soin  avant de commencer une action importante.

Il témoigna en cette circonstance beaucoup d'Amitié à André, à Saturnin, au neveu de Joseph d'Arimathie et aux deux autres disciples de Jean qui venaient de décider de Le suivre désormais. Il leur parla à tous les cinq avec un grand Abandon. De leur côté, ils avaient dans leurs rapports avec Lui  beaucoup de réserve et de timidité.

Ils passèrent la nuit à Bethabara.

Le 8 du mois hébraïque de Kisleu,

veille du Sabbat.
L'équivalent
de notre vendredi 7 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.

De l'une à l'autre rive du Jourdain.

 

Le lendemain matin, Il se rendit avec les cinq disciples sur les bords du Jourdain, jusqu'à une petite agglomération située à l'endroit correspondant à la grande route; il y avait là plusieurs maisons et Jésus y parla devant une foule assez nombreuse.

Dans le courant de la journée, Il passa sur l'autre rive (la rive occidentale) et fit une Instruction en une petite localité située quelques kilomètres avant Jéricho et qui comportait une vingtaine de maisons. Des disciples de Jean et des personnes qui avaient reçu son Baptême ne cessaient d'aller et de venir : ils se rassemblaient avec ceux qui écoutaient Jésus, puis ils retournaient auprès de Jean le Baptiste, le Précurseur, pour lui redire ce qu'ils avaient entendu de la bouche de Jésus.

Il était environ midi lorsque Jésus commença à parler en cet endroit.

Au début de l'après-midi de ce vendredi, il demanda à plusieurs de ceux qui Le suivaient déjà à cette époque de se rendre, après le Sabbat du lendemain, en une localité située au-delà du Jourdain (donc sur la rive orientale), en amont de Bethabara, et d'y établir un bassin pour donner le Baptême. Jean, après avoir quitté Aennon, y avait baptisé, avant d'aller s'établir en face de Bethabara (à On).
Les habitants de la localité où Jésus avait parlé voulaient offrir un repas au Sauveur, mais Il les quitta avant l'heure où, ce vendredi, commençait la préparation du Sabbat. Il repassa le Jourdain une nouvelle fois et retourna à Bethabara (donc, en actuelle Jordanie).

 

Le 9 du mois hébraïque de Kisleu.

L'équivalent de notre samedi 8 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.
A Béthabara.

 

C'est là, à Bethabara, qu'Il fêta le Sabbat, le 9 du mois hébraïque de Kisleu. Il y parla dans la synagogue.

Il accepta ensuite l'hospitalité offerte par le chef de cette synagogue, et passa la nuit dans sa maison.

 

 

 

 

Le 10 du mois hébraïque de Kisleu,

lendemain du Sabbat.

L'équivalent de notre dimanche 9 décembre,

en l'An 26 de notre Ere.

En amont de Béthabara,

sur l'ancien lieu où Jean avait baptisé.

 

Ce dimanche, dit Anne-Catherine, j'ai vu Notre Seigneur, accompagné d'André, de Saturnin, et d'une foule nombreuse, parmi laquelle se trouvaient plusieurs disciples du Baptiste, se rendre sur les bords du Jourdain, à une heure de marche de Bethabara, vers le nord, en face de la petite ville de Galgala (on dit aussi Gilgal, ville située au sud de Phasaël et au nord de Naarân). Le bassin pour le baptême, ici, n'était pas aussi large que celui de On. Les bords en étaient élevés, et Anne-Catherine Emmerick remarqua une langue de terre avancée sur laquelle venait se placer celui qui conférait le Baptême. Non loin de là, on voyait un petit chenal qui était destiné à fournir de l'eau au bassin de Baptême.

Il y a eu ainsi à cette époque trois lieux de Baptême dans le Jourdain à très peu de distance l'un de l'autre : celui où le Seigneur, André et Saturnin viennent de s'installer, celui de l'île miraculeuse surgie du Jourdain et où Jésus a été baptisé par Jean, assisté par André et Saturnin, celui enfin qui est alors occupé par Jean lui-même et ses disciples.

A Son arrivée dans le lieu de Baptême situé à une heure de marche au nord de Béthabara, Jésus versa dans le bassin un peu de l'Eau qu'Il avait fait puiser dans le Jourdain à On après Son propre Baptême et qu'André avait apportée dans une outre. Puis Il bénit le lieu.

Anne-Catherine remarque que tous ceux qui reçurent ensuite le Baptême en cet endroit furent très vivement touchés par l'expérience qu'ils faisaient. C'étaient André et Saturnin qui conféraient le Baptême. L'immersion  du baptisé n'était pas complète. Il descendait au bord de l'eau; après l'imposition des mains sur ses épaules, celui qui conférait le Baptême prenait de l'eau du bassin à trois reprises et la répandait sur la tête de celui qui recevait le Baptême en prononçant la formule enseignée par Jésus : « Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Nous avons vu que Jean, lui, ne prenait pas l'eau du baptême avec ses mains, mais se servait d'une écaille à trois rainures dans lesquelles l'eau se partageait (il en sortait trois filets d'eau).

André et Saturnin, le Juif et le Grec, les deux amis de coeur, celui qui avait eu sa maison au centre de Bethsaïda, sur les bords du Lac de Tibériade  et celui qui devait mourir bien plus tard martyrisé à Toulouse, tous deux baptisèrent ici un grand nombre de personnes, dont la plupart venaient de la Pérée, cette Province comportant Machéronte et Callirhoé vers le sud, Bethabara, Aenon et Sukkot vers le centre, et se terminant non loin d'Abel-Méhola au nord-ouest, en Samarie, et de Pella au nord, en Décapole.

Jésus, debout sur un petit monticule voisin, parla à ceux qui étaient là de la nécessité de la Pénitence, du Baptême, et aussi du Saint-Esprit. Il évoqua la descente de l'Esprit-Saint sur Lui, au moment de Son Baptême. C'est le Père, dit-Il, Qui envoie ainsi le Saint-Esprit. Et il dit à nouveau ce qui est si important pour tous ceux qui demandent le Baptême : la formule « Celui-ci est Mon Fils Bien-Aimé en Qui J'ai mis toutes Mes Complaisances », s'adresse aussi à tous ceux qui aiment réellement leur Père céleste et qui se repentent sincèrement de leurs fautes. Oui, le Père envoie l'Esprit-Saint à tous ceux qui reçoivent le Baptême au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et ils sont tous, ces baptisés sincères, Ses enfants bien-aimés dans lesquels Il met toutes Ses Complaisances. Il Est le Père de tous ceux qui reçoivent Son Baptême et qui re-naissent à Lui, purifiés, dans cette Cérémonie Sainte.

Anne-Catherine estime que le Seigneur passa encore une quinzaine de jours en cet endroit, avant de se rendre en Galilée.

Elle précise aussi qu'à strictement parler, André n'était pas encore « Disciple » du Sauveur, et donc, encore moins, un Apôtre. Jésus ne l'avait pas encore appelé. Il s'était présenté de lui-même, avec toute sa bonne volonté, en disant au Sauveur qu'il était disposé à Le suivre.

André est plus empressé à rendre service et plus décidé à agir de suite que son frère Simon-Pierre, lequel disait facilement : « Cela dépasse mes forces. Je ne suis pas fait pour une aussi haute Mission ». Et il retournait à ses affaires (la pêcherie du Lac de Tibériade).

A cette époque, par contre (tout comme André), Saturnin, Aram et Théméni (les deux neveux de Joseph d'Arimathie) s'étaient déjà très fortement attachés au Seigneur.

 

La foule commençait à diminuer autour de Jean-le-Baptiste et d'autres disciples de Jean auraient sans doute rejoint le Sauveur dès ce moment sans les efforts que firent pour les retenir plusieurs jeunes gens, partisans aveugles du Baptiste et réagissant ici, pourrait-on dire, comme des membres d'un « parti » qui seraient jaloux des succès d'un autre « parti ». Ces disciples de Jean ne cessaient de se plaindre à lui de ce qu'ils appelaient « la conduite de Jésus » et de ceux qui le suivaient : en baptisant là où ils s'étaient installés autrefois, ils empiétaient, disaient-ils au Baptiste, sur ses propres attributions. Jean se donnait beaucoup de mal pour essayer de faire évoluer ces jeunes gens qui s'étaient si fortement et si personnellement attachés à lui. Il leur disait qu'ils devaient se rappeler ce que lui, le Baptiste, leur avait dit si souvent : que son rôle était de préparer les Voies, et que, lorsque cela serait fait, lorsque cette oeuvre serait accomplie, il aurait simplement à s'effacer. Il leur disait au fond, avec d'autres mots, cette magnifique parole de lui qui est rapportée dans l'Evangile de Jean (chapitre III, Verset 31):

 « Il faut que Lui grandisse

et que moi je décroisse ».

Comme ces jeunes gens aimaient beaucoup le Baptiste, ils ne pouvaient se résoudre à accepter cette « décroissance », comme d'un soleil qui a beaucoup dispensé ses rayons et qui pourtant se couche.

Il y avait eu foule aujourd'hui à l'endroit où Jésus, toujours secondé par André et Saturnin, faisait donner le Baptême. Pour ne pas faire perdurer une sorte de situation « de concurrence » qui n'avait pas du tout lieu d'être, Jean le Baptiste dit à ses disciples que, dès le lendemain, ils iraient s'installer plus loin sur les bords du Jourdain.
Jésus, Lui, passa la nuit à Béthabara, chez le chef de la synagogue qui L'avait déjà reçu la veille.

 

A suivre ...