Paris ;
les couloirs du métro « République ».
Des étudiants des Beaux-Arts
en ont décoré les plafonds.

L’une des peintures évoque
« l’Allégorie de la Caverne »
de Platon,
et le soleil que le prisonnier découvre,
au-dehors,
lorsque quelqu’un l’a libéré des liens
qui le tenaient rivé sur son siège,
à regarder sans comprendre
les ombres qui passent
sur le mur de cette Caverne.

Et il est écrit :
« Au-delà du soleil visible,
il en est un autre,
caché par l’habitude ».

Les couloirs du Métro « République » ;
très bonne représentation symbolique
de la Caverne et de son Allégorie,
au tout début du Livre VII
de « La République ».
Au-delà du soleil comme grosse boule de matière incandescente,
il en est un autre,
plus difficile à voir,
le Soleil spirituel,
celui que Platon nommait
le Modèle Idéal
de tout Bien.

De la République,
le métro te conduit
jusqu’au Châtelet.
Et là, à pieds,
gagne le Louvre.

Si tu y viens un quinze août,
un peu avant le coucher du soleil,
tu y assisteras à un spectacle pour l’Empereur :
pour son anniversaire,
le soleil vient se coucher
exactement
sous l’Arc de Triomphe.

Sortant de la caverne des couloirs
du métro République,
ton Désir t’aura conduit
jusqu’au soleil physique
amené par les architectes à venir célébrer
une ville,
Paris,
un homme,
l’Empereur Napoléon,
et les victoires militaires d’un pays,
la France.

Si tu en restais là,
ton Désir
serait tout imprégné
d’idolâtrie :
Napoléon, une idole ;
le soleil physique,
une idole ;
les bâtiments de Paris,
des idoles.

Au-delà du soleil matériel incandescent,
ton Désir,
si tu écoutes Platon,
doit s’élever jusqu’à la Contemplation,
si tu peux,
du Soleil spirituel,
celui que Platon considérait
comme Origine et Fondement
de toute réalité.

Au-delà du soleil matériel,
les Egyptiens d’antan
vouaient un culte
à leur dieu du soleil,
celui qu’ils avaient nommé
Râ ;
parfois, ils disaient aussi :
Rê.

Au-delà de l’homme nommé Napoléon,
au-delà de l’Arc des victoires guerrières,
au-delà des Bâtiments et Monuments de Paris,
au-delà du soleil visible,
au-delà de la nostalgie d’une étoile,
ton Désir,
s’il veut atteindre le Ré-El,
doit s’élever de Rê ou Râ
jusqu’à
El.

Il te faut changer de plan.
Que ton esprit s’élève
en utilisant, s’il peut,
la verticale
de
l’Obélisque
venue
d’Egypte.

Car, à partir du dieu du soleil égyptien,
voici
que tu dois tenter de te rapprocher
d’El,
du Dieu d’Israël.

Le mot français « Ré-el » te guide bien :
au-delà de « Rê »,
c’est El
qu’il te faut suivre
à présent,
pour progresser.

Depuis le Louvre,
l’Obélisque
et la Concorde,
depuis la vue
sur l’Arc de Triomphe
au 15 août,
achemine-toi
doucement,
par les quais,
jusqu’à Notre-Dame
où le soir tombe.

Pense alors à tous ces bâtiments
qu’il ne faut pas tant aimer.
C’est un rêve qui me l’a dit.

Points d’idoles,
là non plus.

Le Rêve proposait
une sorte de Variation imaginaire :
la Cathédrale
remplacée
par une grande statue :
Marie qui porte l’Enfant
et s’enfuit sur un âne.
La Fuite en Egypte,
le moment
où les idoles tombent.

En toi aussi
toutes les idoles doivent tomber.
Pour t’y aider,
une peinture.

Marie protège l’Enfant menacé
par le Massacre des Innocents.
Joseph berce doucement l’air
à l’aide d’une palme
pour amener un peu de fraîcheur
à Marie
et
à Jésus
lors de cette traversée du désert.

Et puis,
remarque bien,
depuis le haut de la colonne,
au moment où passent
Joseph,
Marie
et
Le Sauveur encore Enfant,
remarque bien,
oui,
cette statue qui tombe
de haut
depuis la colonne
où on l’avait dressée.
En toi aussi,
s’il restait une idole,
à présent,
oui,
ce serait bien qu’elle tombe.

*

Pour moi, cela s’est produit.
Il a fallu quelques années.
Mais le vendredi 29 juin 1984,
aux environs de 15 heures,
j’ai pleuré,
j’ai compris,
et une idole assez considérable est tombée.

*