Les Veilles du jeudi dans la nuit
(de 23 heures à
minuit).
Tous les chrétiens savent que, le Jeudi Saint,
après avoir instauré l’Eucharistie, le Christ se trouve avec ses disciples
(moins Judas) dans le Jardin de Gethsémani, au Mont des Oliviers. Là, comme à
son habitude, il va prier. Il prend avec Lui Pierre, Jacques et Jean, c’est à
dire les trois Apôtres qui avaient assisté à Sa Transfiguration (Evangile selon
St Matthieu, XVII, 1 à 8, Evangile selon St Marc, IX, 2 à 8, Evangile selon St
Luc, IX, 28 à 36, deuxième Epître de St Pierre, I, 16). Il leur demande de veiller avec lui pendant que Lui prie.
Peut-être à cause de l’intensité extraordinaire du moment (c’est la nuit
précédant la Passion, la veille de ce que l’on pourrait appeler la défiguration de Celui qu’ils avaient
vu Transfiguré), Pierre, Jacques et Jean ne peuvent assumer cette veille et
s’endorment, à trois reprises.
Il y a donc eu là un moment décisif où, en
la personne de Pierre, de Jacques et de Jean, l’humanité a fait défaut, a déçu une attente du Sauveur. On peut se
demander ce qui aurait été attendu de chacun des trois Apôtres lors de cette
Veille. Pour employer un peu le langage philosophique, on pourrait se demander
quelle forme d’être-avec
le Christ angoissé Pierre, Jacques et
Jean auraient-ils dû ressentir au fond d’eux-mêmes et manifester. Ou encore, en
ce moment dramatique, quel genre de dialogue aurait-il pu et dû s’instaurer
entre ces trois êtres humains et le Seigneur ?
*
Au XVIIème
siècle, plusieurs phénomènes de l’ordre de la Théophanie sont associés avec la
naissance de Louis XIV dont, de ce fait, le second prénom est Dieudonné. En réponse à des prières
faites dans tout le Royaume, à la demande du Roi Louis XIII qui, après vingt
ans de mariage n’avait pas encore d’héritier, un enfant va naître à la Cour de
France. Voyez à ce sujet ce qui concerne les
trois neuvaines (mêmes prières répétées neuf jours de suite) demandées au
moine nommé Frère Fiacre et qui étaient à dire successivement :
-
à la Chapelle
Notre-Dame des Grâces à Cotignac,
-
à la Cathédrale
Notre-Dame de Paris
-
et à l’Eglise
Notre-Dame des Victoires, également à Paris.
Plus tard, comme « en contre-don »
dans le rapport entre Dieu et l’humanité, plusieurs choses vont être demandées
au Roi Louis XIV par l’intermédiaire d’une religieuse de Paray-Le-Monial, Marguerite-Marie Alacoque, qui sera par la suite
proclamée Sainte (sa Fête est le 17 octobre). Certains de ces messages
demandaient l’édification par la France d’un grand bâtiment religieux en
l’honneur du Sacré-Cœur (du Christ). Ces messages dont il n’a pas été tenu
compte à l’époque, ou bien que quelqu’un a empêché de parvenir à destination en
ce temps-là, ont été réitérés en vain sous Napoléon III avant que, plus de deux
siècles après ce que Ste Marguerite-Marie avait voulu faire savoir au Roi Louis
(en 1689), la Basilique du
Sacré-Cœur soit édifiée à Montmartre (elle a été achevée en 1912), peut-être en partie pour tenter de sortir de l’amertume
de la défaite que la France avait subie lors de la guerre de 1870-1871 contre
la Prusse.
Je reviendrai ailleurs sur une autre
demande très importante qui avait été faite au Roi de France par
l’intermédiaire de Marguerite-Marie de Paray-le-Monial
(où cette Sainte est enterrée), demande qui, elle, n’a toujours pas abouti à
une réalisation.
*
Une troisième demande, plus personnelle,
concerne une Veille le jeudi de 23 heures à minuit, en compensation,
pourrait-on dire, du sommeil de Jacques, de Pierre et de Jean à
Gethsémani.
Voici quatre textes qui pourraient servir
de préparation (le mieux, je crois, est de relire l’un d’eux vers 22 h 45,
avant la Veille) :
-
Première
semaine : Evangile selon Matthieu, XXVI, 36 à 46.
-
Seconde
semaine : Evangile selon Marc, XIV, 32 à 42.
-
Troisième
semaine : Evangile selon Luc, XXII, 39 à 46.
-
Quatrième
semaine : Evangile selon Jean, XVIII, 1 à 11.
-
Et ainsi de suite …
On
peut remarquer qu’une même image revient chez les quatre Evangélistes, celle de
la Coupe amère qui devra pourtant être bue :
-
Matthieu, XXVI, 39,
-
Marc, XIV, 36,
-
Luc, XXII, 42,
-
Jean, XVIII, 11.
Pour quelqu’un qui est membre d’un Ordre
religieux (ce qui était la cas de Marguerite Marie de Paray-le-Monial),
la demande peut aller plus loin.
Mais, pour des Français ordinaires de notre
début de vingt-et-unième siècle, simplement chrétiens ou désireux de tenter une
expérience en solitude pour mieux
comprendre, peut-être, ce qu’est le christianisme, il est possible de résister
à l’envie de dormir et de tenter de veiller chaque jeudi soir à partir de 23
heures pendant une heure, pour compenser un peu le sommeil de Pierre, de
Jacques et de Jean autrefois à Gethsémani.
Ainsi, bonne Veille à qui voudra ! Je
vous souhaite à cette occasion, ma foi, des expériences spirituelles
fortes !
Jacques Atlan
Les Veilles du jeudi de 23 h à minuit.
2
*
Si Pierre, Jacques et Jean avaient veillé à Gethsémani,
Jésus aurait pu leur dire :
« Pensez à présent au sacrifice d’Isaac »
Livre
de la Genèse, XXII, 1 à 19.
« Ce qui a été épargné ce jour-là à Abraham et à son
fils,
Le Père céleste va l’accomplir, Lui, demain,
Sur la personne de
Son propre Fils.
Le sacrifice d’Abraham était une façon de préparer les
humains
A ce qui aura lieu demain,
Devant vous,
Pour le Salut de tous ».
*
Si Pierre, Jacques et Jean avaient veillé à Gethsémani,
Jésus aurait pu leur dire aussi :
« Récitez à présent en vous-même le Psaume XXII,
Celui qui parle des souffrances et des espoirs du Juste.
Récitez ce Psaume XXII.
Beaucoup de ce qui aura lieu demain y est prophétisé.
Cela vous aidera à comprendre ce qui va
s’accomplir ».
Et Pierre, Jacques et Jean auraient dit en eux-mêmes
Ce soir-là, dans le Jardin, au Mont des Oliviers :
« Mon Dieu,
Mon Dieu, Pourquoi m’as-Tu abandonné ?
Pourquoi restes-tu loin de mon salut et des paroles que
je rugis !
Mon Dieu, le jour j’appelle, et tu ne
réponds pas,
La nuit, point de silence en moi.
Toi, le Saint, Tu habites les louanges d’Israël.
En Toi, nos pères avaient confiance,
Ils se sont fiés à Toi, et Tu les as délivrés.
Vers Toi, ils criaient, et ils échappaient.
A Toi, ils se sont fiés, et la honte n’est pas venue sur
eux.
Mais moi, un ver plutôt qu’un homme,
La risée des gens, le méprisé du peuple,
Tous ceux qui me voient me bafouent,
Leur bouche ricane, ils hochent la
tête :
« Il s’est remis à Yahvé, qu’Il le
fasse échapper !
Qu’Il le délivre, puisque Il est son
ami ! ».
C’est Toi Qui m’a tiré du ventre
de ma mère,
Toi, ma confiance, près du sein maternel,
C’est à Toi que j’ai été remis au sortir de la matrice.
Dès le ventre de ma mère, Mon Dieu, c’est Toi.
Ne reste pas au loin ; l’angoisse est
venue ;
Point de secours pour moi.
Ils sont nombreux, les taureaux qui me cernent.
Des Aurochs de Bashân, les
voilà qui m’encerclent.
Contre moi, leur gueule est ouverte.
Il y a là des lions qui rugissent et qui
lacèrent.
Comme l’eau, je me répands,
Et tous mes os se disloquent.
Comme la cire, mon cœur qui se défait
Au milieu de mes entrailles.
Ma gorge est sèche comme un tesson
Et ma langue est collée contre mes dents.
A la poussière de la mort, tu me réduis.
Autour de moi, des chiens qui grondent.
Des malfaiteurs, des larrons m’entourent.
Mes mains, mes pieds, déchiquetés.
Je peux compter tous mes os qui saillent.
Les gens sont là, qui me voient, qui me regardent.
Ils partagent entre eux,
Ils tirent au sort
Les vêtements que j’avais sur moi.
Mais Toi, Yahvé, ne sois pas loin,
Ô ma Force, viens à mon aide.
De l’épée, viens délivrer mon âme.
Toi, l’Unique, écarte les chiens,
Sauve-moi de la gueule des lions.
Eloigne les cornes des taureaux.
Oui, Tu me réponds !
J’annoncerai Ton Nom à mes frères,
En pleine Assemblée, je Te louerai :
« Vous qui craignez Dieu, louez-Le !
Tous les enfants des enfants de Jacob,
glorifiez-Le !
Toute la descendance d’Israël, redoutez-Le ! ».
Car Il n’a pas méprisé, Il n’a pas dédaigné
La pauvreté du pauvre,
Il n’a pas caché de lui Sa Face,
Mais lorsque le délaissé l’a évoqué,
Il l’a écouté.
Pour Toi, ma louange s’énonce dans la grande Assemblée,
Il accomplira mes vœux devant ceux qui Le craignent.
Les pauvres mangeront et seront rassasiés.
Ils loueront Dieu, toux ceux qui Le cherchent :
« Seigneur, que vive Votre Cœur à
jamais ! »
Depuis les lointains de la terre, tous se souviendront
Et reviendront vers Dieu !
Dans toutes les nations, toutes les familles se
prosterneront devant Lui.
A Lui la Royauté, Lui, le Maître des nations !
Oui, devant Lui Seul se prosterneront tous les puissants
de la terre,
Devant Lui se courberont tous ceux qui retournent à la
poussière.
Et pour ceux qui ne vivent plus, leur lignée Le servira,
Elle annoncera le Seigneur aux âges du futur ;
Elle racontera Sa Justice à tous les peuples qui
naîtront.
Oui, elle racontera ce qu’Il a fait.
et celle de la
Bible de Jérusalem.
Plusieurs passages de ce Psaume inspiré
semblent bien décrire,
Un millier d’années à l’avance,
Certaines des scènes de la Passion.
*
Bien sûr, au moment de l’Epreuve qui
l’attend,
Le Christ reste préoccupé des autres :
« Si donc c’est Moi que vous cherchez,
Laissez ceux-là s’en aller »
Evangile selon Jean, XVIII,8.
En ce sens, la phrase :
« Il y a ici des lions qui rugissent et qui
lacèrent »
Pourrait étendre le caractère prophétique du
Psaume XXII
Jusqu’aux souffrances,
A ce moment, non encore advenues,
Des chrétiens qui seront jetés aux fauves
Dans les sinistres Jeux du Cirque de l’Empire
romain.
*
Les Veilles du jeudi soir
3
Par ce qui a été dit à de nombreuses reprises
A Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial,
Nous pouvons nous approcher un peu
De ce que le Christ attendait de Pierre, de Jacques et de Jean à Gethsémani :
Partager avec Lui Son angoisse,
Comprendre quelque chose de l’ampleur de Sa souffrance,
Répondre, par une présence humaine, en ce moment dramatique,
A Son Désir d’être aimé par nous.
Un jour, Il a dit à Marguerite-Marie :
« Je vais, Ma fille, te montrer Ma misère ».
Comme le dit le Père Roustand dans « Les Cinq jours de Paray-le-Monial », page 80,
ça n’a pas duré longtemps :
« Arrêtez, Seigneur, arrêtez !
J’ai cru que j’en mourrais ».
Comme si Marguerite-Marie avait expérimenté quelques instants l’intensité complète de
Ce que nous dit l’Evangile de St Matthieu, XXVI, 38 :
« Mon âme est triste à en mourir,
Demeurez ici et veillez avec Moi ».
Les Veilles du jeudi soir
4
Si vous vous trouvez à Paray-le-Monial,
Le premier jeudi de chaque mois,
Vous pourrez y participer
A
L’Heure Sainte,
De 23 heures à minuit.
Paray est un excellent lieu de séjour
Pour faire une pause
Et chercher le sens de sa vie.
On s’y réunit ce premier jeudi du mois,
Au soir,
Pour vivre ensemble
Ce qui avait été demandé au 17ème siècle
A Marguerite–Marie :
Cette Heure
Où il s’agit d’être avec le Christ
Dans Son angoisse
A Gethsémani.
De Veiller avec Lui
En compensation du triple sommeil,
Jadis,
De Pierre, de Jacques et de Jean.
De réparer un peu, à retardement,
Un grand rendez-vous manqué
Par les trois Apôtres,
Autrefois.
*
Une Eglise à Paray-le-Monial.
Il est écrit au-dessus du Porche d’entrée :
| La sculpture représente la Cène, C’est à dire le Christ et les 12 Apôtres lors du dernier repas, Le Jeudi Saint, Quelques
heures avant Gethsémani. |
| Jean est représenté la tête penchée vers le Cœur du Christ. Parmi les onze autres Apôtres, On pourrait identifier Pierre et Jacques le Majeur, C’est à dire, avec Jean, les trois Apôtres qui, Quelques heures plus tard, S’endormiront à trois reprises Au moment où le Christ leur avait demandé de veiller Pendant
qu’Il priait.. |

Il est écrit,
Au-dessus de la châsse de Sainte Marguerite-Marie :
Je te constitue héritière de Mon Cœur |
Entre cette Parole d’Investiture
Adressée par le Christ à Marguerite-Marie,
Et le tombeau de la Sainte,
Une représentation rayonnantedu Cœur du Christ |
La demande de réaliser en France un grand Edifice public
En l’honneur du Cœur du Christ
A été adressée à Louis XIV
Par Marguerite-Marie
Au 17ème siècle.
Il faudra attendre 1912
Pour que soit achevée à Paris, en haut de la Butte Montmartre,
|
La Basilique du Sacré-Cœur |

Les veilles du jeudi soir
5
Il faut rappeler
d’abord
Notre disproportion avec le Mystère de la Trinité divine
Qui Est pourtant Une Unité.
Il faudrait se procurer le livre consacré au peintre
Benozzo Gozzoli (1420-1497)
Aux Editions Könemann
Et méditer longuement sur La Parabole de la Sainte Trinité
Et la visite aux moines du Monte Pisano
(Page 78).
Dans la partie inférieure gauche de cette peinture
(Dont l’original est dans le Chœur de l’Eglise Sant’Agostino à San
Gimignano),
Gozzoli a représenté le Christ apparaissant à St Augustin
Sous la forme d’un enfant qui, avec une cuiller,
Tente de transvaser l’eau de la mer Méditerranée
Dans une petit flaque.
St Augustin, qui a rédigé un ouvrage sur La Trinité,
Est peut-être en train de méditer sur ce Mystère
Pendant qu’il marche au bord la Mer.
Il explique doucement à l’enfant
Qu’il est impossible que l’immensité de l’eau de la Mer
Soit contenue dans cette petite flaque,
Et que, en conséquence, son activité est dépourvue de
sens.
Alors l’Enfant rétorque au philosophe
Que, pour l’esprit humain,
Chercher à percer le Mystère de la Sainte Trinité
Est encore plus absurde.
« La petite flaque » disproportionnée par rapport à
l’immensité de la Mer
Symbolise ici l’entendement humain
Comme capacité de comprendre.
A moins que cet entendement limité
Ne soit représenté par la petite cuiller
Qui entreprend bravement de transvaser toute l’eau de la Mer
Dans un réceptacle visiblement inapproprié.
L’Icône de la Trinité,
d’Andréï Roublev,
Nous montre les trois Anges auxquels Abraham et son épouse Sara
Ont offert l’Hospitalité
(Chapitres XVIII et XIX du Livre de la Genèse)..
Mais, à travers ces trois Anges,
Dira St Augustin,
Quelque chose de la Divine Trinité
A été comme révélé, ou suggéré,
ou montré
A Abraham et à Sara.
Chacun des trois Anges peints par Roublev
Peut donc sinon « représenter » Ce Qui Est Irreprésentable,
Du moins L’évoquer ou Le suggérer.
D’où une série d’interrogations devant cette Icône :
Lequel des trois Anges « évoquerait » plutôt le Fils
?
Lequel des trois Anges « évoquerait » plutôt l’Esprit
?
Lequel des trois Anges « évoquerait » plutôt le Père
?
La disproportion de l’esprit humain s’est manifestée ici
Par le fait que toutes les hypothèses ont été soutenues
Comme le montre le livre de Louis Bouyer
Vérité des Icônes
Aux Editions Critérion,
Pages 64 à 76.
Le rêve fait le 17 février
1985
Semble me donner une réponse :
L’Ange du Centre tient en main deux Bâtons de Berger
(disposés en Croix de St André),
Alors que les deux autres Anges
N’ont en main qu’un sceptre, ou un Bâton de Berger.
L’Ange du Centre « symboliserait » donc plutôt le Père.
J’ai plus tard hésité
et pensé que si l’Ange du milieu
(Celui de l’Egalité dans le rêve)
Porte en main une Croix de St André,
C’est qu’Il évoque plutôt, par une Croix, le Christ.
Le peintre d’Icônes Nicolas Greschny
(1912-1985)
Appartient à une famille qui, depuis le Moyen-Âge, et de père
en fils,
Se consacre
A la peinture des Icônes.
Des œuvres de lui peuvent être vues
Dans l’Eglise St Martin, à Lagardiolle, dans le Tarn,
Dans l’Eglise d’Auzances, dans la Creuse,
Dans l’Eglise d’Encausse-les-Thermes (Haute-Garonne).
Des fresques murales de lui, importantes, parfois monumentales,
Peuvent être admirées dans le sud-ouest de la France
Où sa famille, fuyant l’irréligion qui envahissait alors la
Sainte Russie,
Avait trouvé refuge.
Héritier donc d’une tradition
perpétuée dans sa famille
Depuis le Moyen-Âge,
Et voulant restituer ce qu’Andréï Roublev avait l’intention de
peindre,
Nicolas Greschny attire d’abord l’attention
Sur la direction des regards des trois Anges de la célèbre Icône
:
Celui du Centre regarde Celui de gauche
Qui regarde Celui de Droite,
Qui regarde la Coupe posée sur la Table d’Hospitalité.
Dans l’Icône de Roublev.
Cette Coupe, c’est celle du Salut de
l’humanité :
Celle qui symbolise le Sacrement de l’Eucharistie
Instituée par le Christ lors de la Cène.
« Ceci est Mon Sang, le Sang de l’Alliance,
Qui va être répandu pour une multitude
En rémission des péchés »
Evangile selon St Matthieu, XXVI, 27.
C’est aussi la Coupe amère dont
il est question
Chez Matthieu, en XXVI, 39 :
« Mon Père, s’il est possible,
que cette Coupe passe loin de Moi » ;
chez Marc, au chapitre XIV, 36 :
« Abba (Père) ! Tout T’est possible ;
Eloigne de Moi cette Coupe » ;
Chez Luc, au chapitre XXII, 42 :
« Père, si Tu veux, éloigne de Moi cette Coupe ! »
;
Chez Jean, chapitre XVIII, 11 :
« La Coupe que M’a donnée le Père,
Ne la boirai-Je pas ? ».
Or, si l’on procède à
un agrandissement
Du contenu de la Coupe
Posée sur la table d’Abraham et de Sara,
De cette Coupe amère que, selon la Volonté du Père,
Le Christ doit boire
(« Que ce ne soit pas Ma Volonté
mais la Tienne Qui Se fasse »,
Evangile selon St Luc, XXII, 42),
Que distingue-t-on ?
Un Visage.
Comme si l’Ange de droite sur l’Icône,
Du sein de la Trinité,
Voyait le Visage qui serait le Sien
Une fois l’Incarnation réalisée
Pour le Salut du monde.
Si le Visage dans la Coupe amère
Est bien celui de l’Ange de droite sur l’Icône,
Alors, pour Andréï Roublev,
Et selon l’interprétation de Nicolas Greschny,
L’Ange de droite « évoquerait » plutôt
Le Christ.
D’ailleurs, derrière cet Ange
peint,
On reconnaît une montagne,
Le Golgotha peut-être,
Ou bien le Mont de la Transfiguration.
Derrière l’Ange central, il y
a une Vigne.
« Je Suis la Vigne véritable,
Et Mon Père est le Vigneron »,
« Je Suis la Vigne,
vous les sarments »
Dit le Christ dans l’Evangile de Jean
XV, 1 à 5.
Selon l’interprétation de Nicolas Greschny,
L’Ange du centre « évoquerait » donc plutôt
Le Vigneron.
Derrière l’Ange de gauche, il
y a des demeures.
« Il y a beaucoup de demeures dans la Maison de Mon Père »
dit le Christ dans l’Evangile de Jean, XIV, 2.
On penserait donc d’abord ici
A une « symbolisation du Père ».
Mais, pour N. Greschny,
L’Esprit veut « faire Sa Demeure » en nous.
Chacun d’entre nous doit devenir
« Une Demeure pour l’Esprit »,
Qui, alors, nous introduira
« Dans la Vérité tout entière »
(Evangile selon St Jean, XVI, 13).
En méditant sur l’Icône
de Roublev
Le jeudi de 23 h à minuit,
Il est possible d’être avec le Christ
Dont l’âme « est triste à en mourir »,
Avec remémoration, peut-être, du moment où,
Du Sein de la Trinité divine,
Et pour le Salut des humains,
L’Incarnation a été décidée.
*
Les Veilles du
jeudi soir.
6
*
Le personnage de Melchisédech est mystérieux.
Il est Roi de Salem,
La future Jérusalem
(Genèse, XIV, 18).
Il est Prêtre du Très Haut,
Il bénit Abraham,
Il bénit le Dieu Très Haut
Et Abraham lui donne la dîme de tout
(Genèse XIV, 19 et 20).
On ne nomme nulle part une parenté d’où Il serait issu.
Et l’Epître aux Hébreux VII, 3,
Dit même qu’il « est sans père, sans mère, sans généalogie »,
Que « ses jours n’ont pas de commencement »,
Que « sa Vie n’a pas de fin »,
Qu’Il « est assimilé au Fils de Dieu »
Et qu’Il « demeure prêtre pour toujours ».
Melchisédech est « assimilé au Fils de Dieu »
Nous dit l’Epître aux Hébreux.
Cette assimilation de Melchisédech au Christ
Se retrouve dans un livre énigmatique,
Les Lettres de Pierre,
Publiées chez Fernand Lanore.
Le Révérend Père Sanson, prêtre de l’Oratoire,
Prédicateur de Notre-Dame,
Et donc catholique,
S’est vivement intéressé à ces Lettres
Adressées par Pierre Monnier à sa mère,
Madame Cécile Thuret-Monnier,
Protestante.
Cet ouvrage a donc entraîné en son temps
(Par exemple en février et mars 1944,
dates d’une correspondance importante entre le Père Sanson
Et la maman de Pierre Monnier)
Un dialogue en profondeur
Entre certains catholiques et certains protestants.
Or, de là où il est,
Que nous dit Pierre Monnier à propos de Melchisédech ?
Qu’Il « a été une première incarnation du Christ »
(Lettre du 12 septembre 1918),
Une « première incarnation de la Parole »,
Que « Melchisédech et le Christ ne sont qu’un »,
Que « Melchisédech et le Christ a été »
(« Je mets volontairement le singulier », dit Pierre)
« L’Essence divine faite chair »,
(Même lettre).
On peut remarquer tout d’abord ici
Que
Les Lettres de Pierre
Redisent à peu près exactement, avec d’autres mots,
Ce qu’affirmait l’Epître aux Hébreux.
Cependant, lors de cette première incarnation de la Parole,
Au temps d’Abraham,
« Melchisédech, Souverain Sacrificateur et Roi selon la chair,
N’eut pas, sur l’humanité,
L’influence de Jésus, pauvre, obscur,
Et nous ayant aimés jusqu’à en mourir »,
(Lettre du 12 septembre 1918).
Alors, « Dieu n’ayant pu atteindre le cœur de l’homme pécheur
Par la richesse et la gloire,
Lui envoya l’Amour »,
(Même lettre).
Entre Dieu et les humains,
Il y a une vie d’échanges.
Des incitations venues de Dieu.
Et puis l’humanité « répond » ou « ne répond pas »
Aux attentes du très Haut.
Apparemment, lors de la venue sur terre de Melchisédech,
Les attentes de Dieu
Etaient au-dessus du résultat qui a été alors obtenu.
De là, la nécessité d’une nouvelle tentative,
D’une nouvelle incarnation de la Parole.
Mais dans cette nouvelle incarnation,
Ce n’est pas la Majesté d’un Roi selon la chair
Qui a été mise en avant,
C’est l’Amour.
Or, nous dit L’Evangile selon St Jean, XV, 13,
« Il n’y a pas d’Amour plus grand que celui-là,
Donner sa vie pour ceux qu’on aime ».
Nous touchons ici au sens de la souffrance.
Chez un être non perverti,
La souffrance éveille la sympathie,
Le désir de venir en aide
Afin que cette souffrance cesse
Ou soit au moins atténuée.
Et nous retrouvons ce qui a eu lieu à Gethsémani :
Le Christ, ayant assumé la condition humaine,
Est dans la souffrance,
Dans l’angoisse :
« Il commença à ressentir tristesse et angoisse.
Alors Il leur dit : »
( A Pierre, à Jacques et à Jean) :
« Mon âme est triste à en mourir,
demeurez ici et veillez avec Moi ».
Dans la souffrance, dans l’angoisse,
Dans la tristesse ressentie « à en mourir »,
Le Christ appelle à la sympathie,
Il appelle les trois Apôtres qui avaient assisté à Sa Transfiguration
A être avec Lui dans cette Epreuve Majeure,
Dans cette approche des douleurs de la Passion.
Et c’est à ce moment décisif
Que Pierre, Jacques et Jean ont fait défaut,
Se sont assoupis, à trois reprises,
Quand il aurait fallu veiller.
Et c’est pour compenser rétrospectivement
Ce défaut d’autrefois dans l’être-avec Lui
Que le Christ a appelé Marguerite-Marie,
D’abord,
Au 17ème siècle, à Paray le Monial,
Puis tous ceux qui, comme nous,
Voudront répondre à Son Appel,
A effectuer ces Veilles du jeudi soir.
Car il est possible, dans une certaine mesure,
De compenser le passé,
Et de le pacifier.
C’est de cela qu’il s’agit lors de ces Veilles de chaque jeudi soir
Commémorant et compensant s’il se peut
Les trois Veilles manquées et manquantes
De Pierre, de Jacques et de Jean
A Gethsémani,
Lors du Jeudi Saint.
*
7
*
Médite encore et encore
Sur le Chandelier à sept branches,
Editions Aubier
Page 256.
Il y a une Brèche à combler
Entre le Monde Créateur
Et le Monde créé,
Entre le Un et le Sept,
Entre le Deux et le Six
Entre le Trois et le Cinq.
A chaque fois,
Huit.
Tenons-nous en, pour ce soir,
A l’Ange, qui est Silence et Paix
Et à l’Animal, qui est Rythme, Harmonie et Mouvement.
Au Séraphin, qui est Puissance, Force Rayonnante et Félicité
Et à la Plante, qui est Croissance, qui est Amour,
Qui est Amour croissant.
Qui a la Plante en charge ?
Le Séraphin.
Qui a l’Animal en charge ?
L’Ange, qui vibre moins intensément que le Séraphin brûlant.
Ainsi, l’arbre quelque part a plus à nous apprendre
Que l’animal le plus beau.
Avec l’animal, l’être pour soi prend forme davantage.
En un sens, il va où il veut,
Il se déplace à la surface de la terre.
L’arbre, lui, est davantage être pour autrui.
Il est abri pour mille et une formes de vie
Et son feuillage est nourriture
Pour l’herbivore.
Dans son être, il y a le Don, le Don de soi,
Le Don inscrit,
Tout autant que chez l’animal
Qui risque sa vie
Pour protéger ses petits.
Notre présent doit devenir
Ce que le Végétal est par nature :
Le Don total de soi-même.
Non pas prendre, mais donner.
Donner de soi.
Donner du temps.
Donner de l’attention.
LUI donne éternellement
LUI ne se lasse jamais de donner
LUI le Tout-Puissant.
Si tu veux vivre éternellement,
Il te faut percevoir le message silencieux de l’Arbre, du Blé et de la Vigne.
La Vie divine est Don de soi.
Et qui n’a pas appris à se donner
Ne vivra pas la Vie divine.
Le pour autrui, le Don, l’Amour
Sont Porte d’Entrée.
L’ultra centration sur soi,
L’égoïsme illimité
Est chemin vers la seconde mort,
La mort de l’âme.
N’oubliez jamais que le figuier stérile
Sera coupé.
Dialogues avec l’Ange,
Page 259.
Souvenez-vous de ce que l’Evangile selon Saint Jean nous transmet
En son chapitre XV :
« Je Suis la Vigne,
Vous les sarments.
Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui,
Celui-là porte beaucoup de fruit ;
Car hors de Moi vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en Moi,
Il est jeté dehors comme le sarment
Et il se dessèche ;
On les ramasse et on les jette au feu
Et ils brûlent ».
Le figuier stérile que l’on coupe,
Le sarment desséché que l’on brûle,
Deux images, deux paraboles, deux métaphores
De ce que l’Apocalypse de Jean nomme
« La seconde mort »,
la mort de l’âme,
Apocalypse de Jean, XIX, 12 à 15.
Voyez aussi à ce sujet, en Page d’Accueil,
Un peu au-dessus et à gauche de la statue de Marc Aurèle,
L’encart « Le Nouveau Testament,
L’Evangile »,
Où quelques photos viennent commenter le texte de Jean
A leur façon.
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